dimanche 30 décembre 2007

Luminescences.


Ce matin, je me suis réveillée avec un sentiment étrange d’opacité. Il y avait en moi, comme une zone obscure impénétrable. Je me fis attentive mais une brumeuse épaisseur me résistait.
C’est quelques heures plus tard, alors que je m’étais résolue à n’y plus penser que la question, soudain, surgit et se formula : « les lucioles ! Qu’étaient donc devenues les lucioles du temps jadis ? »
Rassemblant mes souvenirs, il me sembla que j’en avais encore vu dans les années cinquante. Mais depuis ? Quand donc leur lumière avait-elle cessé de vibrer dans les premières nuits d’été ?
Nous aimions les apercevoir sous les feuilles ou dans l’herbe. Elles clignotaient, magiques et intermittentes, scintillants appels amoureux : les femelles, du sol, faisaient signe aux mâles qui volaient. On avait envie, quand on les surprenait, de formuler un vœu, comme lorsqu’une étoile filante striait le ciel.
Quel vœu ferais-je aujourd’hui si je voyais s’allumer une luciole ou filer une étoile ?
De compréhension entre les uns et les autres ? Surtout pas. Que d’abus n’a-t-on pas commis au nom d’une compréhension bien pensante !
Alors, peut-être seulement un désir de perméabilité, d’accueil de la petite musique de l’autre, car- ne l’avez-vous pas remarqué ?- chacun approche enveloppé de sa musique personnelle. Et vous aussi, jouez la vôtre. Elle peut-être douce ou guerrière, festive ou mélancolique, ouverte ou défensive. C’est selon.
Mon vœu serait que chaque musique rencontre un élan de déchiffrement, nécessairement hésitant et approximatif, accueil subtil, voire implicite, tenez, comme dans ce film récent : « la visite de la fanfare », si dépouillé, et en même temps si éloquent ; si triste et humoristiquement tendre à la fois ; esquisse tour à tour souriante et émue, de la difficulté mais aussi de la partielle réussite des transvasements relationnels.

N.Co.

dimanche 23 décembre 2007

Echos.

Des notes trillent
L’infinitude
D’un lointain concert
De Cologne
 Ou bien d’ailleurs,
D’avant,
Ou de plus loin qu’avant.
Tu veux encore
Les recueillir,
Qu’elles vrillent ton silence,
Qu’elles poinçonnent le vide
De l’intermittence
Des traces,
Loin de la tiédeur
Du sommeil des nantis,
Pour toujours vomir
Les paroles du prélat :
Que ceux qui ont froid
N’auraient pas moins froid
Sous une tente…
Chapelles closes
Sur leurs certitudes
Et leurs violences,
Malédiction !
Tu veux dire non encore
Et encore dire oui.
Mais déjà tu t’engourdis,
Déjà tes pas hésitent.
Te voilà quelque peu
En partance,
Comme si ton corps devait
S’appareiller à la mort.
Restent les notes
D’un concert très lointain,
-Pourtant, c’était l’année dernière !-
Elles pincent encore
Tes cordes
Jusqu’à la plus subtile sensibilité
Des ré sonances.
Noëlle Combet.

dimanche 16 décembre 2007

La forêt dans la ville.

M. se hâtait. La brume mettait entre elle et les bâtiments un écran grisâtre, désagréablement humide et glacé. Les passants glissaient comme sur un tapis roulant et, fantasmatiquement, à peine croisés, s’évanouissaient. La galerie de tableaux dont elle avait la responsabilité s’éloignait dans le lointain, faisant signe de ces rêves où l’on se sent marcher sans avancer. Les arbres de la rue pleuraient, fantomatiques, leurs silhouettes perdues.

Elle s’emmitoufla dans ses pensées et s’interrogea une nouvelle fois sur la création. L’art ne l’intéressait que dans son surgissement « in situ nascendi ». Devenu ensuite objet de musée ou de décoration, il se momifiait. Qu’est-ce qui pouvait alors le différencier des autres produits de consommation ?

Chez elle, tous les murs étaient nus mais dans la galerie, elle vivait entourée de tableaux.

Cette contradiction l’embarrassait.

Soudain, une forme flamboyante trancha le brouillard. Un homme, habillé de rouge du bonnet aux souliers, courut vers elle, l’embrassa.

-Comment vas-tu ?

-Bien ; et toi ? répondit-elle incertaine.

-Bien, merci. A plus ; je suis pressé.

Elle ne sut précisément qui il était que lorsqu’il se fut éloigné. Mais oui ! P. le restaurateur de tableaux.

Elle comprit pourquoi elle ne l’avait pas, d’emblée reconnu : ce regard vide, posé sur elle…Quels déserts avait-il donc traversés pour que la vie, comme décapsulée, eût soudain déserté ses yeux désormais excavés ? Et cette tenue rouge ? Un gobe-regard ? L’image d’un ruban collant, où les mouches se prenaient les pattes, passa, se défit.

Alors, lui revint en mémoire, l’expression autrefois désirante, posée sur elle, lui donnant corps.

C’était il y a combien d’années déjà ? Elle ne parvint pas à faire le calcul. Il avait alors le goût des couleurs grisées, la finesse d’un loup argenté. Quel contraste avec l’homme rouge aux yeux troués, croisé à l’instant ! Elle se sentit dépulpée, décharnée presque, vidée de sa dignité et catapultée très loin de ses méditations sur l’art.

Et la brume s’entêtait à noyer le paysage.

Elle frissonna, boutonna son manteau jusqu’au col, reprit sa marche un instant ralentie, puis fut saisie d’un fou rire irrépressible et dé sidérant ; l’angoisse de cette étrange apparition, spectrale, aveugle et incarnat se volatilisa dans l’explosion tandis qu’elle s’exclamait:

-Ouououh ! Je viens de rencontrer le Petit Chaperon rouge !


n.c.

jeudi 13 décembre 2007

Envoi de Paule Pérez à propos des mots qui vont, viennent et s'échangent entre lecture et écriture.

Certains livres nous sont particulièrement précieux, car c'est l'amie, le collègue, qui nous les fait découvrir et ainsi s’est créé un autre lien. Partage aussi, le moment de lecture du soir avec un enfant qu'on aime, un enfant qui vous reprend à la virgule près si vous changez quelque chose du texte, attentif à l'histoire et sensible à la musique des mots, au point que le rituel de l'écoute le berce et l'endort dans un climat particulier que d'autres enfants n'ont pu connaître. Pourquoi ne pas, non plus, découvrir dans les livres ce que d’autres ne veulent pas nous expliquer, certains d'entre nous y ont bien pêché les rudiments de leur éducation sexuelle. On n'a pas encore réussi à nous fabriquer des écoles sans livres...La lecture est aussi un moyen de se faire une opinion…

De même qu'ils suppriment ou pervertissent l'enseignement de la philosophie et de l'histoire, les régimes totalitaires et inquisitoriaux brûlent les livres. Georges Steiner, guidé par son père, a appris par cœur des livres interdits en quittant l'Autriche, devenant ainsi par lui-même, une sorte de bibliothèque vivante, pas de celles, qui, merveilleuses au demeurant, embaument les boiseries et le papier vieilli...

Faire un livre, c'est suivre une voie. Il y a une suite de mystères, mille et un chemins, chaque publication est une aventure, mais jamais l'expérience ne s'achève ni ne se modélise…Il existe toutes sortes de réseaux souterrains qui font qu'un livre arrive. La rencontre inattendue se fait entre un auteur et son passeur, qu'il soit l'éditeur ou l'ami d'un ami rencontré dans un avion.
Tout se passe dans de l'aléatoire et tout défie les lois de la probabilité. J’ai été éditeur pendant des années. J'ai un jour publié un court recueil de poèmes tziganes et reçu une lettre de félicitations de Sibérie

Parfois les livres nous bouleversent, ils transportent tous les savoirs et tous les rêves. Et un jour un vertige infernal peut saisir le lecteur car jamais il ne pourra épuiser le moindre petit sujet, les livres, c'est l'infini, et alors peut surgir le désespoir, Rabbi Nachman de Braslav (Bratislava), de rage devant l'ampleur de l'impossible, a brûlé un à un tous ses textes sacrés…

Penser au livre me rappelle un petit dessin de Sempé. Le petit bonhomme, perdu dans la multitude d'une bibliothèque, vient offrir le livre qu'il a écrit au bibliothécaire et lui déclare passionnément : "j'ai voulu écrire un livre pour sortir de l'anonymat"...Dérisoire prétention de l'écrivain qu'enivre sa signature au fronton d'une page de titre.

Et pourtant l'écriture est un exercice périlleux et courageux, car il confronte aux carences et aux trous de la parole et de la pensée. Quand on écrit, on s'écrit soi-même. Un texte comporte la texture de la personne, dans sa syntaxe, dans la construction de sa phrase se loge toute sa vision du monde, sa relation à la vie, ses modes de fonctionnement, pour peu qu'on y prenne garde. C'est cela, qu'on appelle le style.

Quand on s'écrit soi-même, on apprend à mieux se penser. Et parfois à intégrer la pensée des autres à-travers toutes leurs modalités d'expression. Ainsi on peut comprendre que Borges ait fait des livres les personnages de ses romans, qui disparaissent et réapparaissent à leur gré dans des bibliothèques improbables, voyageant comme des individus autonomes, défiant les usages du courrier ordinaire. On comprend ainsi qu'un peuple se soit trimbalé pendant des siècles parfois sans chaussures mais avec ses rouleaux de parchemin ou de papier scrupuleusement écrits à la main. Le livre fut leur denrée de première nécessité.

Car on peut voir dans le livre la figure de ce qui tient lieu de racine mobile à l'homme qui n'a pas de terre et qui lui permet, en n'importe quel lieu, de tenter de ne pas s’égarer lorsque tout a été perdu.

.

Paule Pérez.

Codicille :

"La vérité du monde c'est le vide ". Je ne sais pas de qui. Bouddhiste .

"Assonance : bricoleur, psychologue, celui qui commence à devenir sourd (comme moi) entend le même mot"...

" Rêve sur une phrase : laisser couler. Oui. Et on en arrive à la liquidation des peines."

Couleur blanche : drapeau blanc, bulletin blanc, colère blanche, opération blanche.

P.P.

samedi 1 décembre 2007

Antoine.

Petit prince,
Mon bel archer,
Tu es apparu, Inscrivant ta nouveauté
En ce jour du vingt neuf,
En ce mois denovembre
Tu as ouvert la bouche, démesurément,
A l'aune du monde.
Qui te reçoit, t'accueille
Et s'offre
A te nourrir.
Gobe-le, comme un sein, comme un oeuf.
Tes mains
Aux doigts minusculement longs
S'arriment déjà à l' Autre,
Auquel tu adresses
Ton babil
Ou ton cri
Et qui te répond
Et qui te sourit.
Plus tard, alors que tu décocheras tes flèches
A atteindre tes soleils et recueillir la vie,
Souviens toi du futur.
Bienvenue!
N.C.

vendredi 16 novembre 2007

Suspension...

Les îles et oasis,
Glissent,
Défilent
S’effilochent,
Transitifs
Et transitoires.
Mirages d’eau moirée
Qui font rêver nos vies
Ou terres émergentes
Inscrivant notre rêve
Dans une parcelle Médiane
D’évanescence.
Vie rêvée
Ou rêverie vécue
-Qui dirait la frontière ?-
Font notre intermittence,
Ils sèment sur le texte
De nos vies
Des points de suspension
Tout au bout de nos phrases,
Inscrivant des silences
Entre nos signes...
Et les traversées
Tracent L’éphémèrité
Joyeuse
De nos passages.
Noëlle Combet.

Fantaisies d'Eros.


Eros en abeille.

Sabrina, assise sur le banc du jardin, vit l’abeille se poser sur son pied droit.
Elle se souvint…

Ce jour-là, d’un passé très ancien, elle s’apprêtait à prendre place au milieu du public. Le conférencier allait évoquer la période hellénistique.
Au moment où elle s’installait, elle sentit, à sa droite, comme un frémissement, et, curieuse, se tourna.
Le regard de l’homme croisa le sien puis descendit, oblique, vers le décolleté de son pied droit et s’y fixa, y demeura tandis que le philosophe exposait ; stoïciens, épicuriens, cyniques…Les mots bruissaient comme un essaim ; Sabrina, bientôt, ne les entendit plus ; le regard, sur son cou de pied faisait naître en elle une jubilation inattendue : dard d’abeille, écharde de plaisir en excès.
Elle tenta de ramener son pied sous sa chaise. L’abeille suivit.
Entre aiguillon de jouissance et honte d’interrompre la conférence, elle se leva, quitta la salle.
L’abeille suivait.
Au décours de sa vie, dans l’érotisme, Sabrina retrouva souvent la sensation inouïe de cet instant. L’abeille était là, fidèle…jamais plus ne la piqua aussi fort, mais, dans le plaisir, la mémoire de cette intensité dardée, complice de ses exultations, accompagna Sabrina.

Maintenant, au jardin, elle regardait, sur son pied, l’abeille, qui bientôt s’envola vers les fleurs d’acacias.
Elle se leva, regagna la tonnelle, gravit les marches du perron, entra dans la cuisine ou un plat mijotait, embaumant l’air.
Il y avait, sur son pied droit, un trou, minuscule comme une tête d’épingle ; il ne se refermerait pas, ferait mémoire de ce qui n’est pas ; et tout autour, elle broderait d’encre sépia les mille et un festons de la vie.





Eros en pied.


Sous le dard cuisant des rayons du soleil, au bord de la mer ionienne, Léo s’assoupit et rêva : il neigeait ; les flocons, doux et feutrés, couvraient peu à peu un corps, celui d’une femme. Un lambeau de voile pourpre se détachait encore, couleur intense, dans tout ce blanc. On distinguait aussi un bras replié, mais bientôt la neige ensevelit tout.
Pourtant, un pied restait épargné, un pied sur lequel la neige ne semblait pas avoir de prise bien qu’elle ne cessât de tomber. Ce pied, bizarrement chaussé de noir la narguait.
S’approchant, il vit s’estomper les contours du pied et se dessiner un crayon noir.
Il s’éveilla alors d’un coup, écrasé par la chaleur et une sourde angoisse :il se souvint..


Il revit cette femme ; lors d’une conférence, autrefois, il avait croisé la douceur d’un regard châtaigne, interrogateur et ses yeux s’étaient portés vers l’élégance de ce pied, finement habillé d’une ballerine noire : peau dorée au grain très fin, galbe de la cambrure. Il ne parvenait pas à se détourner, imaginant les croquis qu’il ferait, de retour dans son atelier…
Elle s’en était bientôt allée, embarrassée, lui faisant réaliser l’impudeur de son insistance. Il ressentit comme un arrachement.

Le temps s’était longuement écoulé depuis ; et aujourd’hui, dans le rêve, le pied était réapparu, tel qu’en ce jour ancien, il l’avait découvert ; se métamorphosant, il l’avait, comme autrefois, invité à le croquer.
Léo se leva, reprit son chemin, se demandant avec émotion, si l’on pouvait cesser d’appartenir à ce que l’on avait perdu. Dans une sorte de joie, il revit la lumière de son atelier que, d’ici quelques jours, il allait retrouver.
N.C.

lundi 12 novembre 2007

Divagations.

Tu auras beau faire le tour du monde,
Partir en quête
Des extrémités de la terre,
T’abreuver de sensations inconnues
Qui accuseront ta soif ;
Te prenant au piège
De la question
Des origines,
User tes godillots ;
Egarer l’amour sur les chemins,
Pour perdre, en vain,
Cet autre
Qui est toi- même
Dans le sillage silencieux
Des caravanes
Ou des navires,
Au-dessus des nuages
Sous Les ailes des avions ;
Tu auras beau fuser vers le cosmos,
Ou plonger dans les énigmes
De la connaissance Rationnelle,
L’insondable,
En toi persistera.
Tu n’en percevras jamais
Que bribes
Qui pourtant,
Spiralant tes pentes
T’ouvriront
Tes révolutions…
Mais jamais tu ne feras Le tour de toi.

N.C.
N.C.

Envoi d'un message et d'une image de la part de Joële Couquiaud qui préféra le "direct" au commentaire.

Photo d'une chapelle de l'île de Skyros.

Ce que je voulais te dire, c'est ce que m'avait évoqué ma première incursion dans ton blog : j'y ai repensé cet été, et puis j'ai retrouvé le texte exact de Guillevic, que tu connais sans doute.
C'est exactement ça....ce que tu écris, c'est comme l'illustration de cette démarche.....à mes yeux du moins !!!
Voici donc ce texte, extrait de "Inclus"

Il faut sortir
Avoir vu, parcouru

Connu bien des espaces,
Des qualités d'espace.

Aller, en vue d'écrire,
Sur un chemin de crête.

Mais l'acte :
Ecrire,

Ne se fera
Qu'au centre, à l'intérieur,

Dans un lieu qui a quelque chose
De la caverne.

L'autel
Y est au fond,

Tourné
Vers la paroi.

Voilà. Je ne sais si tu te reconnaîtras dans cette démarche, mais vraiment quand je lis ça, je pense à toi.
J.C.

mercredi 7 novembre 2007

Une "divine" comédie et échange croisé sur les oiseaux et les anges.

Le soleil là- haut brillait. La fillette jouait aux osselets, heureuse. Malgré les restrictions, on mangerait à midi du pain blanc offert par le voisin minotier. Des amis étaient conviés. Ses parents semblaient d’humeur joyeuse et elle portait, ce dimanche, sa jolie robe et ses souliers blancs.
Du perron, elle aperçut au loin Bertrand. Il était plus âgé qu’elle, plus grand, avec une silhouette souple. Ses proches le nommaient avec un sourire son « chevalier servant ». Il était toujours là pour la protéger, la conduire par la main : elle l’aimait.
Elle admira, à distance, sa chevelure si noire que presque bleue, imagina le velours de ses yeux obscurs et prononça à mi-voix : « Bertrand, amour. »
Son frère qui, près d’elle, paraissait très absorbé par son jeu de petits soldats, se dressa d’un bond, courut vers l’intérieur : « Papa, maman, vous ne savez pas ce qu’elle dit, ma sœur ? »
Solange, pétrifiée à l’idée du regard paternel qui allait la réduire en poussière, fut débordée par un sentiment qu’elle ne saurait nommer que plus tard : la honte, à laquelle la peur ferait escorte circulaire : peur de la honte, honte de la peur.
Elle dévala les marches, avisa une flaque d’eau sale, se précipita, y plongea ses pieds.
Déjà sa mère appelait : « Solange ! », déjà elle apparaissait et, à la vue des chaussures boueuses, fut prise d’une colère bruyante : Solange croyait-elle qu’en ces temps difficiles elle aurait une paire de rechange ? Qu’avait-elle fait pour avoir une fille si inconsciente ?
Mais, pour Solange, le pire était évité…Provisoirement car il lui faudrait très longtemps pour dégager de la honte, l’amour, par la médiation de la joie.
L’heureux « hasard » de la rencontre ainsi que les écrits des troubadours et trobaritz (femmes troubadours), lui furent un viatique sur le chemin du surpassement de la honte par la joie ; le fil qui lui enserrait le cou, cassa un jour et libéra des perles de « jauzir », « fin amor », « joy d’amor » et celle, un peu particulière, du « gay-sçavoir ».
Il avait fallu bien du temps pour que le désir amoureux mît la honte en déroute et trouvât (heureux verbe venu de « trobar ») dans la joie, l’espace de son déploiement.

N.C.
Anonyme a dit…

Un sale ange ?




A l'"anonyme" qui "ponctua" "une "divine" comédie".

Un(e) enjouée sut, de son "gay-sçavoir" que c'était bien ça l'enjeu. Quel challenge!

N.C.


Nadine a dit

je prénomme les anges
et les mélange
sans modération
aux intimes comédies
un lange passe à haute altitude
attention à l'étrange allant des oiseaux

anonymémonnom


Pour Nadine Meyran qui s'est"dénommée":

« Attention à l’étrange allant des oiseaux » :
Oui, il convient de prêter attention à la « langue des oiseaux », enseignée par Minerve à Tirésias, langue qui prélude au « gay-sçavoir », tel qu’en ses assonances, ce poème le déplie.
C’est Rabelais qui a ramassé dans cette formule l’esprit du Moyen Age, lorsque les troubadours, entre autres (philosophes, savants, chevaliers d’ordre ou errants), devisaient entre eux dans cette langue des oiseaux ou « gaye-science », autre nom de notre cabale hermétique souvent pour échapper à toutes les formes de censure, nous, modernes, dirions "contrôle".
On connaît la postérité du « gay-sçavoir », qui passe, par exemple, par Nietzsche et Lacan dans « L’Etourdit ».
La « langue des oiseaux » est en somme un « jargon » dans le sens du cri de l’oie, l’oye…oyez…afin de bien « entendre ». Qui accède à cette langue est plein de joie, de « gay-sçavoir »…
« Attention à l’étrange allant des oiseaux ».

N.C.




N. C.

jeudi 1 novembre 2007

Après Hölderlin, Meyronnis : les "enfers" et le "sauf".

« Où est le péril, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin).
François Meyronnis, éclaire, à l’aide de la pensée de Hölderlin, et du concept de « biopouvoir » emprunté à Michel Foucault, la barbarie moderne et ce qui pourrait lui faire pièce.

« Le biopouvoir, dans une première phase, ne contraint ni ne réprime. Il normalise.
Il gère et contrôle : assiste la procréation, évite les fièvres puerpérales, soigne les maladies, prévient les accidents, assure contre leurs conséquences et soulage autant que possible la vieillesse. En même temps, il dénombre, classe et recense -établit des prévisions, prélève des échantillons statistiques, élabore des tables de natalité, de mortalité, de morbidité, etc.
Ce qu’il installe progressivement : une mise en série du vivant sous tous ses aspects –de la plante potagère aux bestiaux, sans exception pour l’être humain.
Une telle mise en série, envisagée de plus haut, participe d’une soumission des êtres parlants au chiffrage –d’un assujettissement au calcul. Indissociable, l’éventualité d’une culbute, pour ne pas dire d’une vidange : on commence par multiplier ; puis, on défalque ; et l’on conçoit ensuite, au moins possible, une soustraction équivalente au total.
La planification du meurtre par les nazis est une période décisive dans cette marche vers l’anéantissement. Mais qu’on rechigne à l’apprendre, pourquoi s’en étonner ? Ce serait reconnaître à quel point la logique à l’œuvre dans le moment hitlérien continue à régir le monde…"


"Avec le primat des enfers
(désignant le règne absolu du chiffre), ou bien on crève comme une puanteur incarnée, ou bien on comprend enfin – car cela s’entrevoit - que la ruine et le sauf, rien ne les sépare. Vous appréhendez que l’événement (identifié par l’auteur à ce qui peut surgir d’éblouissement inattendu du côté du « rien »), élève sa substance dans une syncope. Et que si ce retrait échappe au ravage, il est simultanément son pivot secret, son axe caché –le cœur même de la ruine. Il est cela, la ruine elle-même, et pourtant de cette déhiscence procèdent les deux ressources d’un être libre : la parole et l’amour. Cet écart traverse la mêlée de nos vies –unique refuge, beauté sans contrôle."

Noëlle Combet.

dimanche 28 octobre 2007

Interférence n° 6 :"Qui commence à obéir, n'en finira jamais". Tchouang Tseu.

L’amour, réduit à la consistance narcissique - se vouloir aimé, donc, s’aimer en l’autre - invite à la « servitude volontaire » selon deux modes : soit l’on se trouve assigné au silence, l’on se croit obligé de « ne pas l’ouvrir », donc de ne pas donner corps à ses refus ou à son éthique, soit l’on se laisse devenir « créature » d’un autre dont il faudrait imaginairement, voire concrètement, réaliser les desseins.
L’on obéit ; et ainsi commence la fabrique des pires oppresseurs, ceux par lesquels consent à se laisser capter un amour asservi.
Une issue ? Un goût de la vie si intense que l’amour ne serait que la joie de l’ex istence d’un(e) autre. Le lien, alors, ne se revendique pas, et quand de l’échange ne trouve pas son espace, aucune révolte ne vient protester contre la déception.
D' abord intransigeant, l'amour devient intransitif. Alors naît la liberté de se "prononcer".
Cette joie n’est pas donnée d’emblée. On l’espère, on la prie longtemps avant de la rencontrer ; et puis, un jour, la voilà. Ce qui se tisse dans le fil de la vie au gré de la rencontre avec les autres, leurs sensibilités et vérités singulières contribue à son « apparition » … Reste à la préserver, herbe d’une variété exceptionnelle et fragile.
La joie prend la relève des chutes et des pleurs et cet amour s’inspire comme l’odeur des fleurs.

Noêlle Combet.

mercredi 24 octobre 2007

Traversée

Bourgade cévenole aux châtaigniers d’antan,
Une toupie tournait
En danse soufi
Devant l’enfant agenouillé.
J’allais par les rues grises,
Cœur grisé,
Amoureux des offrandes.
Une petite fille jouait à la marelle,
L’enfance faisait signe, sautant, pieds écartés
Au paradis
Lointainement proche.
P.C.F. sur une vitrine
Exagérée
Disait en grosses lettres
L’utopie
Des gens de peu,
Humble hauteur
De dignité modeste.
Je revins par les rues
Que le soleil
Maintenant célébrait.
Un peintre chantait
L’échafaud
Des échafaudages.
La toupie, encore,
Traçait des cercles
Et sur la rue pentue
Des cercles de cercles
Virevoltant, En spirales de vie,
Jusqu’à l’épaule de l’enfant,
Jusqu’au frémissement
De pointe
Dans ses tresses rasta.
Et le coq tournoyait dans les souffles du vent.
Chacun semblait
En ce petit matin
Tresser les détresses,
Les entremêlant
Aux fils décrochés du soleil
Aux odeurs
Et à la joie douce,
Grise et bleue.
N.C.

lundi 22 octobre 2007

Réjouissance.


Joyeuse suis
A la pensée
Que tu existes.
Plus vastes iront les chemins ;
S’ouvriront les impasses
Sur les espaces ;
Plus largement seront les yeux
Fendus
Et plus intenses les géraniums.
En Birmanie, l’orange
Aura biffé le vert de gris ;
Les châteaux de sable seront devenus
Guirlandes
A enchanter la nuit.
En moi se célèbrera La vie.
Oui,
Je suis joyeuse
A la pensée Que "tu" existe.
Noëlle Combet.

samedi 6 octobre 2007

Cindy Sherman : l'image du "féminin" et ses avatars.

Cindy Sherman est née en 1954 dans le New Jersey. Faisant de son corps l’élément et le support de ses compositions, elle est la créatrice d’autoportraits photographiés.
Trois étapes principales sont à distinguer dans ses représentations du « féminin » :
De 1975 à 1984, le corps glamour dont l’image s’augmente de l’apparition de la couleur en 1981.
De 1984 à 2000, une déconstruction du corps fétiche.
De 2000 à 2004, une sorte d’invitation à une mutation suggérée par ses clowns pour lesquels elle utilise le numérique.

Dans la première période, les autoportraits donnent à voir de caméléonesques et narcissiques variations jubilatoires révélant la labilité du « moi ».
Des images féminines multiples, en lesquelles elle s’incarne, tentent de définir la « féminité » et le désir qu’elle suscite. Le « féminin » y apparaît comme mascarade pour la domination du regard masculin que Cindy Sherman semble, à travers ses spectateurs, convoquer…Et quand nous nous sentons voyeurs, là où elle paraît nous regarder, il nous faut nous rappeler qu’elle se photographiait dans un miroir, à l’aide d’une télécommande.
A propos de cette méthode de travail, elle déclare : « Je n’ai pas le sentiment d’être cette personne. Il se peut que je sois en train de penser à une certaine histoire ou situation, mais je ne deviens pas la personne. Il y a cette distance. C’est l’image dans le miroir qui devient la personne [« the image in the mirror becomes her »], l’image que l’appareil capture sur la pellicule. Et la seule chose que j’ai toujours sue, est que l’appareil est un menteur ».
La diversité des portraits renvoie à un art de la variation qui ouvre progressivement sur la fiction et il y a du « littéraire » dans ce « fictionnement », dans cette utilisation du « semblant », dans la dissémination d’un « je » dont les reflets se répondent infiniment.
En 1981, avec l’apparition de la couleur, une fracture commence à se dessiner. L’intériorité érotique du corps glamour cède le pas à l’angoisse et l’effroi.
Jusque là, le corps apparaissait comme fétichisé pour répondre à l’angoisse masculine de la différence sexuelle et de la béance du féminin.
A partir de 1981, des photos sont commandées à Cindy Sherman pour des revues. Elle figure alors le corps non plus dans une verticalité, mais allongé, dans un cadre plus resserré, évoquant la vulnérabilité d’une femme sur qui semble peser l’imminence d’une menace.
Des revues refuseront les photos commandées.
A partir de 1984, quand des maisons de couture « Vogue », « Comme des garçons » (!)…lui adressent des commandes, Cindy Sherman crée des images dérangeantes, signifiant l’effondrement du fétiche.
On voit apparaître des prothèses évoquant le champ chirurgical et, de 1986 à 1989, dans ses « Disasters », des difformités monstrueuses surgissent, empruntées à la réalité ou à l’imagination, dans un contexte de morcellement et de morbidité.


De 1988 à 1996, on assiste à une tentative de recomposition théorique, lorsqu’elle se représente au centre de tableaux célèbres, prenant la place du « Bacchus » du Caravage, celle de la « Fornarina » de Raphaël… comme si elle s’offrait à figurer du « féminin » dans l’art pour suggérer une « vanité » au sens pictural du terme.
Cette critique de l’art traditionnel vu sous l’angle du « féminin » refait surface en 1996 dans les « Horror and surréalist pictures » qui parodient les surréalistes et utilisent à nouveau prothèses et masques, faisant perdre au fantastique et au sexe son pouvoir de fascination.
Dans la série « masks », elle avait, préalablement, entre 1994 et 1996 exposé des visages réifiés, mutilés, sanglants : le masque, se substituant au visage, est devenu un objet autonome, une sorte d’automate. Nous sommes en pleine « étrangeté », « familière » et « inquiétante » à la fois. L’atmosphère est la même que dans ce récit de Rilke où, l’enfant s’étant déguisé, connaît un moment d’euphorie qui se transforme en rage et en terreur : « Le sang à la tête et plein de colère, je me précipitai devant le miroir et aperçus péniblement à travers le masque le travail auquel mes mains se livraient. Mais il n’avait attendu que cela. Le moment des représailles était arrivé pour lui. Tandis que je m’efforçais, avec une angoisse qui croissait au-delà de toute expression, de me dégager de mon déguisement, il m’obligea, je ne sais comment, à lever les yeux et m’imposa une image, ou plutôt une réalité, incompréhensible et monstrueuse, qui, malgré que j’en eusse, m’imprégna tout entier ; car c’était lui maintenant le plus fort et j’étais le miroir. Je fixais des yeux ce terrible et gigantesque inconnu devant moi et il me parut atroce d’être seul avec lui. Mais à l’instant où je pensais cela, le pire se produisit : je cessai tout bonnement d’exister. Pendant une seconde, j’eus la nostalgie de moi-même, une indescriptible, douloureuse et vaine nostalgie de moi-même ; puis il resta seul, il n’y eut personne d’autre en dehors de lui. »
En 1999, le « sujet » se déshumanise encore plus dans les « Broken dolls », poupées morcelées, obscènes, expression de la part obscure et pulsionnelle de l’enfance que la société « civilise », jusqu’à, parfois, la forclore…et c’est de cette « forclusion » que Cindy Sherman tente de sortir, nous entraînant sur ses traces.
On pourrait dire que les monstres ne sont plus « engendrés » par « le sommeil de la raison ».Ils sont voilés par les leurres et il est peut-être prudent de ne pas vouloir l’ignorer.



La dernière époque s’inscrit en deux temps à partir de 2002.
Elle explicite elle-même son projet concernant les « Hollywood Hampton Types » : « les personnages devaient être des comédiens ratés ou tombés dans l’oubli, posant afin de postuler un emploi ».
Ils supplient le spectateur : « est-ce que je vous plais ? ». Est de nouveau visé le jeu des identités sociales, des stéréotypes, sans concession pour nos mises en scène.
En 2003-2004, sa dernière production laisse entrevoir, avec l’apparition du numérique une profonde métamorphose. La série des « Clowns » pose la question de l’art dans, par exemple, le « Portrait de l’artiste en saltimbanque », mais aussi la question du « féminin », inscrit désormais dans une atemporalité, hors de tout contexte socio-historique.
Les couleurs sont accentuées de façon jubilatoire ; même si de l’inquiétude subsiste, le « carnaval » et le « sérieux » s’épousent de façon ludique ; la diversité et l’affect fissurent le stéréotype. Nous accédons au domaine de l’imprévisible, de l’ « Ouvert », du « vide » en tant que potentialité, option que Cindy Sherman avait, en 2003 formulée : « Je voulais me défaire de l’idée que ces vêtements pouvaient me rendre belle. Je voulais devenir vide », ce que l’on pourrait entendre comme « je voulais embrasser l’espace où je pourrais être une et autre ».
Après les « déconstructions », un suspens, l’attente d’un nouveau « sujet féminin », une expansion au-delà des clownesses mutantes?

Voir l'évolution des représentations qui suivent.





N.C.

Représentation d'une féminité érigée. Cindy Sherman. Voir texte ci-dessus


Le féminin renversé. Cindy Sherman


Le féminin disloqué







Parodie et mutation du féminin Cindy Sherman




Le "devenir vide du féminin" Cindy Sherman.Voir texte ci-dessus


mardi 2 octobre 2007

Sans titre 1.

Dans la brisure des idoles,
Des couronnes mortuaires
De roses rouges
Dansent autour
Des révolutions.
Au centre de leur ronde
La chouette, pétrifiée,
Hulule sous la lune
Les incertitudes universelles
Et la vulnérabilité des concepts.
Des cerfs volants dessinent,
Là-haut,
Des rébus incandescents
Et insensés.

Je ne suis sûre
De rien.
Si courte et si longue est la vie
Dans le souffle des rencontres,
Accords et déliements,
Astringence Têtue
 Des renouées.
 Mon cœur bat
Sourdement,
Ponctue
Mon corps et ma vie ;
Qui pourrait dire
Que c’est en vain ?
N.C.

mardi 25 septembre 2007

dimanche 23 septembre 2007

Encore l'été.

Sur tes cheveux
Les décrets
Du vent.
Le soleil enroulé
Autour des pores
De ta peau.
Dans l’encoignure
Une araignée
Arpente le monde
Sur des rails Etoilés.
N.C.

mercredi 19 septembre 2007

Effacement.

Doigts en éventail
Ouverts au souffle ;
Au retrait du jour,
Doigts refermés
D’un claquement.
Compagnon des insomnies
Le déceptif
Se jouait des nuages
Captivant
Ses poursuivants.
Le rythme
S’était effiloché
Au chant du coq.
Dans la forêt
Les flaches
Noyeuses
De Rien.
Possibilité
Inépuisable
Des fuites
Dans la légèreté
Inouïe
Des cendres
Ombreuses
Des traces,
Ouvreuses des feuillets
De l’air.
N.C.

mardi 11 septembre 2007

Maintenant.


La bergeronnette, jouant du ressort de ses pattes grêles, pique quelques graines, entre les herbes. Sa queue scande le temps. Au hasard, on dirait qu’elle sait où elle va.
Sur le tronc du chêne, tête en bas, le pivert travaille en cadence.
Un papillon esquisse dans l’air, des volutes jaunes.
Les figues, cette année, répondent lentement au soleil de l’automne.

n.c.



Incertitudes.

La bouche de l’aimé
Comme un fruit
Insolite et âpre ;
Un vol de martinets
Gothiques
Et puis la paix d’un soir.
Les billes roulaient sur l’asphalte
Mesurant leurs couleurs
Aux mouvances des ciels.
Du verre Brisé
Des doigts fait jaillir le sang.
Il recouvre la terre
De jacinthes abstraites.
Un train
Qui passe
Efface
L’espace.
Contre le mur de neige,
La clématite,
Noire de soleil
Danse l’ombre violette
Des incertitudes.
Noëlle Combet.

samedi 8 septembre 2007

Matin

L’oiseau blanc,
Qui, sautillant sur la table,
Près de moi,
Accompagnait mes repas,
Je l’ai,
Ce matin,
Relevé de sa garde,
Et lâché,
Envolé,
Dans l’espace.

N.C.


N.C.

mardi 4 septembre 2007

Nietzsche et l'"amor fati" : acquiescement.


Jusque là, j’étais restée rétive à la notion d’ « éternel retour », tel que Nietzsche l’énonce.
J’étais pourtant réceptive à la poignante justesse de l’aphorisme lacanien : « Le Réel, c’est ce qui revient toujours à la même place. » Mais il me paraissait moins lourd de fatalité que l’idée nietzschéenne…Jusqu’à ce que je retombe sur un extrait du « Gai Savoir ». Il serait plus juste de dire que ce passage m’est tombé dessus, car, le rencontrant dans le passé, je l’avais, d’une lecture hâtive, congédié. Mais il est revenu…À la même place ?
« Et si,…un démon te disait, « cette existence que tu mènes…il te faudra la recommencer et la recommencer sans cesse ; sans rien de nouveau : la moindre douleur, le moindre plaisir, la moindre pensée, le moindre soupir…tout reviendra et reviendra dans le même ordre, suivant la même impitoyable succession…L’éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière infime des poussières !.. ».Ne te jetterais-tu pas à terre, grinçant des dents et maudissant ce démon ? A moins que tu n’aies déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais « Tu es un dieu ; je n’ai jamais ouï parole aussi divine ! »…
Comme il faudrait que tu l’aimes toi-même la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation. »
La dernière phrase est l’expression de cet « amor fati » que Nietzsche aborde à plusieurs reprises, traduit par amour du destin, amour de la nécessité, amour du devenir.
Il s’en dégage que vaut de revenir éternellement ce qui reste en souffrance, dans l’insatisfaction, le ratage, le déplaisir. Nécessité de reprise en laquelle la force créatrice (autre nom de la volonté, toutes nos volontés se réunissant pour Nietzsche dans la « volonté de puissance ») ne pourra que se briser à nouveau…se reprendre à nouveau etc.…
Désir donc de se dépasser en devenant… en toute insécurité : « La vie tend à la sensation d’un maximum de puissance, sa réalité la plus profonde, la plus intime, c’est ce vouloir ». Cet « éternel retour », Nietzsche le circonscrit dans une succession temporelle et un champ des phénomènes auquel la pensée semble, pour lui, dans ce passage, rester annexée : « tout reviendra et reviendra dans le même ordre, suivant la même impitoyable succession… »
Des sentiments, des désirs, des blessures nous qualifient et font retour, éternellement, dans notre présent, pris entre deux infinis, celui dont nous provenons, celui vers lequel nous nous dirigeons et qui nous sont inconnaissables. A cette réalité il paraît vital d’acquiescer.
La pensée est-elle toute incluse dans ce champ ?
Ne peut-on imaginer un axe intermédiaire, une oblicité, une modulation traversière dont userait la pensée, lorsque, non intentionnelle, évasive et vagabonde, elle emprunte ces « chemins qui ne mènent nulle part » selon l’expression de Heidegger ?
L’activité de penser peut se trouver en effet à l’écart du champ des phénomènes, se vivre dans une atemporalité qui dessine des intervalles et une forme de sensorialité en laquelle « douleur, plaisir, soupir », se dilueraient, se retraçant, sensorialité diffuse, intéressant les sens, comme l’ombre d’un souffle autour des oreilles, de la bouche, de la peau…Accès à l’ « Ouvert ».
Elle pourrait inscrire aussi, alors, un retrait, une absence et permettrait d’approcher un vide ou un néant qui ne seraient pas ceux d’avant nous ni d’après ; une sorte de « fond indifférencié des choses » tel que l’évoque le « Tchouang Tseu ». Une forme singulière du nihilisme ?
La pensée serait, ponctuellement, dans une « gratuité », variation quant à l’« éternel retour » quand bien même celui-ci appelle, dans notre quotidienneté existentielle, notre assentiment ;
mais avec les nuances que suggère Nietzsche lui-même : ainsi, s’il y a un « retour » de Dionysos dans son œuvre, ce n’est pas sous la forme d’une foi, mais d’un trope : détournement ; n’est-ce pas à de telles voltes que nous invite son élaboration d’un
« vouloir » créateur ? A nous laisser modeler par les forces qui façonnent et refondent nos singularités et nos échanges?
Noëlle Combet.

mercredi 29 août 2007

Interférence n° 5.

Quand la pensée se sert, sur le sentier des traces, le grain dont elle s'empare devient vision, puis, c’est selon,- affaire de choix-, spéculation, théorie, poème, peinture, musique, danse...
Parfois, le rêve économise les étapes : dès la réception, on peut le polir, galet passé au sable des mots.

N.C.

mardi 28 août 2007

Pensée

Si l’autre pense
En ma présence,
C’est l’instant
Du délaissement
Car je sais bien
Qu’il ne pourrait
Penser à moi
Q’en mon absence
. Et s’il advient
Qu’il pense à moi
Présentement,
Ce ne peut être
Que m’ayant
Absentée.
N.C.

jeudi 23 août 2007

Interférence n° 4.

L’histoire ne manque pas d’exemples d’hommes, qui, se " surdimensionnant " et se "sur dit dimentionnant", conduisirent leur pays à " Waterloo ". Tout au moins nous fut épargné, jusque là, l’affichage extrême du ridicule dont l’empire, (l’en pire) de l’Image affecte la modernité.

N.C.

A...et réponse au commentaire.

A, lettre d’envoi,
Note d’ouverture
D’une partition,
Qui, se jouant,
Ira
Se déchiffrant.
Epine dorsale
Minutieusement
Articulée,
Un pied,
Une oreille,
Un profil,
Un sexe,
Mouvement lové,
Prémices :
Ce que tu seras
Reste encore voilé
Aux vivants
Vigiles veillant
Au bord de ta vie,
Où, t’accueillant,
Te berçant
Et te nourrissant,
Ils dessineront
Ne le sachant pas,
Des empreintes qui,
Jamais,
Ne se laisseront,
En leur entier,
Déceler,
Dont un jour,
En toi,
Tu émergeras.
En feras-tu
D'amour liberté?

C.N.

Réponse au commentaire du poème : A.

Accord heureux de l'auteur.



mardi 7 août 2007

Interférence n°3 : Spinoza : la Raison, le Désir.

Dans les « Scolies » qui font partie de son « Ethique », Baruch Spinoza utilise un régime d’écriture qui se distingue du reste de son texte, en ce que s’y exprime une sorte de ferveur de la pensée.
L’un d’entre eux nous propose, en sa définition de la Raison une large ouverture :
« Elle (la Raison) demande que chacun s’aime lui- même, cherche l’utile propre, ce qui est réellement utile pour lui…et, absolument parlant, que chacun s’efforce de conserver son être autant qu’il est en lui ».
Cet effort pour « conserver son être », effort de raison, il le nomme Désir dont le corollaire est la puissance d’agir ou vertu. Raison et Désir appartenant à la nature même de l’homme, lui sont immanentes.
Déraison, donc, impuissance et folie, si je me dirige vers ce qui me serait contraire ; nécessité d’être attentif à mon Désir.
« Personne donc n’omet d’appéter ce qui lui est utile ou de conserver son être, sinon vaincu par des causes extérieures et contraires à sa nature. Ce n’est jamais, dis-je, par une nécessité de sa nature, c’est toujours contraint par des causes extérieures qu’on a la nourriture en aversion ou qu’on se donne la mort. »
Notre époque a, bien sûr, la possibilité d’approcher, avec d’autres outils conceptuels, ce que Spinoza nomme « causes extérieures et contraires » à [la nature de l’homme]. Sa conception de la Raison n’en demeure pas moins très innovante et efficace dans cette invitation à ne pas se faire esclave, de quelque autre ou d’une « cause » à laquelle nous nous assujettirions.
Suivre le commandement de la Raison est, en effet, la condition de la liberté : « Dans un homme libre, donc, la fuite opportune et le combat témoignent d’une égale Fermeté d’âme. Autrement dit, l’homme libre choisit la fuite avec la même Fermeté d’âme, ou présence d’esprit que le combat. »
Application : Spinoza qui, en 1674, 1675, était prêt à publier sa rédaction définitive de l’ « Ethique », y renonça :" Quelques théologiens [ont résolu] de déposer une plainte contre moi auprès du prince [prince d’Orange] et des magistrats ; d’imbéciles cartésiens, en outre, qui passaient pour m’être favorables, ne cessent, afin de se laver de tout soupçon, de dire en tout lieu, tout le mal possible de mes opinions et de mes écrits.
L’ayant appris de personnes dignes de foi, qui me prévenaient en même temps des manœuvres insidieuses des théologiens contre moi, j’ai résolu de surseoir à la publication que je préparais jusqu’à ce que la situation fût plus claire mais elle semble empirer tous les jours, et je suis incertain de ce que je ferai. »
Il restait à Spinoza, au terme d’un combat constant pour offrir aux hommes la lumière de sa vérité, à l’encontre de l’obscurantisme et des acharnements dogmatiques, deux années à vivre.
Lui, qui, persécuté de toutes parts, avait dû quitter Amsterdam pour La Haye, nous invite à une souplesse fondée en « Raison », héritage, peut-on penser, de sa condition marrane.
Il nous indique, par là même, les enseignements que les marranes tirèrent de la « duplicité » leur permettant de survivre dans des Etats qui, soit les toléraient à grand peine, soit les pourchassaient.
Les enseignements issus des abjurations forcées, de la clandestinité, des exils et des renoncements, pourraient nous inciter à détacher la « marranité » de la seule conjoncture historique pour en faire une clé à ouvrir autrement notre monde où s’affrontent particularismes et identités revendiquées.
Une oscillation advient alors, l’injure porcine contenue dans le mot « marrane », se faisant source de lumière, dans le sens d’une possible élucidation, sur les pistes enchevêtrées de la pensée afin qu’elle puisse se dés enliser des dogmes et autres fanatismes.

Noëlle Combet.

mercredi 1 août 2007

Qui?

Enigme de « toi »
Enigme de « moi ».
Si je ne suis toi
En rien
Ne suis moi.
Et elle court,
Nous devançant,
Cette ombre
De nos opacités,
De nos désirs
Qui nous interpellent,
Font notre tremblement
Et notre souffle
A fleur de lèvres.
Noëlle Combet.

vendredi 13 juillet 2007

Tatouaregs.

Quand nos archaïsmes
Se firent écho,
Tu te souvins des hommes bleus.
Oreilles au sol, nous avions capté
Le galop ;
Nuage certain
Avait poché
Les lointains
Et soudain,
Blancs et noirs mêlés,
De guède doublés,
Ils traversèrent
Nos transparences,
Au loin disparurent.
Nous serions leurs scribes
Déchiffrant leurs traces
Qui émargeraient
Nos vies quotidiennes,
Désormais scellées
De pastels des sables
Chardons sur la peau
Tatoués.
Noëlle Combet.

jeudi 12 juillet 2007

Etrangetés.

Ce jour-là, je revis le mendiant bulgare qui était amputé du bras droit.
Depuis quelques mois, l’endroit où il se tenait, toujours assis, à l’angle de deux rues, était resté désert.
Je lui en demandai la raison et il me répondit :
-J’étais en vacances, chez moi, en Bulgarie. Ma femme est là-bas.
J’accueillis la nouvelle avec une perplexité dont je ne lisais pas encore ce qu’elle inscrivait en moi.
Il questionna :
-Et toi ? Pas en vacances ?
-Bientôt, lui dis-je.
Je repris mon chemin. Je ne lui avais pas précisé que, le surlendemain, je serais « à la retraite », comme on dit…Re traitement dont l’un des effets serait de travailler moins pour gagner moins. Cette objection à l’air du temps n’était pas sans me convenir quelque peu.
Mais lui, le mendiant, devrait-il travailler plus pour gagner plus ?
Alors, j’entendis à nouveau : « j’étais en vacances » et ma perplexité prit la forme d’un constat : donc, mendier pouvait être une fonction.
Je revis quelques scènes glanées au passage, à la nuit tombante : les contrôleurs sociaux l’interrogeaient et l’on voyait, derrière sa mine embarrassée et ses mimiques de justification, se dessiner sa détermination de ne pas bouger.
Il ne voulait pas être délogé, inscrit au chômage ; il voulait conserver sa place, sa profession, la mendicité en tant que dignité.

Combet Noëlle.

lundi 9 juillet 2007

Esquive

[∂],
Voyelle voyouse,
Je t’entends
T’esquiver,
Délaisser le je pour le jeu,
Prétextant musique
Des fleurs et des nœuds ;
Et même alors que
Le souffle te capte,
A l’instant tu te dérobes,
Discrète et muette
Désertant le son,
Et te repliant
Dans les modesties
Des rimes
Féminines.
n.c.

jeudi 5 juillet 2007

Ne pas...2007.

La semeuse de voyelles
En disséminait à poignées ;
Elles poudraient d’or la nuit.
J’en eus les mains pleines
Où elles devinrent
Glèbe noire.
Eclipse :
le peintre se mit
A effacer les contours
Du croissant
Dans l’estompe qui les biffa.
Le chaman jeta,
Comme il se devait,
Son masque de maître de la lune.
Malédiction !
Le musée le récupéra,
Supprimant du même geste
La mort dans la vie,
Cette possibilité extrême
De ne pas…
Ellipse :
Je m’en fus
Laver mes mains.
Noëlle C.

Marasme?




Le marasme recèle sans nul doute en ses spores quelques filaments mycéliens, d'où son autre nom de "mousseron d'automne", petit champignon des prés au pied coriace.

C.N.

mardi 3 juillet 2007

Tsim tsoum

Alors que j’approchais de l’if, silhouette graphique sur le mur blanc, j’aperçus, enroulé en spirale autour du tronc, un objet étrange, scintillant…Filet commercial poussé là par le vent, me dis-je.
Je voulus le décrocher et découvris, comme en une révélation, une mue de serpent, opalescente.
L’animal avait usé des aiguilles de l’arbuste pour y enrouler sa peau ancienne…Je la détachai doucement, résille d’un maillage losangé très serré, côté dos, annelure plus lâche, d’une alternance parallèle sur l’abdomen, sillons tracés de la reptation.
Il s'était trouvé là. Il avait disparu, laissant derrière lui, cette ombre de lumière. Eclair obscur. L’insaisissable.
Par devers moi, je le nommai Tsim tsoum.

Combet Noëlle.

Ma ronronneuse

Ma ronronneuse
Gît
Etendue
Sous la terre du grand chêne.
Ne se roulera plus
Dans le soleil.
Ne m’accompagnera plus,
Course folle,
Dans les herbes,
Elan soudain arrêté net
Par une odeur,
A humer, là,
Et à gratter ;
Puis repris
Dans un bond,
Jusqu’à la cime
Du grand arbre,
Là où mêler son regard bleu
A celui du ciel,
Et m’observer
Masque de panda
Encore accroché au feuillage.
A reculons redescendue,
Ne dispersera plus
Mes journaux, mes papiers,
Pour, bélier devenue,
M’assaillir, front contre front,
Puis me couver,
L’air soucieux,
De ses yeux graves,
Me caresser
De son parfum
Improbable,
Comme une essence
De fourrure impalpable,
Une transparence
Profonde.
S’en est allée
La ronronneuse,
Dernier ronron,
Jusqu’à mon panthéon portatif,
D’absences chères
(Des)incarnées,
Chair intérieure,
Doublure intime
De ma pensée.
Noëlle Combet

mardi 26 juin 2007

Interférence n° 2.

Quand la pensée s’oxyde, le paysage s’endeuille, vert de grisé, dans un dérobement de la représentation : s’y abandonner, sans effroi ni impatience…L’image vide laisse attendre, encore suspendu, silence mélodique, l’au-delà des défleurissements.

n.c.

dimanche 24 juin 2007

Bâtons rompus n°2

N. C. : Dans une « Conversation avec Carlos Oliveira », en 1996, Peter Sloterdijk aborde la question de la guerre du léger contre le lourd traditionnellement identique, dit-il, à la guerre de la gauche contre la droite.
Du côté de la gauche, l’axiome serait : tout ce qui est lourd est inhumain, d’où un projet visant au soulagement, tandis que, pour la droite, le monde est lourd et il y a lieu de définir des limites du soulagement.
Selon lui, cette dichotomie serait en train de s’inverser, mais cette « guerre » concerne, dit-il, chaque individu : « Tu as en toi quelques divisions de soldats du soulagement et quelques sections d’objecteurs pesants ».
Il affirme ensuite l’existence possible d’un compromis : « autant de soulagement que possible, autant de conscience tragique que nécessaire ».

Il me semble qu’avec ce compromis qu’il nous propose, nous restons dans un système binaire que seul l’élément quantitatif viendrait pondérer…Je me demande si quelque « diagonale du milieu » ne pourrait, là, intervenir et quelle figure topologique pourrait illustrer une nouvelle distribution des champs.


N. M. : Si l’on pense à la physique, c’est l’image du « trou noir » qui m’apparaît, l’antimatière….
Mais alors, la question disparaît du même coup.


N. C. : Est-ce que du vide ne pourrait être envisagé comme (in)consistance interstitielle, « vide médian », pour emprunter à la sagesse chinoise ?


N. M. : ça me fait penser aux mystiques. C’est vrai qu’ils disent aussi que le vide n’est pas rien.
Est-ce que l’on ne pourrait pas faire intervenir, là aussi, la couleur ? La couleur n’est pas matérielle.

L'heur(t) du zest.2007. et écho au commentaire

Terme…
Naissance, mort et nom
De peau
Et de mot.
 Il n’est pas thème
Qui
Manquant d’r,
Enclôt dans son champ,
Chèvre
Au piquet
Arrimée.
Texte dérimé…
Visages dégrimés…
Et si je t’rme,
Ne prends pas garde à toi.
Viens dans mon hameau
De formes
Renversées,
De chimères
En syntaxes
Brisées
De rébellions
A l’endroit des lions
Métamorphosés
En zestes de citrons,
Points d’épingles jaunes
En surface de fraises,
Et pour la grâce du zeste,
Jouons avec les sons
Râpons,
Mêlons
Goûtons,
Pépites De Rap
Qui,
Sous la langue
Eclatent
Inondant
D’un jus doux amer
Les papilles.
Saveur de rêve
Et poésie.
Comme grains de grenades,
Faisant aussi
Explosions meurtrières,
Démences décretueuses
De vies ;
Culture saignée
Sous-bois éventrés
Charniers Sur lesquels
Ahanent,
Folies serviles,
Théories décharnées
De criquets fossoyeurs
Blêmes.
Urgence de penser
Misères et folies
D’humanité
Résister
Et/ou
Déserter,
Ha
Leine per
Due.
D’or, quel mot dirait
Ce mot-là,
Grain de sésame
Blond
A ouvrir le monde
Par
L’orient ?
Vient ce temps
Où le mot
A l’arrière du nom
Qui l’appelle et le hèle,
D’un seul coup,
N’est plus.

N.C.

En écho au commentaire de "L'heur(t) du zest"

Ce matin-là, un arôme subtil, un brin "amangoureux", s'invita en "Palais Royal".

mardi 19 juin 2007

Interférence n° 1. et réponse au commentaire.

Intentionnel, le Bien est ennemi de lui- même et produit donc le Mal.
Peut-il y avoir B autre qu’accidentel, comme par inadvertance, par une sorte de disposition détachée ?

n.c.

A Maldo : sur le commentaire de "Interférence n°1"

Oui, certes, cette sorte de Bien et le Beau peuvent être "bel et bien" rapprochés...à condition que le Beau ne soit pas pure esthétisation, que sa quête soit de l'ordre d'une expérience, d'un "exercice".

mardi 12 juin 2007

Bâtons rompus n°1.

N.C.: Une déferlante d'événementiel est venue comme surcreuser, redoubler, le sillon de l'absence...Perdre toujours plus est-il possible?

P. P.: Perdre plus pourrait être, dans cette dynamique, une manière d'oublier qu'une force de vie te donne droit à l'oubli après avoir convoqué tant de mémoire et mémoires.
Il me semble que cette idée de "droit à l'oubli" a sa place dans tout celà de notre, de nos générations.

Défilage.2007.

Hors sujet devenue
Tu vas disparue
En mémoire enneigée
De mots exemptés
Et d’histoire perdue.
Quels sont-ils ceux-là
Anciens figurants
En les yeux de qui
Tu t’es vue noyée
Ces jours-là
De la disjonction Des ponts ?
Tes souvenirs colombes,
Pattes brisées,
Boitent dans les lointains.
Ne restent plus
Qu’archipels immergés
Dans la mer trop bleue
Sous le ciel trop blanc
D’un pays déserté.
Et des ombres flottent,
Fantômes charnels.
Deux pas hésitants
Au-delà du seuil
Et l’arbre, là bas,
Ainsi qu’un rappel
Très énigmatique
Amical hostile
. Mais quel arbre était-ce
Si c’en était un
Cette forme obscure,
De toi inconnue ?
Tout soudain s’efface
Tu n’es plus au monde
Tu t’es, avant l’heure,
Dérobée.
c.n.

Haïkus1. 2005,2006 et 2007.

Feuilles d’oiseaux
Dans l’écheveau du figuier
De confitures en confitures filaient les étés
Tandis que le long des hivers en jonchées
Se dispersaient nos vies.



La croisée s’élargit
De rideau blanc à lagerstroemia rouge
Jusqu’au vol ambré du papillon
Qui balance
Entre fleurs prochaines
Et ciel lointain.





Araignée blanche des éclairs
Dans ce ciel d’orage
Araignée pourpre du cœur
Dans ce corps de l’homme
Entre corps et ciel
Lumière Arachnéenne.


Combet Noëlle.

mardi 29 mai 2007

D'une pie volage lovée dans le sonnet d'Oronte. 2001.

Lissant le plumage
De son verbiage
La pie
Pépie
Tandis qu’en écho
Les pies pépient .
Elle ignore, la pie
La solitude
Partenaire
Qui dans le partage,
Griffe le ratage,
Se cogne aux barrages,
Y laisse une plume
Pour En un cri s’écrire
. Mais la pie n’en a cure
. Elle pépie, la pie, Toute jacasserie,
A coup de dés
Pipés.
N. Combet

D'ailleurs. D'après une esquisse de G.Klimt.2001.

Debout et recueillie
Inclinée
En son visage clos
Femme grise, grisée
De quelle ivresse blanche
De mots perdus
Et poursuivis
Esquisse
Qui est-ce ?
Sur quel esquif déjà ?
Quel bateau de papier ?
Tellement loin dedans
Qu’on pourrait dire, aussi bien, dehors
Très loin en son absence
Et si l’on croise
Ses mots d’ici
Et leur présence d’ambre,
En même temps l’on sait
Qu’elle est d’abord d’ailleurs. n.c.

mercredi 23 mai 2007

Rafles.2007.

Pierrot, le fol,
Jouait Colombine, aux dominos, avec le diable.
Double zéro.


Des pigeons s’enfuirent
A toutes ailes
Effarées
Vers Noland.

Là-haut, la banquise
Fondait
Comme effeuillée
La marguerite
Pas du tout.

Le diable avait raflé Colombine,
Ne restaient sur terre
Que vignes mortes.
Des pluies noires rongèrent les corps.
Les phasmes mouraient
Loin de leur tige
Et les phantasmes
Avaient délaissé le désir.

Le cœur du monde
Avait été
Expectoré.

Reviendrait, dans longtemps demain,
Un Orient
De la douce vague des moutons,
Comme affluents
Dévalant la montagne
Et la note
Tintinnabulante,en solstice majeur,
Des clarines,
A flanc de coteau ;
Les sources vives ;
Et l’étreinte lactée des corps

Poussières d’étoiles
Emargeant le verbe
Sous la tonnelle,
Au creux du poèmevendangeur
Egrappant,
Dans le passé,
En zoom arrière,
Rafles intemporelles,
Fruits gorgés de jus
Au terme de la nuit des temps.
Noëlle Combet.

vendredi 18 mai 2007

Grain d'humanité. 2007.

Humanité indiscutable
Comme couleur rouge,
Poinçon à même la peau du vivant,
Eaux jaillies en cascades, de source rocheuse,
Humanité batailleuse,
Vers la liberté
Et/mais aussi
La prédation, le meurtre, le saccage,
Archaïsme et culture non démêlés,
Assemblés en tapis de fils contrastés
Lave incendiaire
Et/ou joie des champs de blés,
Quand les cigales stridulent l’été,
Battement des mots éprouvés
Au vol ombreux des mésanges grisées de ciel,
Humanité coquelicot
Des amours et des étreintes
Des échanges de vin partagé.
Tu es un grain
De cette humanité mêlée
Battue des fléaux, passée au tamis,féale De l’expérience,
Et, le soir, encore au seuil
De tes images, de ta mémoire et de tes lèvres,
Tu trembles
De désir et de peur,
Dans cette humanité
Indiscutable comme
Couleur rouge
Indiscutable et vive argent
Entre terreur et
Commencements.

Noëlle Combet.