vendredi 13 juillet 2007

Tatouaregs.

Quand nos archaïsmes
Se firent écho,
Tu te souvins des hommes bleus.
Oreilles au sol, nous avions capté
Le galop ;
Nuage certain
Avait poché
Les lointains
Et soudain,
Blancs et noirs mêlés,
De guède doublés,
Ils traversèrent
Nos transparences,
Au loin disparurent.
Nous serions leurs scribes
Déchiffrant leurs traces
Qui émargeraient
Nos vies quotidiennes,
Désormais scellées
De pastels des sables
Chardons sur la peau
Tatoués.
Noëlle Combet.

jeudi 12 juillet 2007

Etrangetés.

Ce jour-là, je revis le mendiant bulgare qui était amputé du bras droit.
Depuis quelques mois, l’endroit où il se tenait, toujours assis, à l’angle de deux rues, était resté désert.
Je lui en demandai la raison et il me répondit :
-J’étais en vacances, chez moi, en Bulgarie. Ma femme est là-bas.
J’accueillis la nouvelle avec une perplexité dont je ne lisais pas encore ce qu’elle inscrivait en moi.
Il questionna :
-Et toi ? Pas en vacances ?
-Bientôt, lui dis-je.
Je repris mon chemin. Je ne lui avais pas précisé que, le surlendemain, je serais « à la retraite », comme on dit…Re traitement dont l’un des effets serait de travailler moins pour gagner moins. Cette objection à l’air du temps n’était pas sans me convenir quelque peu.
Mais lui, le mendiant, devrait-il travailler plus pour gagner plus ?
Alors, j’entendis à nouveau : « j’étais en vacances » et ma perplexité prit la forme d’un constat : donc, mendier pouvait être une fonction.
Je revis quelques scènes glanées au passage, à la nuit tombante : les contrôleurs sociaux l’interrogeaient et l’on voyait, derrière sa mine embarrassée et ses mimiques de justification, se dessiner sa détermination de ne pas bouger.
Il ne voulait pas être délogé, inscrit au chômage ; il voulait conserver sa place, sa profession, la mendicité en tant que dignité.

Combet Noëlle.

lundi 9 juillet 2007

Esquive

[∂],
Voyelle voyouse,
Je t’entends
T’esquiver,
Délaisser le je pour le jeu,
Prétextant musique
Des fleurs et des nœuds ;
Et même alors que
Le souffle te capte,
A l’instant tu te dérobes,
Discrète et muette
Désertant le son,
Et te repliant
Dans les modesties
Des rimes
Féminines.
n.c.

jeudi 5 juillet 2007

Ne pas...2007.

La semeuse de voyelles
En disséminait à poignées ;
Elles poudraient d’or la nuit.
J’en eus les mains pleines
Où elles devinrent
Glèbe noire.
Eclipse :
le peintre se mit
A effacer les contours
Du croissant
Dans l’estompe qui les biffa.
Le chaman jeta,
Comme il se devait,
Son masque de maître de la lune.
Malédiction !
Le musée le récupéra,
Supprimant du même geste
La mort dans la vie,
Cette possibilité extrême
De ne pas…
Ellipse :
Je m’en fus
Laver mes mains.
Noëlle C.

Marasme?




Le marasme recèle sans nul doute en ses spores quelques filaments mycéliens, d'où son autre nom de "mousseron d'automne", petit champignon des prés au pied coriace.

C.N.

mardi 3 juillet 2007

Tsim tsoum

Alors que j’approchais de l’if, silhouette graphique sur le mur blanc, j’aperçus, enroulé en spirale autour du tronc, un objet étrange, scintillant…Filet commercial poussé là par le vent, me dis-je.
Je voulus le décrocher et découvris, comme en une révélation, une mue de serpent, opalescente.
L’animal avait usé des aiguilles de l’arbuste pour y enrouler sa peau ancienne…Je la détachai doucement, résille d’un maillage losangé très serré, côté dos, annelure plus lâche, d’une alternance parallèle sur l’abdomen, sillons tracés de la reptation.
Il s'était trouvé là. Il avait disparu, laissant derrière lui, cette ombre de lumière. Eclair obscur. L’insaisissable.
Par devers moi, je le nommai Tsim tsoum.

Combet Noëlle.

Ma ronronneuse

Ma ronronneuse
Gît
Etendue
Sous la terre du grand chêne.
Ne se roulera plus
Dans le soleil.
Ne m’accompagnera plus,
Course folle,
Dans les herbes,
Elan soudain arrêté net
Par une odeur,
A humer, là,
Et à gratter ;
Puis repris
Dans un bond,
Jusqu’à la cime
Du grand arbre,
Là où mêler son regard bleu
A celui du ciel,
Et m’observer
Masque de panda
Encore accroché au feuillage.
A reculons redescendue,
Ne dispersera plus
Mes journaux, mes papiers,
Pour, bélier devenue,
M’assaillir, front contre front,
Puis me couver,
L’air soucieux,
De ses yeux graves,
Me caresser
De son parfum
Improbable,
Comme une essence
De fourrure impalpable,
Une transparence
Profonde.
S’en est allée
La ronronneuse,
Dernier ronron,
Jusqu’à mon panthéon portatif,
D’absences chères
(Des)incarnées,
Chair intérieure,
Doublure intime
De ma pensée.
Noëlle Combet