jeudi 12 juillet 2007

Etrangetés.

Ce jour-là, je revis le mendiant bulgare qui était amputé du bras droit.
Depuis quelques mois, l’endroit où il se tenait, toujours assis, à l’angle de deux rues, était resté désert.
Je lui en demandai la raison et il me répondit :
-J’étais en vacances, chez moi, en Bulgarie. Ma femme est là-bas.
J’accueillis la nouvelle avec une perplexité dont je ne lisais pas encore ce qu’elle inscrivait en moi.
Il questionna :
-Et toi ? Pas en vacances ?
-Bientôt, lui dis-je.
Je repris mon chemin. Je ne lui avais pas précisé que, le surlendemain, je serais « à la retraite », comme on dit…Re traitement dont l’un des effets serait de travailler moins pour gagner moins. Cette objection à l’air du temps n’était pas sans me convenir quelque peu.
Mais lui, le mendiant, devrait-il travailler plus pour gagner plus ?
Alors, j’entendis à nouveau : « j’étais en vacances » et ma perplexité prit la forme d’un constat : donc, mendier pouvait être une fonction.
Je revis quelques scènes glanées au passage, à la nuit tombante : les contrôleurs sociaux l’interrogeaient et l’on voyait, derrière sa mine embarrassée et ses mimiques de justification, se dessiner sa détermination de ne pas bouger.
Il ne voulait pas être délogé, inscrit au chômage ; il voulait conserver sa place, sa profession, la mendicité en tant que dignité.

Combet Noëlle.

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