jeudi 1 novembre 2007

Après Hölderlin, Meyronnis : les "enfers" et le "sauf".

« Où est le péril, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin).
François Meyronnis, éclaire, à l’aide de la pensée de Hölderlin, et du concept de « biopouvoir » emprunté à Michel Foucault, la barbarie moderne et ce qui pourrait lui faire pièce.

« Le biopouvoir, dans une première phase, ne contraint ni ne réprime. Il normalise.
Il gère et contrôle : assiste la procréation, évite les fièvres puerpérales, soigne les maladies, prévient les accidents, assure contre leurs conséquences et soulage autant que possible la vieillesse. En même temps, il dénombre, classe et recense -établit des prévisions, prélève des échantillons statistiques, élabore des tables de natalité, de mortalité, de morbidité, etc.
Ce qu’il installe progressivement : une mise en série du vivant sous tous ses aspects –de la plante potagère aux bestiaux, sans exception pour l’être humain.
Une telle mise en série, envisagée de plus haut, participe d’une soumission des êtres parlants au chiffrage –d’un assujettissement au calcul. Indissociable, l’éventualité d’une culbute, pour ne pas dire d’une vidange : on commence par multiplier ; puis, on défalque ; et l’on conçoit ensuite, au moins possible, une soustraction équivalente au total.
La planification du meurtre par les nazis est une période décisive dans cette marche vers l’anéantissement. Mais qu’on rechigne à l’apprendre, pourquoi s’en étonner ? Ce serait reconnaître à quel point la logique à l’œuvre dans le moment hitlérien continue à régir le monde…"


"Avec le primat des enfers
(désignant le règne absolu du chiffre), ou bien on crève comme une puanteur incarnée, ou bien on comprend enfin – car cela s’entrevoit - que la ruine et le sauf, rien ne les sépare. Vous appréhendez que l’événement (identifié par l’auteur à ce qui peut surgir d’éblouissement inattendu du côté du « rien »), élève sa substance dans une syncope. Et que si ce retrait échappe au ravage, il est simultanément son pivot secret, son axe caché –le cœur même de la ruine. Il est cela, la ruine elle-même, et pourtant de cette déhiscence procèdent les deux ressources d’un être libre : la parole et l’amour. Cet écart traverse la mêlée de nos vies –unique refuge, beauté sans contrôle."

Noëlle Combet.

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