mercredi 7 novembre 2007

Une "divine" comédie et échange croisé sur les oiseaux et les anges.

Le soleil là- haut brillait. La fillette jouait aux osselets, heureuse. Malgré les restrictions, on mangerait à midi du pain blanc offert par le voisin minotier. Des amis étaient conviés. Ses parents semblaient d’humeur joyeuse et elle portait, ce dimanche, sa jolie robe et ses souliers blancs.
Du perron, elle aperçut au loin Bertrand. Il était plus âgé qu’elle, plus grand, avec une silhouette souple. Ses proches le nommaient avec un sourire son « chevalier servant ». Il était toujours là pour la protéger, la conduire par la main : elle l’aimait.
Elle admira, à distance, sa chevelure si noire que presque bleue, imagina le velours de ses yeux obscurs et prononça à mi-voix : « Bertrand, amour. »
Son frère qui, près d’elle, paraissait très absorbé par son jeu de petits soldats, se dressa d’un bond, courut vers l’intérieur : « Papa, maman, vous ne savez pas ce qu’elle dit, ma sœur ? »
Solange, pétrifiée à l’idée du regard paternel qui allait la réduire en poussière, fut débordée par un sentiment qu’elle ne saurait nommer que plus tard : la honte, à laquelle la peur ferait escorte circulaire : peur de la honte, honte de la peur.
Elle dévala les marches, avisa une flaque d’eau sale, se précipita, y plongea ses pieds.
Déjà sa mère appelait : « Solange ! », déjà elle apparaissait et, à la vue des chaussures boueuses, fut prise d’une colère bruyante : Solange croyait-elle qu’en ces temps difficiles elle aurait une paire de rechange ? Qu’avait-elle fait pour avoir une fille si inconsciente ?
Mais, pour Solange, le pire était évité…Provisoirement car il lui faudrait très longtemps pour dégager de la honte, l’amour, par la médiation de la joie.
L’heureux « hasard » de la rencontre ainsi que les écrits des troubadours et trobaritz (femmes troubadours), lui furent un viatique sur le chemin du surpassement de la honte par la joie ; le fil qui lui enserrait le cou, cassa un jour et libéra des perles de « jauzir », « fin amor », « joy d’amor » et celle, un peu particulière, du « gay-sçavoir ».
Il avait fallu bien du temps pour que le désir amoureux mît la honte en déroute et trouvât (heureux verbe venu de « trobar ») dans la joie, l’espace de son déploiement.

N.C.
Anonyme a dit…

Un sale ange ?




A l'"anonyme" qui "ponctua" "une "divine" comédie".

Un(e) enjouée sut, de son "gay-sçavoir" que c'était bien ça l'enjeu. Quel challenge!

N.C.


Nadine a dit

je prénomme les anges
et les mélange
sans modération
aux intimes comédies
un lange passe à haute altitude
attention à l'étrange allant des oiseaux

anonymémonnom


Pour Nadine Meyran qui s'est"dénommée":

« Attention à l’étrange allant des oiseaux » :
Oui, il convient de prêter attention à la « langue des oiseaux », enseignée par Minerve à Tirésias, langue qui prélude au « gay-sçavoir », tel qu’en ses assonances, ce poème le déplie.
C’est Rabelais qui a ramassé dans cette formule l’esprit du Moyen Age, lorsque les troubadours, entre autres (philosophes, savants, chevaliers d’ordre ou errants), devisaient entre eux dans cette langue des oiseaux ou « gaye-science », autre nom de notre cabale hermétique souvent pour échapper à toutes les formes de censure, nous, modernes, dirions "contrôle".
On connaît la postérité du « gay-sçavoir », qui passe, par exemple, par Nietzsche et Lacan dans « L’Etourdit ».
La « langue des oiseaux » est en somme un « jargon » dans le sens du cri de l’oie, l’oye…oyez…afin de bien « entendre ». Qui accède à cette langue est plein de joie, de « gay-sçavoir »…
« Attention à l’étrange allant des oiseaux ».

N.C.




N. C.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Un sale ange ?