mercredi 24 décembre 2008

9.





Feu léchant la bûche,

castagnettes des flammes et leurs danses-pivoines

demain seront cendres.


noco.



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lundi 22 décembre 2008

La poésie : un lieu hors lieu.




Entre norme et marginalité ; sens et non sens ; profération et silence, ce sont les mots qui dessinent des espaces sous des formes aléatoires, diverses et mouvantes selon le contexte temporel ; ces mots, le langage les organise ; mais il doit rencontrer sa limite sans quoi apparaîtrait la monstruosité d’un symbolique compact.
La poésie est l’une de ces terres vides vers où peut être expulsée la signification émigrant dans l’énigme.

Le langage est fracture, entaille ; en ce sens, il est séparateur et marque les différences, les distances; il creuse entre la plénitude du monde et nous un précipice qui ne sera pas comblé ni traversé. Il nous exproprie, nous assignant à l’exil : nous ne connaîtrons pas la présence absolue dont les mots ne sont que le symbole : Ceci n’est pas une pipe écrivait Magritte sous l’objet re-présenté.
Dans cet exil, traversant la région du silence indifférencié, nous tentons des passages vers les autres, à l’aide de nos mots qui invitent à l’échange de nos sensibilités et de nos théories, tout en restant les marqueurs de la scission. Désormais la division cerne nos espaces et permet à la pensée de s’élancer plus avant à partir de points de vue éventuellement conflictuels. Ainsi naîtront d’autres liens, d’autres modes d’exister et de nouveaux concepts philosophiques, scientifiques, artistiques.

Mais ce qui nous précipite dans le verbe et dans les codes discursifs est cela même qui produit une déconsidération de la poésie car, pas toute symbolique, dans une seconde rupture, elle nous exile de la langue usuelle, elle en devient l’écart.
Elle nous restitue une nature, sous une forme pressentie qui n’est pas le signe de la chose mais la chose elle-même lorsque celle-ci se sublime en nous au point de nous rendre poète, exaltant notre désir quand nous la sentons si digne d’être approchée.
Ce pressentiment ne produit aucun comblement car si le langage, avec ce second décrochage, se faisant poétique, réveille nos affects, oriente un autre accès au savoir, dégageant en nous une ouverture plus large que celle dont l’objet charnel est l’agent, c’est au prix de s’inscrire dans un vide qui est, plus qu’une absence, son enveloppe immatérielle. Cet entour, ne se laisserait envisager que comme un non-langage tout autant que comme un non-objet.
Ce rien, cet impalpable, nous nous emploierons en vain et non sans risque ni douleur, parfois, mais toujours avec ferveur, à la limite du sens, dans un hors sens, à le saisir. Risque, douleur, ferveur, spécifient un hors lieu, celui de ce deuxième exil.
L’appel du vide, permet l’épiphanie de la chose sous la forme d’une décomposition/recomposition, une déflagration de jouissance enstatique et, sous cet impact s’ouvrent d’autres sentiers, s’élargissent d’autres horizons, s’écoutent d’autres syntaxes.
Nous déplaçant hors de nous, la poésie nous y ancre autrement en nous : ce dehors est l’extrême de notre dedans, la dissolution la plus réjouissante de notre forme évidée.


N.C.

jeudi 18 décembre 2008

Oblicité.





Peau de crapaud hypnotise

avec ses yeux frémissants.

Un enfant louche promène sur le monde

miroirs d’inventions

qui vont de biais

sur des sentiers

en échelons

jusqu’au nuage tête de cheval

d’où vont pleuvoir en confettis, des fleurs.

Pavots, pivoines font une danse

fugitive, envoûtée

neutralisant les panoptiques

des contrôleurs d’humanité.

Grands prélats des labos

ont noyé en chimie le bouillon des crapauds

et plantes abreuvées.

Va son chemin l’enfant et son miroir oblique

Vers des boussoles d’inconsistance,

d’identités vidées,

éclats multipliés

d’une infinie lumière.

N.C.


jeudi 11 décembre 2008

8.




Un geste s’évase

un temps suspendu à sa trace lente

dans l'ombre du rien.


noco.








mercredi 3 décembre 2008

Dé-concertation.

Nous cheminions dans la pensée quand une feuille qui virevoltait, emportée par le vent, nous absorba.
Elle tomba non loin, dans l’herbe, poussée de ci de là, plus loin, puis s’immobilisa, pointe légèrement relevée, façon cobra : elle nous regardait.
Nous la contemplons, la devenons, et nous voilà arrêtée dans notre course intérieure, vacante tout à coup.

Elle nous déprend de nous, nous déconcerte, nous désoriente, nous replace ailleurs, on ne sait où.
Un temps, l’infini nous est apparu…
Puis nous avons repris le fil de nos idées, un trajet survolé par l’ombre de la feuille, l'indice du vide.

N.C



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jeudi 27 novembre 2008

Le jour où j'ai dit : INTRUSION!



Toi, l’intrus (e), l’autre, tu es rentré (e) dans mon champ, innocemment, sans crier gare.
T’ex-truderai-je, pour cette impudence ?
Il me faut péniblement penser que l’intrusion est un indice fort de l’altérité, un accent rude.
Tu m’affoles, tu m’expropries de mon espace privé.
Y aurait-il échange sans cette ex-propriation ?Ce texte, fait suite à l' interprétation d'une de mes approches, qualifiée d'"intrusion" par un autre à la place duquel j'ai, dans cette écriture, voulu me mettre, lui prêtant ma voix pour tenter de comprendre de l'intérieur et interroger ses raisons qui me restaient obscures mais il y avait ce sentiment que "je" et "tu" sont peut-être indiscernables l'un de l'autre dans ces situations qui impliquent un insupportable.
Y aurait-il sans l’intrusion, un lien de toi à moi ?
L’impact de cette irruption, me projetant hors de moi, provoque, à la lettre une ex-tase dont je me défie parce que, assurément, je la re-connais : en partie à mon insu, cette extase a toujours été déjà là depuis les premiers temps, ceux en lesquels l’Autre me capturant dans un ravissement, je ne pouvais m’appartenir si tant est que cela ait pu se produire par la suite ; car tu empêchera(s) toujours cette auto appropriation et je vivra (i) l’ex-tase, ou bien dans le hors lien de la solitude, ou bien dans le hors de soi de la colère quand celui du partage douloureux et/ou contradictoirement heureux ne peut se produire.
Force m’est de constater qu’entre je et tu, les histoires intimes, intellectuelles, sociales qui se (dé)jouent pivotent souvent,- si les mots ne sont plus que réflexes corporels, comme le jour où j’ai dit : intrusion ! - autour de cet axe d’une ex-tase duplice entre dévoration et excrétion.
Où et comment cultiver une terre métisse pour tempérer ce binarisme lorsqu’il survient ?
Se pourrait-il que l’en-stase soit de nature à représenter un tel espace, une réserve, un suspens temporel, une vacuité ?
L’intrusion y serait-elle transformée, trans-formulée en approche feutrée, à tout petits pas de colombe ?
Noëlle Combet.


Ce texte, fait suite à l' interprétation d'une de mes approches, qualifiée d'"intrusion" par un autre à la place duquel j'ai, dans cette écriture, voulu me mettre, lui prêtant ma voix pour tenter de comprendre de l'intérieur et interroger ses raisons qui me restaient obscures mais il y avait ce sentiment que "je" et "tu" sont peut-être indiscernables l'un de l'autre dans ces situations qui impliquent un insupportable.




mercredi 19 novembre 2008

Mûres.



Doigts écorchés aux buissons,

rôdeuse aux mains noircies,

d’encres ou fruits baveuses,

tu marivaudes.

moissons de pleins et déliés,

brassées de fruits ;

tu te gaves

et en offres

à qui en veut ou

s’en détourne.

Farandole des sensations

qui tournent allant venant

puis disparaissent

virevoltant ;

douces vandales,

poupées russes enfouies au creux du creux des lettres ;

lèvres fleurissent rouges au blanc de l’orchidée,

roucoulent tourterelles dans les micocouliers

tandis qu’aux griffes des ronciers,

tu t’exténues à marauder

la noirceur épuisée

au goût grenu des baies

dont les encres sépia font la pulpe des mots



N.C.

mercredi 12 novembre 2008

7.

De cèdre et de cade,

une senteur poivrée subtilement diffuse-

ainsi vont les heures.



noco.


vendredi 7 novembre 2008

Une histoire.




Tessiture

douce et râpeuse

de la feuille

langue de chat,

eau de rosée

fondante

sur nos doigts léchés ;

soleils d’ébène

de toi à moi

et la rengaine

qui se dégaine et ne revient pas.

Des ancolies

Tressent mes cheveux

Au désespoir des je veux et pas ;

Vieilles romances

et vieilles lunes

n’en finissent pas

de s’étirer

au pas à pas

des marque-pages.

Sous la bourrasque, feuillets en essaims se sont évanouis :

Blanche inhumation du livre effacé

rappelant la feuille à sa nouveauté

d’une tessiture de douceur pelée

N.C.