mardi 29 avril 2008

Oh! Mais quelle salade!



Le merle fut mis en appétit par une boule rouge qui alluma son instinct : il s’en fut becqueter la fraise des bois.
Le botaniste passant par là, se pencha et reconnut, aux cinq pétales d’une fleur encore en attente de fruit, la semperflorens, variété de la fragaria vesca.
Il s’extasia devant les énigmes de la nature : la fraise sauvage, connue depuis la préhistoire, plus têtue que les dinosaures, avait traversé le temps, poursuivi sa pollinisation et sa floraison aux printemps de tous ces siècles, pour passer, au fil de tant d’étés, de la fleur blanche à ce fruit rouge.
Le poète, devant ce carré piqueté d'amarante, cria son désir : mon amour a la saveur des fraises, sa subtile fragrance !
La ménagère y vit la promesse d’une tarte goûteuse.


Et pendant ce temps, dans un bureau aux murs tapissés de livres, un philosophe s’interrogeait sur l’Etre de la fraise tandis que dans un décor presque semblable, un métaphysicien tentait d’en déterminer les Invariants,


et la fraise, rebondissant au-delà d'une saisie globale, poursuit sa traversée du temps, s'offrant à la multiplicité des rencontres, obstinément, dans sa rouge persistance.




n.c.



jeudi 24 avril 2008

la naine rouge, la géante, la filante, l'ourse grande et la petite, la morte, l'éloignée
la solaire, celle du nord, du sud, la matutine, l'effondrée, la bonne, la mauvaise
la bleue froide
l'hésitante
celle qui naît, sous laquelle je suis née,
l'obscure, la dissimulée
les myriades bleues et les jaunes, les clignotantes et les fixes comme des yeux d'oiseaux
les poussières, les poussives, les éteintes, les allumées
celles qui se couchent lorsque je me lève,
l'étoile du berger, le troupeau sans les moutons
celles qui tendent le ciel noir des grandes nuits d'été
celles que je regardais couchée sur le dos dans l'herbe froide saisie de vertige d'angoisse et d'amour j'avais dix ans quinze vingt ans
celles qui font lever le désir,
toutes celles qui creusent le désir,
toutes de l'univers universel si haut si large et tellement plat
celles de l'infini sans fin si long à finir et dont la queue retombe là-bas quelque part,
TOUTES, TOUTES en ce jour de mon soixante deuxième anniversaire se TAISENT
(18 octobre 2005)

(post scriptum : encore aujourd'hui elles sont muettes)


Nadine Meyran.


mercredi 23 avril 2008

Cosmos.




Vide intersidéral : luxuriance impalpable

Où les naines rouges

Elancent vers la terre

Leurs bras d’années lumière.

La nuit trouée du lait

Des fontaines blanches,

Singulières,

Observe ses cavales,

Que les trous noirs avalent,

Ressurgir sur les bords, en aréoles claires,

Des entonnoirs renversés

Et rejoindre la terre

Pour se mêler

Aux rêves doux amers

Des vivants

Que tout à coup le jour

S’en vient dé sidérer.

Et toi, tu dors encore,

Puis entrouvres au matin

Les fentes de tes yeux.

A leur frange incertaine, la lumière dépose

Une poudre dorée.

Tout à l’heure au jardin

Tu t’en iras lancer

Semences de cosmos

A la volée.

Leurs robes mexicaines

Bientôt éclateront

Et danseront, légères,

Sur le ciel de tes sols.



N.C.



mardi 8 avril 2008

Lettres de sable.


Encrage au ventre des sables

Comme tombes et sphinges,

L’écriture, à la dérive de soi,

Ombres-voiles obscures,

Spectre des navires-nuits,

Soudain se pétrifie

Aux murs des pharaons ;

Et puis vogue galère

Au milieu de méandres

Qui noient

Les territoires pourrissants

De nos apocalypses ;

Mémoire cellulaire,

Empreintes qui inscrivent

Retours aveugles

Aux voûtes commençantes

Pour que se creuse à terme

Cette place immobile,

Indélébile,

Infiniment,

Dans la vallée des morts

Où se faisant, se dé fait,

En majesté,

Le corps des lettres.



Noëlle Combet