mardi 10 juin 2008

Savoir ouvert d'Ito Naga. : "Je sais".


Dans son opuscule, l’astrophysicien Ito Naga énumère 469 observations numérotées, chacune débutant par « Je sais ».
Pris par un charme chaque fois renouvelé, on n’en éprouve aucune lassitude. On y entend comme une mélopée et la répétition fait office d’épine dorsale autour de laquelle s’éploie en éventail, perspectives ouvertes, une sorte d’inventaire personnel donnant à voir un univers multiple et en expansion.

Parfois, c’est la nature qui est approchée alors qu’elle échappe à nos perceptions ou à notre nomenclature qui voudraient la retenir :

- 47. Je sais que j’ai senti une fois la fleur appelée mokusei et que je me demandais comment me souvenir de son parfum.

- 90. Je sais qu’on peut se représenter précisément cet insecte qui glisse sur l’eau du bout des pattes sans pour autant en connaître le nom.

Ailleurs, s’ouvre le vertige de la pensée :

- 48. Je sais que tu sais qu’il sait que nous savons que vous savez qu’ils savent.

- 49. Je sais que, curieusement, ceci a un sens et qu’on peut s’amuser à voir jusqu’où on comprend, comme par-dessus des cols.

Ici et là, le matériau travaillé est celui de la logique bien particulière des relations humaines :

- 79. Je sais d’avance qu’il dira « non » à ce que je lui propose, mais je le lui propose quand même.

- 80. Je sais que cela lui fera plaisir de pouvoir dire « non » une fois de plus.

- 118. Je sais qu’il a sur moi l’autorité qu’un autre a sur lui et ainsi de suite comme un tissage liant la société.

L’acuité des affects est pointée à plusieurs reprises :

La colère :

- 28. Je sais que pour retrouver son calme, Soseki décrivait ses colères sous forme de haïkus : toute sa fièvre résumée dans 5+7+5 syllabes.

On peut s’exercer :

De colère froissée

Je m’immerge dans cette eau.

J’en ressors lissée.

La souffrance :

-462. Je sais que la virilité fait assez de mal au monde. La certitude aussi.

Et partout se déplient la beauté et la complexité de la langue :

- 88. Je sais qu’être déstabilisé par un mot est moins un signe de faiblesse que celui d’une imagination fertile.

- 89. Je sais qu’avec un peu de recul, n’importe quel mot acquiert une étonnante beauté. N’importe – quel – mot – acquiert – une – étonnante – beauté.

N.C.




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