vendredi 11 juillet 2008

(MORTI)CULTURE : poème-écho à l'exposé prononcé en mars 2008 par Judith Butler (voir plus loin).

Il y eut un été
Qui déserta,
Bouche recluse,
Ce lac des chants d’oiseaux
Où se tremper
Pour mieux brasser,
A poumons déployés,
Glissant, feulant,
L’effort d’aimer.
Désorientée,
La tortue nucléaire
Se dénature,
Brisant sa soif
Au tranchant des cailloux
Tandis qu’ailleurs,
Se meurt la faim.
Interdit de poèmes,
Désemparé du verbe,
Guantánamo
Disloque
Les droits de vie.
Mots cassés,
 La chair exorbitée
S’explose dans le sang,
Quand la mort des abeilles,
Planant sur ce mutisme,
Vient dessiner le terme
Des promesses de plantes
Mellifères.
Alors… fins ciseaux à découdre
Les lèvres de l’été :
Et des mots pour graver
Le souffle de la vie,
Dans la proclamation
Du désir et du deuil
Et de l’expiration.
Et puis d’inspiration,
Doigts vibrants, attendris,
Qui explorent en braille
Des grains de peau-caresse
Des joies plume-papier
Et parfois dans l’écart,
Abandonné(e),
Se défaire de soi
Dispersion,
Absorption
Car légers…si légers…les nuages.


Noëlle Combet.


La video du colloque de mars 2008 est consultable sur internet : taper "Judith Butler + Poitiers".
Judith Butler a dit, s'exprimant en français (Je tente ici la reproduction écrite d'un passage) :
Les poèmes des détenus de Guantànamo ont été pour la plupart interdits ou détruits au motif qu’ils présentaient un danger pour la sécurité de l’état américain. Certains, tout d’abord clandestins, ont survécu avant que l’on n’autorise du papier et des crayons aux détenus.
Pour Judith Butler, « ces poèmes représentent comme une capacité à percer les idéologies dominantes qui rationalisent la guerre au nom des vertueuses invocations de la paix ».
A la suite de ce constat, et de ce que disent ces textes, quant à la torture, elle évoque une double vérité relative au corps : les liens nécessaires à sa survie d’une part et, d'autre part, l'affect produit par la représentation de ces liens, affect en tant qu'acte d'interprétation :
« Les corps sont liés à d’autres corps par des besoins matériels tels que le toucher, le langage, une série de relations sans lesquelles nous ne pourrions survivre…ce qui peut susciter de la souffrance mais aussi une réponse morale : la formulation de l’affect en tant qu’acte radical d’interprétation face à une subjugation non voulue.Voir sa propre survie ainsi liée à autrui, inscrit le risque constant de la socialité, sa promesse et sa menace ».
Sans doute y a-t-il là, trace de Spinoza qui, dans la quatrième partie de son "Ethique", envisage les affects comme des principes actifs consécutifs à notre représentation du monde, ce qui entraîne ensuite notre attitude "politique". Et l'on peut s'émerveiller de l'audace de ce philosophe qui, soutenant l'indivisibilité du corps, de la psyché et de l'éthique, -principe qui est au fondement du propos de Judith Butler- a ouvert, se démarquant du dualisme cartésien, des pistes alternatives pour la pensée en semant des fanaux utiles à l'élucidation de nos relations avec les autres.

2 commentaires:

Bryony a dit…

Well said.

Noëlle Combet a dit…

Well said ? Sans doute.
Dire et bien dire pour dans ce "dire", dérouter la souffrance.
N.C