lundi 29 septembre 2008

Grains.




Grains de pollen en un tapis, comme surélevé, invitent à la lévitation dans la composition de Wolfgang Laib.
Un grain de voix s’incarne, absenté au creux des oreillers, dans les chambres ouvertes de n.m.
Grain de pollen et grain de voix lèvent d’autres grains à moudre :
Gros grain que ma grand-mère cousait pour renforcer la ceinture des jupes ; taille bien prise en une étreinte ;
autre gros grain des voix encolérées quand la moutarde monte au nez; celui-là défait l’étreinte et la tête se baisse sous la tornade; l’on ne peut y répondre que par quelque grain de folie, histoire d’en rire, pour en avoir pleuré ;
Et puis le grain, picoré, becqueté en un baiser : un sursis.
Poussière nous fera grains, à la fin ; la mort est-elle faucheuse, vanneuse de blés au vent, ou pourvoyeuse de sénevé ?
Lettres en grains planent sur le drap de la page, le grêlent.
Les voilà envolées.



N.C.


jeudi 25 septembre 2008

j'aime dans les chambres ouvertes les lits dégorgeant leurs draps crémeux
les oreillers creux longuement battus où brille un cheveu
le silence léger déposé dans les plis des étoffes et la poussière ensorcelée dans les rais de lumière
je plongerai dans la fraîcheur et je respirerai le parfum de (cette) peau
j'écouterai avec les doigts le grain de (cette) voix
j'aurai faim et le départ discret écrasera mon dos
le jour aiguise les objets puis les laisse morts
je ne rejoindrai jamais le monde désiré
ni la course du skieur glissé entre deux gerbes d'eau.

n.m. 10-23 septembre 2008

mardi 23 septembre 2008

Iris.



La clocharde au nom de fleur peuplait le square, invectivait dans un allemand dialectal et rocailleux la « Polizei », puis apaisait ses chiens aboyeurs. Les feuilles des micocouliers entraient en une étrange et vibrante résonance avec la clameur de cette passion humaine.
Si on s’adressait à elle, elle répondait, farouche : « Kein Problem ; ich bin eine Turiste ». « Pas de problème, je suis une touriste ». Pourrait-on, dans une ville se déclarer publiquement nomade ou exilé ? « Touriste » sonnait comme un déni du matricule SDF. Il s’en voulait la version élégante comme les tissus exaltés dont elle savait s’entourer.
Un jour, elle ne fut plus là et le quartier se mit à clocher. Il avait glissé ailleurs et ne semblait plus d’ici.
On la revit une fois, trottinant sagement dans une robe en coton imprimé.

Il avait donc fallu, pour que la ville puisse s’approprier la clocharde, déporter une part d’elle même, la dé-dramatiser, l’équarrir dans l’intention qu’à son tour, elle réalise une appropriation nouvelle de l’espace urbain.
Mais qu’étaient donc devenus les chiens contre lesquels elle se serrait, le soir venu, pour dormir à l’entrée d’une boutique où les gens d’ici déposaient vivres et vêtements, qu’elle trouvait au petit matin ?
Les yeux d’Iris, étaient restés rebelles, éclairés d’une lumière sauvage ; mais maintenant, elle les baissait comme quand on veut faire le noir en tirant les persiennes.
Qui dirait si Iris habitait plus agréablement sa nouvelle intériorité que l’ancienne ? A quel prix était-elle sortie d’une clandestinité tout d’abord arborée comme exclusion possible d’un principe d’ identité ? Aucun savoir ne peut, là, en répondre. Seul était évident le confort accru d’un entourage qui, ayant contribué à cette évolution dans le bon sens, s’en félicitait.

Dans le quartier qui s’était dès lors, se lissant, comme dépulpé, les micocouliers ne jasaient plus ; ils bégayaient, harassés de pigeons pansus.



N.C.

lundi 8 septembre 2008