lundi 29 septembre 2008

Grains.




Grains de pollen en un tapis, comme surélevé, invitent à la lévitation dans la composition de Wolfgang Laib.
Un grain de voix s’incarne, absenté au creux des oreillers, dans les chambres ouvertes de n.m.
Grain de pollen et grain de voix lèvent d’autres grains à moudre :
Gros grain que ma grand-mère cousait pour renforcer la ceinture des jupes ; taille bien prise en une étreinte ;
autre gros grain des voix encolérées quand la moutarde monte au nez; celui-là défait l’étreinte et la tête se baisse sous la tornade; l’on ne peut y répondre que par quelque grain de folie, histoire d’en rire, pour en avoir pleuré ;
Et puis le grain, picoré, becqueté en un baiser : un sursis.
Poussière nous fera grains, à la fin ; la mort est-elle faucheuse, vanneuse de blés au vent, ou pourvoyeuse de sénevé ?
Lettres en grains planent sur le drap de la page, le grêlent.
Les voilà envolées.



N.C.


2 commentaires:

Fortitou a dit…

Ce qui me frappe avant tout, chez les surfaces de Laib, c'est la densité et la matité de cette couleur. Elle reste identique à n'importe quelle distance d'où on la regarde. De fait, elle lutte contre l'espace environnant, qui ne peut pas en faire autant.

Ce qui m'interpelle, encore, c'est le temps qu'il met à récolter ces milliards de grains de pollen, patiemment, dans les champs, penché sur les marguerites.

Et toujours, la fragilité intrinsèque de ce genre d'installation, qu'un courant d'air pourrait gâcher, qu'un ballon pourrait détruire. C'est à la fois infiniment puissant, jusqu'à courber l'espace, et infiniment fragile...

Noëlle Combet a dit…

Oui, ce que vous écrivez exprime comme une intimité entre la précarité et la durée.
Méditation sur le temps et les transformations,les silencieuses et les intempestives qui nous laissent surpris, incrédules quand elles surviennent.
Ainsi en va-t-il de grains de pollen quand l'air les emporte ainsi que le geste qui les a si patiemment réunis; de même, "le vent nous emportera".