mardi 22 décembre 2009

La moustache du pouvoir.

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L’année, à son terme, se balance aux branches
Comme les pendus.
On a rasé la moustache du pouvoir :
les pendus tombent des arbres,
courent vers les bois exténués,
vont épeler un nom aux archives;


l’herbe se recroqueville,
les oiseaux se taisent,
une laie grogne au loin ;
les glands craquent sous les pas ;
deux geais se disputent.
Dans la cité, des enfants s’élancent, violence au poing.
Une souris a égaré les dents de lait.



La moustache du pouvoir repousse
en invisible quadrature ;
les mille yeux du pouvoir évaluent,
spéculent,
jaugent la performance.
Vidés, les hommes deviennent des chiffres.
Les branches veillent,
en attente éperdue d'autres temps à venir.

Noco.





mardi 15 décembre 2009

A propos de l'ouvrage collectif "L'Appel des appels. Pour une insurrection des consciences".



Le titre de ce recueil de textes, « L’Appel des appels » est aussi le nom d’un collectif national né d’un  ample mouvement de protestation de signataires de pétitions. Il exprime la profonde colère sociale, et la souffrance  engendrées par un exercice du pouvoir qui instrumentalise les hommes, détruit la subjectivité, transforme, par l’intermédiaire de l’évaluation, chacun de nous en chiffre sur l’échiquier de la production.



Le coup d’envoi de la révolte a été donné par l’appel : « pas de zéro de conduite pour les enfants de moins de trois ans » en 2006.
C’était une réponse à l’expertise de l’INSERM sur les troubles comportementaux de l’enfant, qu’il s’agissait de détecter très  précocement dans le cadre d’un plan de prévention.
L’on ne pouvait que se scandaliser de cette arbitraire évaluation concernant des bébés.
Pourquoi ne pas repérer déjà in utero le futur délinquant ?
Plusieurs pétitions suivirent : Sauvons la recherche, sauvons l’université, sauvons les RASED, sauvons la clinique, sauvons l’hôpital.


Le manifeste « L’Appel des appels », rédigé en décembre 2008, fut proposé à signatures par mails. La mobilisation fut massive : 76000  signatures en mai 2009.
Au terme de deux journées nationales, des comités locaux se créent : on y entend  de nombreuses voix, en provenance de  l’université, de l’enseignement en zone défavorisée, du droit, des médecins et personnels hospitaliers, des immigrés et des médecins libéraux exerçant dans leurs quartiers : une « révolte des hussards » ainsi que l’ énonçait « Le Nouvel Economiste » en mai 2009.


Pour rassembler l’essentiel de ces débats afin de recueillir ces mots, qui, selon René Char « savent de nous ce que nous ignorons d’eux », des articles furent écrits et constituèrent le corpus d’un ouvrage collectif édité en novembre 2009 dans la collection Mille et une Nuits : « L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences. »

J’en  propose quelques extraits qui appellent à la réflexion. Je préciserai simplement le nom de l’auteur.



Roland Gori :
Dans cette médicalisation extrême  des souffrances psychiques et sociales se révèle l’effondrement d’une société qui n’est même plus à même de voir dans les « maladies mentales »  de ses membres la substance éthique de ses propres valeurs et  de ses idéaux.

Si la culture doit être consommée dans l’instant et évaluée à sa valeur marchande, elle est ravalée au mieux au rang d’arbitre des élégances et des classes sociales, au pire à un tittytainment qui démobilise les esprits et abolit la pensée critique. Tittytainment est un mot-valise qui condense entertainment qui signifie « divertissement » et tits, les « seins » en argot américain. Mot Forgé par l’ancien conseiller de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, le tittytainment consiste en un « cocktail  de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète. »




Stefan Chedri :
L’évaluation, c’est pour éviter l’imprévu. Comme l’avait fait Jack Lang avec son plan de dyslexie à l’école dès trois ans !-Dépister et prévenir. C’est un contrôle de l’humain assez curieux qui oblige à chosifier et nier la temporalité des individus.

Les évaluations permettent de construire des néoréalités avec des chiffres justifiant leur mesure. C’est une dérive de la science produisant une pseudo-objectivité qui n’a que des visées politiques.
Cette néoréalité n’a plus de liens avec le terrain, les professionnels de la société civile. Il n’y a plus de dialogue : il y a l’Etat et la société civile est niée. Pour moi, un Etat sans société civile, c’est une dictature. L’évaluation permettrait ce coup de force, des dérives vers une forme soft de dictature.



Daniel Le Scornet :
Il serait vain d’attendre pour agir, une théorie politique générale, une grande organisation unique, une improbable unification globale des champs. L’harmonie ne va pas sans l’irréductible dissonance. Les lois de la physique, pour ne rien dire du rythme musical de ce monde s’accommodent très bien de cette absence de l’Un. Cette situation n’empêche pas le magnétisme et la gravité de  splendides symphonies. Agir dans les unités de nos différences, voilà ce à quoi nous sommes convoqués.



Franck Chaumon :
De même que le rejet de l’étranger installe la peur qu’il ne surgisse  dans notre monde protégé, de même la peur de l’étranger qui réside en nous-même loge en chacun une menace intime. On en viendra à priver de liberté tous ceux dont la dangerosité supposée (certifiée par des « experts ») menace l’ordre public, et sur le chemin de la prévention généralisée, on en viendra à connecter les réseaux de santé à tous les réseaux et fichiers existants. On connaît l’issue de telles dérives : loin que notre peur s’apaise, elle ne cessera de croître et donc de légitimer de nouvelles surveillances.

La folie, en ce qu’elle figure la limite de la raison partagée, constitue une mise à l’épreuve de la fiction démocratique. Elle porte à son comble le malaise dans la civilisation et fait de l’utopie démocratique une épreuve et non un horizon pacifié.



Pascale Giravalli et Sophie Sirère :
L’incarcération est  une « prise de corps sur un corps rendu immobile, dépossédé brusquement jusqu’au plus profond de son intime. C’est une contrainte spatio-temporelle : un corps emprisonné dans un espace mesurable, limité, confronté au temps de l’ennui qui s’étire, qui s’éternise. L’espace éprouvé au quotidien est un espace clos, fermé qui ne peut être ouvert que par l’autre (le surveillant qui détient les clés) ; un espace subi, figé où l’autre fait intrusion à tout moment (l’œilleton, c’est la métaphore du regard de l’autre auquel on ne peut se soustraire), un espace angoissant où domine le sentiment d’être pris au piège : n’est-ce pas là un contexte expérimental de persécution ?

Le paradoxe de l’exercice de la psychiatrie en milieu pénitentiaire réside dans le grand écart entre les valeurs et les pratiques. En général, lorsque l’écart est trop grand, soit les valeurs changent, soit les pratiques s’adaptent. Rester et résister, c’est continuer à tenir sur les valeurs.



Laurence Croix à propos de la création du « ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire :
S’imposa alors un véritable ordre du chiffre appliqué à des êtres humains : objectifs chiffrés immédiatement annoncés, résultats chiffrés toujours fièrement dépassés ! Rafles, menottages, mises en examen, rétentions, expulsions : derrière les chiffres, les réalités humaines s’effacent. Les anciens, les enfants, les malades, les gens du voyage, plus personne n’échappe à cette politique sécuritaire du chiffre. De leurs traques et persécutions incessantes, des déchirures et traumatismes irréversibles, seul le gouvernement français est responsable.

Comprendre la nouvelle politique d’immigration suppose de montrer les liens entre les pratiques répressives à l’égard des étrangers et la domination des problématiques néolibérales.



Christian  Laval :
L’heure n’est plus à la démocratisation de la culture, elle est à la croissance de la productivité des enseignants et à leur mutation en hommes d’entreprise. La raison ultime de la « réforme de l’école » qui prétend à l’exclusivité, a un nom unique : la performance, le nouveau mantra des « modernisateurs ». L’école est désormais soumise à la logique économique globale de la compétitivité.

Loin d’interroger les conditions sociales, politiques et culturelles qui permettent de rendre compte du caractère de plus en plus critique de l’éducation dans une société totalement ordonnée à l’impératif de la performance à outrance et du loisir total, les « modernisateurs » sont incapables d’imaginer d’autres « solutions » que celles qui procèdent des dispositifs de surveillance, des dépistages de troubles de comportement.



Nicolas  Roméas :
Ce que nous nommons culture est aujourd’hui l’outil le plus puissant, le seul vraiment efficace pour résister aux réducteurs de têtes qui menacent de dominer entièrement et de laminer notre  planète.
Car la culture, c’est le moteur de l’humain. D’un humain qui non seulement refuse de se laisser normaliser mais ne peut exister ni se développer sans porter les valeurs d’élévation, de civilisation, de lien et d’échanges entre les êtres.

Deux outils de pensée, dont le plus prosaïque a fini par dominer l’autre jusqu’à l’écraser.
Qu’ensemble nous construisons. Un langage des chiffres  qui a de plus en plus prétendu à l’exactitude et a fini par prendre une importance démesurée dans ses applications contemporaines, une lecture du monde utilitariste qui tend aujourd’hui à régenter nos vies dans tous leurs détails. Et l’autre, celle du poète, du conteur, de celui que l’on nomme artiste, qui conserve et valorise cette part d’incertitude native, d’adhésion harmonique à une pensée magique, de souffle vital, d’intuition, d’imagination, et signe une vision de l’homme généreuse et ouverte.



Louise L. Lambrichs :
Inventaire, invention.
Comme un axe, une direction, un sens à déployer, endosser et inscrire en soi de l’histoire, dans un mouvement d’aller et retour, pour réanimer le langage en tant que partie prenante du réel, il engendre l’avenir qu’ensemble nous construisons. Puisque sans inventaire du réel, il n’est pas de conscience possible ; et puisque dans conscience, il n’est d’invention qu’illusoire.
Inventaire, invention.

Contre le veau d’or, le choix du verbe et de ses métamorphoses.
Si l’histoire vous refait toujours, le poète, lui, ne se refait pas ; désirant, il persiste dans son être.

Dans quelle mesure la régression actuelle est-elle le résultat du mépris affiché,  depuis plus de trente ans, pour toutes les matières littéraires supposées « inutiles » par nos dirigeants  mais indispensables en réalité, pour penser sa propre évolution ? Cette question qui mériterait d’être largement développée me paraît plus que jamais à l’ordre du jour.



Anonyme :
Depuis plusieurs décennies, pour la diplomatie française, l’action culturelle n’était qu’une façon de donner du lustre à l’exercice du pouvoir, quand il se portait hors de nos frontières : donne-moi des crédits pour voyager à tes côtés, disait le saltimbanque au prince et je te rémunérerai en prestige […] Assure-moi une couverture médiatique, disait le prince au saltimbanque, je te ferai partager les miettes du festin. Ce double chantage suppose la complicité, ou du moins la complaisance des médias.

Cette société contrôlée par des « référentiels  de compétence », cette société sans projet autre que le profit matériel- et qu’un virus informatique ou une panne d’ordinateur ramènera à l’âge de pierre-, cette société quantifiée, un premier acte de résistance devrait consister à la qualifier : invivable.




Au centre de l’ouvrage, un intermède sous la forme d’extraits de discours du président, mettent en relief ce que l’on sait : démagogie, promesses non tenues, langue de bois et surtout les contradictions exprimant l’alternance, selon le vent de l’opinion, entre une complaisance et un activisme autoritaire, allant toujours du côté de l’affirmation d’une nécessité évaluative, sécuritaire : il s’agit  évidemment de protéger le néolibéralisme et de privilégier le chiffre  par rapport à l’humain.
Aucun mouvement, bien sûr, en direction de la concertation.
A la suite de cet intermède, une série d’articles tente de « rassembler » les questions de fond, questions de société et d’humanité déjà apparues dans les champs professionnels divers évoqués par la première série d’articles.



Roland Gori :
Le conformisme auquel nous nous plions tous les jours s’exerce « dans les petites affaires », nous asservit de manière toujours plus étendue et douce, nous fait perdre l’habitude de nous diriger nous-mêmes et nous habitue toujours davantage à consentir dans les marges d’un pouvoir véritablement disciplinaire à notre propre aliénation, à notre propre mutilation. […]Cette manière de s’habituer à ce que Gilles Deleuze appelait » le petit fascisme de la vie ordinaire » soit à une domination invisible et insidieuse, conditionne, dans les temps de crise et de terreur, l’obéissance à des actes cruels barbares et inhumains.[…]. Voilà pourquoi, je crois, le premier acte de résistance consiste à analyser et à déconstruire le fonctionnement de nos dispositifs de normalisation.

L’évaluation constitue le dispositif matriciel  de ces servitudes et transforme  chacun de nous en « tyranneau » de soi-même et des autres. «Tyranneau », le terme est de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire : le pouvoir tyrannique est faible, instable et il ne tient que par la servitude volontaire  de sujets qui ne s’y prêtent qu’en croyant tirer parti de la tyrannie qu’ils imposent aux autres comme à eux-mêmes.[…]
Cette servitude volontaire n’est pas que le fait d’un tyran politique, mais d’abord et avant tout   cette inclination qui pousse chacun de nous à devenir ce tyranneau qui s’assujettit lui-même autant qu’il assujettit les autres. Se révolte, dit encore Camus, c’est  « refuser l’humiliation […] sans la demander pour l’autre ». Ne l’oublions pas.





Marie José Mondzain:
Michel Foucault, il y a déjà trente ans désignait du terme de « contre conduite » l’ensemble des gestes par lesquels chacun résiste au pouvoir, refuse de laisser conduire et se conduit à son tour envers lui-même et envers les autres. Il nous incombe d’opposer aux politiques culturelles fondées sur la concurrence et le profit des gestes quotidiens de subjectivation et de construction de l’espace politique. Chacun de ces gestes manifeste en lui-même la figure de la culture. Chacun, là où il est, est en charge de cette politique du voisinage où se règlent à chaque instant l’écart et la proximité, le lien et la déliaison, la concorde et le lutte.


Bernard Stiegler :
Le monde financier est passé de l’investissement, c'est-à-dire de l’engagement économique à long terme, à une spéculation qui ne pouvait que le conduire à l’autocrétinisation : les pus gros pigeons escroqués par Bernard  Madoff faisaient partie du « gotha de la finance ». Ainsi s’est révélée au grand jour la profonde misère intellectuelle dans laquelle ont sombré ceux qui monopolisent la direction des affaires du monde, s’imposant à eux-mêmes  comme au monde entier une véritable bêtise hégémonique.



Barbara Cassin :
Là où est le danger, croît aussi ce qui sauve, paraît-il. L’individu est contraint à l’autonomie citoyenne par un Etat pervers. Mais si plus rien ne fonde et n’assure  la collectivité et la norme publique, que l’individu, alors, il se peut qu’il y ait, il y a : insurrection des consciences. L’individu devient ce qu’il est : un sujet moral et politique. Dit autrement, la ruse de l’histoire fait que les travailleurs sans travail, transformés via la crise en consommateurs sans rien à consommer  retrouvent leur être politique d’animaux doués de logos.



Au terme de ces « citations », je m’interroge. Que valent des « morceaux choisis » ? Choisis par qui ? J’ai en effet trié et cette recension c’est obligatoirement arbitraire.
J’ai laissé de côté bien des passages qui présentaient un intérêt égal et peut-être supérieur à ceux que j’ai retenus.


Ma seconde réserve concerne les « écrivants ». J’ai volontairement fait silence sur leur statut professionnel qui, dans l’ouvrage, apparaît deux fois : d’abord dans une note en bas de page, ensuite dans le glossaire.
On y voit bien, hormis en ce qui concerne  les artistes peut-être, se dessiner une appartenance à ce que l’on pourrait nommer une « intelligentsia » : la majorité d’entre eux sont professeurs d’université, psychiatres, psychanalystes, philosophes, journalistes, magistrats, chercheurs…
Aussi, lorsque Barbara Cassin, dans son article conclusif écrit :
«  Nous constituons un « nous » considérable-à prendre en considération. Un nous au singulier pluriel […] un nous qu’il va bien falloir entendre, c'est-à-dire qu’on ne pourra pas ne pas l’entendre… »
Oui, sans doute et tant mieux  mais il s’agit là de personnes de la même famille sociale, de la même strate, qui communique, certes avec l’autre strate, celle des plus défavorisés, s’en fait porte-parole…mais où sont ceux-là qui ne peuvent combattre avec des mots écrits ?
En fait, c’est dans les comités locaux de l’ « Appel des Appels » qu’on peut les entendre un peu mais cet ouvrage n’est pas le leur.


C’est pourquoi ce qu’écrit Barbara Cassin dans le dernier extrait cité me paraît utopique : qu’au bas de l’échelle sociale, dans un dénuement, on puisse retrouver le logos, ce serait idéal. Peut-être, parfois, cela se produit-il  Mais pas plus et peut-être moins que l’inverse.
C’est pourquoi je ne suis pas sûre que l’ «  insurrection des consciences » puisse suffire…pas plus que les nombreux plaidoyers contre la guerre ont pu l’éviter
.
L’  « Appel des Appels » n’en reste pas moins un mouvement rassembleur sur le terrain. Espérons que les comités locaux ne s’essouffleront  pas et, comme, d’autre part, je reste convaincue que l’on ne peut avancer sans penser, je me suis réjouie de lire cet ouvrage  auquel j’ai pu, généralement, adhérer fondamentalement même si je crois, plus qu’à un éveil des consciences, à la force d’impacts subversifs ; et alors les « crises »  aboutiraient à des renversements. Il y a un ferment de cela dans l’ »Appel des Appels »
.
Mais enfin, ce contre quoi nous nous soulevons, nous l’avons, pour la moitié d’entre nous, démocratiquement choisi ; et pourtant, l’homme était loin d’être un inconnu : lui et sa famille de pensée s’étaient largement illustrés déjà  sur la scène politique…


Que faire ? Il nous revient, dans cette faillite éthique d’envisager des actes sur le terrain et dans le champ de la pensée ; c’est ce à quoi invite ici l’écriture et s’il fallait choisir un point de vue parmi ceux énoncés plus haut, c’est à l’idée d’un combat à mener d’abord en nous-mêmes que je m’arrêterais : c’est la servitude volontaire, selon  la pensée de La Boétie, qui autorise la tyrannie et va jusqu’à nous pousser à tyranniser l’autre.
C’est donc notre propre consentement à la servitude, quelle qu’en soit la forme, allégeance ou abus de pouvoir, qui doit, en premier lieu, appeler notre vigilance afin de lui opposer, d’abord en nous, ce que Foucault désigne comme « contre conduite.» En même temps, bien sûr, il est important de cultiver le lien avec tous ceux pour lesquels cet objectif est primordial et de poser des actes dans le cadre d’un « nous » qui ne refasse pas « famille » et puisse donc s’ouvrir aux « autres ».

N.C.

samedi 12 décembre 2009

Sans titre.



.
:En direct de là-bas
Le bleu profond écrase les messages
Je ne lis plus rien qui vient de vous
J’hésite à chaque mot
Qu’est-ce qu’un mot
Les phrases flottent
Mes archives s’éparpillent en liasses
La vitesse découpe ma lenteur en séquences séparées de longs intervalles
Ici je vais à l’abandon
Ma pesanteur se trompe
Ici je suis fulgurante
Mes pieds lâchent des étincelles
Qui s’éteignent les jours d’équinoxe
Mon mouvement est une figure complexe qui défait le commencement
L’écriture ne fait plus bouger mes doigts
Une langue fraternelle commente le bruit des météores
Je ne trébuche pas je ne tombe pas
Je fuse
Je caresse l’histoire
J’en reconnais les césures les enchaînements les passions les oublis
La vérité sèche et squameuse au centre du vide
Blottie dans le noir éblouissant de l’absence qui berce.


 
 
Nadine Meyran
12 décembre 2009








mardi 8 décembre 2009

Noyau de cerise.



Le cœur de la terre bat dans l’écureuil.
Il s’élance, grimpe aux branches qui peignent le ciel ;
il croque des pignons.
L’enfant court en boitant
à cause du noyau de cerise
dans sa sandale.
Elle prête ses yeux au buisson
qui  maintenant la dissimule ;
elle défait sa sandale, la secoue, la rechausse, la relace,
repart.
Elle court derrière le vent.
Le vent court derrière le ciel.
Un noyau de cerise est tombé sur le sol ;
La lumière a mangé l’ombre.

Noco






lundi 30 novembre 2009

Oui. Peut-être. .



Oui. Peut-être...De Yves Rocher.



Oui, le malheur du méchant nous satisfait ou nous indiffère moralement, puisque nous voulons croire que sa peine est le salaire de sa faute ! Qu’en revanche il puisse être heureux au moyen du mal qu’il inflige est moralement révoltant. Le malheur du premier pourra-t-il  le détourner de sa méchanceté ? Le bonheur du second risque-t-il de le confirmer dans son inclination à mal faire ? Parce qu’aucune justice providentielle ne sait invinciblement faire du premier un homme heureux de sa conversion à une bonté retrouvée, non plus que du second un homme malheureux de sa perdition dans une méchanceté confirmée, comment notre inquiétude morale pourrait-elle alors être apaisée ?

Essayons quand même, à partir des propositions suivantes…
Un homme heureux ne peut être méchant, car il n’aurait pas de raison de vouloir l’être, alors qu’un homme malheureux peut être méchant parce qu’il veut être heureux ; mais un homme ne peut être heureux en étant méchant, puisque s’il était heureux, il n’aurait nul motif à être méchant. C’est pourquoi on ne peut être méchant que si l’on est malheureux, et on ne peut être heureux en étant méchant.

Sophismes, mais au moins la morale est sauve !
Sophismes ?
De quoi le méchant peut-il être heureux ? Plus exactement : pourquoi sa façon d’être  heureux pourrait-elle démontrer qu’il n’est méchant que parce qu’il est malheureux ?
Le méchant jouit de la douleur d’autrui. Et il jouit de n’en être pas affecté. Accordons ces deux propositions.
On peut affirmer que : la vengeance satisfait le ressentiment ; la spoliation et l’appropriation satisfont l’envie ; l’acte d’humiliation satisfait l’appétit de domination (…)
-         Il faut au méchant trouver plaisir à la peine d’autrui et pourtant ne pas souffrir de sa souffrance.
-         Le méchant veut être heureux, or il n’obtient qu’une satisfaction.

Aussi ne doit-on pas dire que l’action du méchant n’est que partielle, et qu’elle est inadéquate ? Une réalisation inadéquate du désir peut s’appeler, avec Spinoza, passion, en tant qu’affect passif gouverné par la tristesse. La passion du méchant dépend d’une idée inadéquate (finalités illusoires dans l’imagination : « être heureux »), et mutilée (méprise sur la réalité des causes : « le bonheur d’autrui me prive d’être heureux »). Si la passion du méchant était réellement un acte, c’est-à-dire un affect en tant que mouvement même du désir, elle ferait naître plus qu’une excitation, mais réellement une joie.  De plus un tel affect en tant qu’acte ne pourrait se vouloir cause du malheur d’autrui puisqu’un tel malheur inspirerait, par agent de la puissance d’être affecté, une pitié dont, en tant que tristesse, il faudrait contradictoirement trouver la force de se garder. C’est pourquoi donc « celui qui est conduit par la Raison désire que le bien qu’il poursuit pour lui-même appartienne également aux autres » (Eth.IV, 73).  Et le malheur serait alors que la joie d’autrui ne puisse inspirer de la joie, mais ne suscite qu’une tristesse qui est cause de méchanceté.

Il faudrait en somme proférer que « la différence n’est pas mince […] entre le contentement qui mène l’ivrogne par exemple, et le contentement dont jouit le Philosophe.. » (Eth. III, 57) !

Le Philosophe déclare en conséquence que le méchant ne sait pas ce qu’est être heureux, en cette exacte mesure où ce méchant ne parvient pas à se savoir malheureux.
Et le Philosophe a vraiment craint le pire, mais croisant la tête de Goebbels, songeur il soupire encore : oui, quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console…


Y.R. 


  



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mardi 24 novembre 2009

Roman-ce.




Son sourire était en pente
dans l’escalier roulant.
Leurs yeux se connurent,
s’adressèrent
des lettres en pluie
jamais écrites,
suspendues désormais
 aux fils aériens du mobile,
  en  notes flûtées
 coulées dans des rêves,
Jouant la rengaine
des  pas perdus
obstinément
portés aux nues.
Secrets détroussés
Ombres effeuillées…

A la vitesse
de la lumière,
le temps a volé en éclats


Noco.

mardi 17 novembre 2009

Là-bas/ici ; ici (là-) bas.


Ce texte doit presque tout à la pensée de François Jullien dont je fais récolte depuis plusieurs années. Mon expérience personnelle de l’existence a souvent croisé ses écrits et s’en est trouvée renforcée et enrichie.



« Fuir! Là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l'écume inconnue et les cieux! »

 (Mallarmé ; « Brise marine »)


Deux images sont  liées à la locution là-bas. L’une est de rupture, l’autre d’aller-retour.
La première résume notre culture tout imprégnée de la représentation d’une coupure entre l’ici  et le  là-bas, coupure d’où jaillit la croyance en une transcendance, sous la forme de l’inaccessible vers lequel on tend.
 L’autre, davantage orientée  vers l’immanence n’implique  pas une rupture mais une simple distance entre « ici » et « là-bas ». On peut circuler d’ici  à  là- bas  dans l’  ici-bas. Les deux espaces sont distincts  mais non  dissociés l’un de l’autre.

 La coupure entre l’expérience et un monde abstrait des Essences s’affirme avec Platon et le mythe de la caverne, mythe qui a fondé la culture occidentale : nous ne verrions, dans notre caverne existentielle que la petitesse des choses, images projetées sur les parois, alors qu’au ciel de l’invisible, elles resplendiraient de toute leur vérité et leur perfection, insaisissables par l’être si imparfait que serait l’homme.
Cette conception entraîne avec elle toutes les idéalisations, l’image de tous ces sommets auxquels on ne pourrait accéder que par une ascèse, une sorte d’étranglement.
François Jullien qui analyse ce phénomène dans la plupart de ses ouvrages, a une image d’une grande justesse pour le représenter : la source qui jaillissait, on la bride en un point et alors elle s’exalte plus haut, du côté du savoir et encore plus haut, du côté  des enthousiasmes démesurés, des passions et du drame, voire de la « possession » maniaque ou mélancolique, éventuellement vécue comme visionnaire dans l’Antiquité, ce qu’elle est aussi, du reste.
Le Savoir et l’Eros deviennent à partir de Platon et pour des siècles, les idoles éventuellement  cruelles de l’humanité.
N’oublions pas que les deux sont, au départ, liés : le maître grec est un amant (erastes dans « Le Banquet ») ; la transmission se déploie dans un contexte de beauté du corps des jeunes hommes et s’appuie donc sur l’Eros  mais l’on n’accèdera à l’idéal, philosophique, amoureux, qu’au prix de l’ascèse dont le socle est la coupure.
L’on voit bien la suite dans la religion : la sublimation de l’amour, du sacrifice et du dogme.
Le même mouvement se produit autour des représentations  occidentales des « maîtres idéalisés » qui ont partie liée avec la mort, symbolique ou réelle, donnée ou reçue.
La littérature, le cinéma en proposent de nombreuses images : dans le film  « Le Maître de musique » le progrès, puis le succès de l’élève annoncent et produisent la mort du maître.
Le même phénomène se donne à voir dans la conceptualisation psychanalytique du « transfert » : rappelons-nous que Lacan, fait successivement de Socrate et Antigone des images de l’analyste et qu’il évoque dans « L’Ethique », au sujet  d’Antigone « l’être-pour- la mort »( formule empruntée à Heidegger et mal traduite, d’ailleurs : Heidegger parle d’ « être -vers -la mort »,« Sein –um- Tod »et non « Sein - zum -Tod », ce qui est tout autre chose ). Qu’ensuite, l’ « objet manquant » ait, dans la pensée de Lacan remplacé ces deux « incarnations » de l’analyste ne change rien à l’affaire : sa place, dans les concepts reste, celle du mort se substituant à celle de l’idéal.
 L’image récurrente de la « coupure » conduit à ce que, pour recevoir l’héritage de ces « maîtres « , il faudrait, en les désidéalisant, les destituer et les « tuer », faisant chaque fois « table rase « de ce qui précède, d’où l’importance accordée au doute dans la pensée occidentale : la transmission s’arrache plus qu’elle ne se reçoit et la coupure s’inscrit, indélébile dans notre relation au  savoir et à l’éros, amalgamés et  portés aux nues.



Là-bas est ici disent d’autres voix, d’autres sagesses.
Du côté des philosophes on l’entend dans l’œuvre de Spinoza, Deleuze, Derrida par l’intermédiaire desquels s’est précisée en moi la valeur que j’accordais à l’immanence sans bien savoir, avant de les rencontrer, ce qui, dans cette conception, me convenait.
Il m’est devenu évident, ayant eu accès à leurs œuvres, que vouloir tuer l’Autre pour repartir de zéro dans le savoir est un leurre produit par une illusion de toute-puissance.

Si un autre, de qui l’on a choisi de recevoir, n’est pas institué en tant qu’Autre, n’est pas idéalisé et, corolairement, ne s’érige pas en rival, quel besoin aurions-nous de le destituer?
Quelque chose en moi restait, depuis toujours, obscurément mais obstinément, réfractaire à ce « Système ».
La théorie de la « déconstruction », dans la pensée de Derrida, insiste, bien au contraire, sur la nécessité de « reprendre » l’héritage pour y découvrir ce qui s’inscrit déjà en lui de sa  possible transformation et peut donc être enrichi. Comme il le montre à plusieurs occasions, les textes dont nous héritons ouvrent des questions et des pistes  par l’intermédiaire de leurs apories qui, interpellant le lecteur et le penseur, sont lourdes de promesses pour qui les retravaille. Ce qu’il énonce, en tant que conception d’un héritage textuel me semble tout à fait transposable aux échanges  humains, intimes aussi bien que sociaux, les deux loin de s’exclure, s’interpénétrant.
Mais la transmission de ces philosophes s’est peu à peu réduite à un filet de réception donc un filet de voix : on ne l’entend plus, hormis dans les cercles de spécialistes, eux-mêmes  très inféodés à un idéal de savoir, dans la plupart des cas.

La Chine, par ailleurs, nous offre aussi des perspectives  qui ne sont orientées ni vers des formes idéales coupées de la réalité sensible ni vers une idéalisation  et/ou un antagonisme dans la réception de la transmission.
Dans ses écrits de sagesse, on ne débute pas dans la pensée. On la reçoit des maîtres que l’on élit et le doute est connoté négativement.
Dans cet enseignement, le ciel n’est pas celui des Idées, formes platoniciennes parfaites et parfaitement inaccessibles ; là- bas, le lointain  ne s’envisage que dans le prolongement de la proximité.
Le ciel n’est que « cette petite quantité de lumière » que l’on voit (Confucius) ; et la terre « cette petite quantité de poussière qu’on peut tenir dans la main » (id.)
L’infime chemine jusqu’à l’infini où germera à nouveau l’infime.
Ce qui mène de l’un à l’autre est le chemin (Tao ou Dao décrit en particulier par Lao Tseu).
Sur ce chemin, se produisent ces transformations que représentent les 64 hexagrammes du YI King « Classique du changement », livre premier de la sagesse chinoise que l’on peut évoquer ainsi : tout ce qui est yang deviendra yin, tout ce qui est yin deviendra yang. Ce devenir est un passage, renversement d’une forme en une autre. Il va de soi que yin et  yang peuvent revêtir chacun une multiplicité innombrable de formes et que les possibilités de mutations sont donc infinies.
 Concevoir la vie comme un processus transformateur  revient à penser en termes de transition plutôt que de coupure : l’idée d’évolution dans le processus rend vaines les suppressions maîtrisées et la mort ne sera  autre qu’une forme de transformation.
Pas ou peu de transcendance au sens traditionnel du terme dans ces conceptions, mais de l’immanence comme dans la pensée de Spinoza, Deleuze, Derrida.
Immanence, c'est-à-dire qu’il n’y a pas d’autre monde que celui-ci et pas d’autre origine aux événements de ma vie que moi-même en tant qu’en moi se produisent les processus  transitoires et évolutifs qui me concernent dans mon lien avec d’autres et avec le monde.  Ces processus,je peux les travailler mais je ne peux les régir.

Pas de disjonction, par conséquent entre là-bas et ici.
 Là-bas, le ciel n’est pas le lieu des Essences  invisibles. Le visible et l’invisible ne forment qu’un tout se manifestant sous la forme de la Réalité, soit actualisée, soit potentielle. Cette réalité, lorsqu’elle est en puissance demeure latente et le là-bas le plus lointain du taoïsme, celui qui nous est invisible, n’est ni le néant ni un éden auquel nous pourrions aspirer mais de l’énergie vitale indifférenciée dont procèderont, se différenciant, les formes et individualités particulières.
Le visible et l’invisible ont une importance égale et le vide, n’est pas, comme pour nous, le néant, mais une plénitude en attente d’actualisation ; les processus, apparaissant comme des glissements et renversements transformateurs d’une forme en une autre, les moments de la vie sont toujours intermédiaires, interstitiels : ils se déploient  entre ceci et cela, ici ou là.

Avec les philosophes de l’immanence, avec la pensée chinoise, nous quittons une logique binaire en laquelle deux termes (ici/là-bas), s’excluent l’un l’autre, se coupent l’un de l’autre. Pas de disjonction mais un passage.
Faudrait-il pour autant vouloir renoncer à notre héritage pour tenter d’en adopter un autre ? L’imaginer possible serait faire retour à l’idéalisation et à une nécessité de coupure. Notre héritage reste porteur de valeurs essentielles même quand elles sont à interroger pour les faire évoluer et évoluer en elles. L’idéal ne serait pas à rejeter mais à transformer.
La culture chinoise et la culture occidentale restent fondamentalement étrangères l’une à l’autre et il serait illusoire d’en faire fi ; mais, s’avoisinant dans notre modernité, s’éclairant l’une l’autre, elles pourraient être à l’écoute l’une de l’autre afin de moduler leurs transitions.
L’idéal pourrait s’y décliner autrement, s’apprivoiser, dans un renoncement à l’absolu en Occident ; s’acclimater en Chine dans l’adoption  de choix susceptibles d’ouvrir la voie à une autre politique.
Dans l’un de ses derniers ouvrages, François Jullien évoque «l’invention de l’idéal ». Suggère-t-il que l’Occident aurait, en  l’« inventant », à le remodeler de manière à ne pas  être  l’esclave de ce à quoi il s’est traditionnellement  assujetti sous sa domination tandis que la Chine devrait, pour l «inventer », en accommoder quelques principes ? Est-ce qu’alors, dans ces deux cultures, l’ici-bas deviendrait plus vivable ?


N.C.


En lien avec ce qui précède, relisons ce qu’écrit Philippe Jaccottet d’un moment très intense vécu sur un chemin :
« Et presque tout de suite, presque en même temps, la stupeur. Stupeur n’est pas trop dire, si l’on peut concevoir une stupeur tranquille, calme, sans aucune crispation, sans éclat, sans bruit : stupeur soudain intime d’être là, d’avoir part, d’avoir droit à cette chaleur de la terre- avec pour seules compagnes les lianes de la clématite sauvage où l’on pourrait se prendre les pieds, et la serratule, la fidèle mendiante rose des fins d’été.[…]
Nommer cette impression « plaisir » l’eût rendue trop légère et trop gracile ; « bonheur » en eût fait quelque chose de sentimental, de trop domestique et de trop moral ; parler de « joie » : peut-être, si le mot n’eût entraîné l’esprit vers le religieux, le solennel, le grandiose même.[…]
Un semblant de « révélation », si l’on veut (à la rigueur), accordée, octroyée au vieil ignorant que l’on est.
Et pour que cela se fût produit, nul besoin de drogues ; ni d’ascèse, ni de transgression, ni d’excès d’aucune sorte (pas de violence, mais n’était-ce pas trop facile ?) ; nul besoin d’aller ailleurs, de chercher loin, de gravir quoi que ce soit du genre escarpé, périlleux, sublime.
Ni transe, ni extase, ni prière, ni rituel ; même pas une seconde de méditation. Pas de dépouillement, pas de sacrifice.  (C’est peut-être avouer le peu de sérieux de tout ça). »
« Couleur  de terre ». Philippe Jaccottet. 





La lontananza nostalgica utopica futura
Madrigale per più 'caminantes' con Gidon Kremer, violono solo,
8 nastri magnetici, da 8 a 10 legii (1988-89)
▸Luigi Nono • 39:28
Gidon Kremer, violon solo

Proposition musicale de v.l.




Un aspect est cependant déterminant dans le parcours musical de Nono et s'impose de façon définitive* : le fait que la dynamique et le timbre deviennent les facteurs essentiels de la composition, dans laquelle le temps musical est le temps vécu lui-même, et devient donc relatif ; il devient le temps spécifique de la musique de Nono qui précisément pour cette raison est toujours 'nostalgique, lointaine, future'. L'absence (parfaitement audible) de tout statisme, de toute inertie et de tout cloisonnement de notre temps, non seulement musical, la projette dans une dimension idéale, éthique, entièrement utopique ; dimension que Nono lui-même a d'ailleurs choisie, puisque dans la dernière version de La lontananza pour la Scala de Milan il a ajouté le 'utopique' aux adjectifs 'nostalgique, future'.

Luigi Pestalozza.

À propos de la réalisation de l'œuvre telle que nous l'entendons ici :

Production et réalisation électronique de la bande magnétique 8 pistes sous la direction de Luigi Nono et Hans Haller au Studio expérimental de la Fondation Heinrich Strobel de la SWF à Fribourg (RFA). La version finale de cette bande, fondée sur la partie solo enregistrée par Gidon Kremer, a été préparée conjointement par Sofia Gubaidulina et Gidon Kremer à Fribourg. Enregistrement : Beistein près Laufen (Suisse), décembre 1990. Deutsche Grammophon, 1992.

* L'œuvre appartient à un cycle inachevé (et conclusif quant à sa démarche et en raison du décès du compositeur) 'Caminantes', dont on trouvera un second volet, une pièce pour deux violons, 'Hay que caminar… soñando', en marge du nouveau blogue 'caminante', qui, ainsi que 'sous le clavier, la page', site qui le sous-tend, est délibérément placé sous l'égide du 'no hay camino es caminando que encontraremos nuestro camino' ('il n'y a pas de chemin, c'est chemin faisant que nous trouverons notre chemin') du poète espagnol Antonio Machado. Je m'en explique par ailleurs.

v.l.