vendredi 9 janvier 2009

Le chemin.





Ce chemin que je vais faisant

ce pendant il me va faisant ;

j’ajuste mon souffle à son rythme,

épouse du pied ses courbures ;

ses flaques largement reflètent

éclats des rêveries

que mes mains, de ci, de là,

ont, à grand joie cueillies,

accordées au tissu

de vie réalisée

en heurs bons ou mauvais,

en souci d’humanité,

et en (dés)espoir de causes.

Suis tombée dans ses ornières,

me suis relevée à douleur :

par deuils ma vie fut très tôt pétrie…


En ai fait chemin de ronde

pour voir venir dans les lointains

formes amies et ennemies.

En ai fait chemin de table

à vivre d’hospitalité.

Y ai cousu frissons de soies

dans les amours.

Enfants rieurs m'accompagnant

y ont bravé des écorchures

et récolté moult fleurs et mûres.


Souvent, il m’a voulue voleuse

volant vers bouquets chimériques

et rêves, rivières arc en ciel.

Dans mes fugues il s’est offert

en errance buissonnière.

Et puis il disparaissait

me logeant dans le vide.

Lors que je l’avais perdu,

un temps goûtais son absence,

en vastitude des espaces.

Puis l’infini, ne me contenait plus ;

adonc me refaisais chercheuse,

me lançais à le retracer.

Le voilà devenu tortueux

tandis que mon corps s’alourdit.

D’un coup, mon présent devient passé.

Et le chemin rejoint

en spirales

obscures nuées

de neige noire.

Je sais bien que là-bas surgira l’indicible

qu’aurai si souvent pressenti

sans qu’en vienne jamais l’étreinte.

Ce chemin que je vais faisant,

désormais, il va me défaisant.

N.C.



Si vous avez faict vostre proufit de la vie, vous en estes repeu, allez-vous en satisfaict.[…]

Si vous n’en avez sceu user ; si elle vous estoit inutile, que vous chaut-il de l’avoir perdue ?

Montaigne. Essais


.


Aucun commentaire: