mardi 31 mars 2009

Accepter la violence de l'effraction : ce texte de Françoise Agreke fait suite et écho à celui sur l'intrusion.




Rappel du pré-texte
publié le 21 11 08
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Le jour où j’ai dit : INTRUSION !

Toi, l’intrus (e), l’autre, tu es rentré (e) dans mon champ, innocemment, sans crier gare.
T’ex-truderai-je, pour cette impudence ?
Il me faut péniblement penser que l’intrusion est un indice fort de l’altérité, un accent rude.
Tu m’affoles, tu m’expropries de mon espace privé.
Y aurait-il échange sans cette ex-propriation ?
Y aurait-il sans l’intrusion, un lien de toi à moi ?
L’impact de cette irruption, me projetant hors de moi, provoque, à la lettre une ex-tase dont je me défie parce que, assurément, je la re-connais : en partie à mon insu, cette extase a toujours été déjà là depuis les premiers temps, ceux en lesquels l’Autre me capturant dans un ravissement, je ne pouvais m’appartenir si tant est que cela ait pu se produire par la suite ; car tu empêchera(s) toujours cette auto appropriation et je vivra (i) l’ex-tase, ou bien dans le hors lien de la solitude, ou bien dans le hors de soi de la colère quand celui du partage douloureux et/ou contradictoirement heureux ne peut se produire.
Force m’est de constater qu’entre je et tu, les histoires intimes, intellectuelles, sociales qui se (dé)jouent pivotent souvent,- si les mots ne sont plus que réflexes corporels, comme le jour où j’ai dit : intrusion ! - autour de cet axe d’une ex-tase duplice entre dévoration et excrétion.
Où et comment cultiver une terre métisse pour tempérer ce binarisme lorsqu’il survient ?
Se pourrait-il que l’en-stase soit de nature à représenter un tel espace, une réserve, un suspens temporel, une vacuité ?
L’intrusion y serait-elle transformée, trans-formulée en approche feutrée, à tout petits pas de colombe ?
Noëlle Combet.

Ce texte, fait suite à l' interprétation d'une de mes approches, qualifiée d'"intrusion" par un autre à la place duquel j'ai, dans cette écriture, voulu me mettre, lui prêtant ma voix pour tenter de comprendre de l'intérieur et interroger ses raisons qui me restaient obscures mais il y avait ce sentiment que "je" et "tu" sont peut-être indiscernables l'un de l'autre dans ces situations qui impliquent un insupportable.  Le texte de Françoise Agreke est venu là, ouvrir une autre perspective, proposer une autre approche. 


Accepter la violence de l’effraction.


Les mots sont venus faire intrusion dans cet ailleurs de mes mots. Pour les débusquer et faire naître une pensée, une métamorphose de la pensée solitaire vers une pensée solidaire. Et accepter l’enjeu de cette violence irruptive.
Echeveau précaire d’un fil que l’on déroule.
J’aime l’idée d’intrusion, à l’accent rude, qui force l’altérité.
En effet, ne sommes-nous pas issus de la première violence-intrusion ? La rencontre d’un homme et une femme, entre violence et extase, nés d’une différence, origine de la vie ?
Que serions-nous sans les autres ? l’Autre ? Question forte et obscure, nécessaire à notre conscience qu’elle bouscule, interpelle et projette encore et toujours sur nos écrans individualistes.
Violence nécessaire pour interroger et maintenir le droit à une parole protectrice de nos libertés.
Liberté d’accueil de l’autre. Vigilance à maintenir en nous et à l’extérieur de nous.
Comme une terre d’exil, d’exil à soi-même pour faire de la place à cet autre en soi et hors de soi.
Se refuser à cette conscience de soi-même et s’en défendre, c’est tourner le dos aux différences et participer à l’émergence des terrorismes, qu’ils soient d’ordre politique, social, relationnel, racial, aussi bien que sexuel.
C’est museler et nier ce qui ne se (re)connaît pas. Comme un refus de ce qui n’est pas semblable.
Il se pourrait qu’il faille accueillir et non se défendre (pour se déprendre) cette pénétration-intrusion- du tu dans le je et réciproquement pour que la rencontre survienne.
Et celle-ci ne peut être sans une absence absolue de violence.
Aller à la rencontre de l’Autre, c’est, en priorité, aller à la rencontre de soi-même, cet autre en soi, celui que l’on va chercher, confronter, dans les expériences de la vie où l’on ose se risquer (comme dans la démarche analytique).
C’est aussi accepter de regarde l’innommable en soi, -rencontre avec son humanité-, avec humilité.
Sans cette intrusion, expropriation par l’autre, ouverture à l’échange, ou à sa fermeture, que deviendrait le je, une absence désincarnée ?
Accepter la violence de l’effraction, c’est réincarner le je, pour le faire exister dans l’alliance avec la vie et tous ses possibles.
Le je et le tu, dans le respect partagé et consenti des espaces de chacun, se conjuguent alors dans une étreinte ludique et non plus défensive.
Et s’entendre alors, d’où ils parlent, pour s’aventurer dans cet ailleurs d’un métissage multiple, confrontation des identités existentielles, sans plus craindre la perte.
Terre métisse rêvée, terre à l’épreuve des différences, des disparités, aux couleurs et rythmes mêlés,
Terre métisse, mélange consenti et non forcé, dans le respect des égalités, pour assurer le dynamisme des identités,
Comme un processus d’acculturation nécessaire à l’ouverture d’une nouvelle humanité arc en ciel,
Promesse d’une terre promise,
Celle d’une utopie
A partager.
Françoise Agreke

1 commentaire:

Noëlle Combet a dit…

Un mot trace le sillon de la pensée et ce sillon fait émerger la poésie.