jeudi 5 mars 2009

Sexe et genre, par Jean-Paul Karsenty

On ne choisit pas son sexe. Le sexe est inné ; il nous choisit. Mais il nous agit aussi.
Choisit-on son genre ? Le genre est acquis. Mais le genre est à qui ? Il est à qui et à quoi agit sur lui ! Le sexe agit sur le genre ; plus précisément, le sexe et l’environnement culturel (au sens le plus large possible de cette expression) qui l’accompagne, aux âges premiers surtout (enfance et adolescence), agissent sur le genre.
Les événements qui croisent et que croise tout individu agissent aussi tout au long de la vie sur son genre, qu’il les ait provoqués ou non. Enfin, le processus d’individuation psychique et collective, de manière générale et particulière, agit tout au long de la vie sur son genre, mais probablement davantage de moins en moins au fur et à mesure que la vie se déroule. Le sexe, les événements, le processus d’individuation psychique et collective déterminent solidairement donc le genre de chacune et chacun, sans qu’il soit possible, par construction, de dire ex ante la part du sexe, celle des événements, celle enfin du processus d’individuation dans cette détermination. Le genre est donc acquis. Il nous est acquis et nous l’acquérons. Et vice et versa, nous l’acquérons et il nous est acquis.
Alors ? Alors, le sexe et le genre ne sauraient être confondus.

Le sexe et le genre peuvent se correspondre entre eux : sexe mâle et genre masculin ; sexe femelle et genre féminin. Ils peuvent ne pas se correspondre entre eux : sexe mâle et genre féminin ; sexe femelle et genre masculin.
A tout moment, chacune et chacun correspond davantage à l’un des 4 « types » possibles-là de personnes et croise des personnes qui correspondent davantage à l’un de ces 4 types possibles de personnes.

Souvent, nous percevons cela ; nous prenons connaissance de cela ; mais souvent nous ne sommes pas en mesure de comprendre cela, ni dans son « essence » ni dans sa portée, ni dans les dispositions qu’individuellement et/ou collectivement nous pourrions ou devrions prendre en conséquence. Pourquoi ?
Parce que le sexe est objectivable pour la quasi-totalité des personnes qui forment l’humanité et ne comporte que deux modalités d’être. Parce que le genre n’est pas objectivable : il comporte d’innombrables expressions, lesquelles fondent la subjectivité, donc la singularité irréductible ; il admet des repères légitimement non opposables.

En effet, le sexe relie puisqu’il est affecté et partagé selon deux modalités d’être, et deux seules. Le genre, lui, délie puisqu’il est approprié et non partageable.

Où en sommes-nous aujourd’hui de notre représentation commune fondée jusqu’à présent sur le sexe, et uniquement sur le sexe ? Elle restera commune sans doute, mais restera-t-elle unique ? La question est d’importance. La simplicité de cette représentation-là, universelle, pourrait-elle céder? Pourrait-elle évoluer vers de la diversité, de la complexité, de la subtilité,…? Et, le cas échéant, avons-nous un intérêt et/ou un devoir d’anticipation réflexive à propos de cette évolution possible, et laquelle?
Jean-Paul Karsenty, le 03/03/2009

6 commentaires:

Noëlle Combet a dit…

Mais alors quelle place pour les hermaphrodites et leurs revendications identitaires?

Jean-Paul Karsenty a dit…

Bonjour Noëlle.

Vous m’interrogez à propos des hermaphrodites. Dans le cas général, l’hermaphrodite a le choix, n’est-ce pas ? Il est ambi : tant bis pour lui, il est libre ! En effet, ses sexes ne le choisissent pas. Et ses genres possibles lui sont acquis (dans la mesure où aucun des deux sexes ne saurait agir sur lui de façon hégémonique dans la "détermination biologique" des caractères d’un genre) : ils sont vraiment à lui ! Donc, libéré d’appartenances plus ou moins destinales, l’hermaphrodi-te est libre de ses reliances et sexuées et genrées ! Dans ces conditions, la revendication identitaire est-elle bien de mise ? Ne reviendrait-elle pas à céder à la fatigue deux soi d’un narcisse attristé quand on peut jouer sa vie débridée comme un Opéra de quat’soi, non ?

Bien à vous,

Jean-Paul

PS. L’écriture hermaphrodite reste néanmoins compliquée pour l’instant. Je ne m’y essaierai pas. Mais il est clair que cet écho s’écrit également au féminin:« …elle est ambi: tant bis pour elle, elle est libre !..»

Noëlle Combet a dit…

Bonjour Jean-Paul,
Voilà que votre message vient m'interroger à nouveau, là où je ne vous interrogeais pas particulièrement mais m'interrogeais déjà tout autant.
Que je vous dise tout d'abord que j'ai apprécié l'humour de votre "réponse", en particulier le "tant bis" pour ??
Ensuite , vous l'aurez noté, j'ai une tendance un peu systématique à interroger toujours les limites sensées déterminer des "catégories"
et à questionner les supposés critères différentiels.
Ainsi, je doute aussi des pensées qui ont séparé de manière tranchée l'homme et l'animal...De quelles idéologies sont-elles tramées?
Je ne nie pas pour autant les différeces; et les personnes bi-genrées nous parlent de la leur.
En fait, je ne connais pas vraiment ce champ mais l'ai rencontré en travaillant la pensée queer et ai ainsi appris qu'aux Etats-Unis, regroupés en associations, ils essayaient de faire reconnaître leur droit à la non mutilation, donc d'affirmer une identité bi-genrée.
Pour reprendre votre accent ludique sur ce point, la liberté multi-genrée, nous l'avons, par bonheur, psychiquement, fantasmatiquement, dans nos opéras de quat'soi et d'honni soit qui seulement mâle y pense!
A bientôt de nouvelles rencontres sur le blog par Paule interposée.
Je peux aussi, si vous voulez, vous y inscrire comme auteur.
Amicalement.
Noëlle

Hécate a dit…

Ceci n'est pas d'aujourd'hui,mais déjà le questionnement sur le genre et le sexe:"Le plus ancien monument de la forme représente l'androgyne.En ce lointain, sans date numérique,les idées n'étaient pas morcelées et individualisées comme aujourd'hui; l'oeuvre d'art ne s'adressait pas à des amateurs, elle présentait un sens perceptiple hors de l'initiation....L'Androgynosphinx représente l'humanité confiante en la résurrection que manifeste chaque aurore...Le sphinx sourit à son devenir illimité;il a reconstitué son unité sexuelle, étant homme et femme;il sait qu'il reconstituera un jour son unité originel,car il est homme et dieu dans la mesure même de l'involution à l'évolution...En Chine ,le dragon paraît avoir été androgyne...je ne connais pas assez l'iconographie chinoise pour avoir une opinion,mais les encyclopédies mentionnent toutes que le premier homme fut créé androgyne."(Joséphin Péladan-1859-I918)extrait de DE L'ANDROGYNE.
Bien amicalement.Hécate

Hécate a dit…

Noëlle Châtelet a publié en 2002 un roman"La tête en bas".C'est l'histoire de Paul .Il est hermaphrodite."en souvenir de celui qui m'a donné un peu de son histoire ,qui pourrait être celle-ci"est-il précisé en épigraphe par l'auteur.
Un autre roman de Jeffrey Eugenides sur le même thème"Middlesex"en 2003.L'auteur a mis 9 ans à écrire ce livre,y travaillant du matin au soir.-j'avais lu la thèse de Foucault explique-t-il. Très préoccupé par les transformations de l'identité sexuelle,du syndrome génétique.Son héroïne appartient aux deux sexes,joie et douleur. Peut-être cela ne vous apprendra-t-il rien que vous ne sachiez,mais éventuellement,Noëlle je vous en parle.
Amitié d'Hécate

Noëlle Combet a dit…

Merci Hécate, pour ces infos dont je prends note à titre personnel et auxquelles je reviendrai si je retravaille cette question.
Amitié en retour.
Noëlle.