De sa voix nonchalante : " Je ne suis pas souvent là, vous savez!"
auteurs associés.
Quatre auteurs-administrateurs sont associés à ce blog : Vincent Lefèvre. Nadine Meyran, dite lanonyme. Paule Pérez. Yves Rocher, dit maldo.
Sites à visiter.
le-blog-a-vincent.excentric-news.info
lefildarchal.over-blog.fr
resf33.free.fr
rue89.com
WWW.temps-marranes.info
WWW.metatextes.com
HENRI MICHAUX. Eclatements
MICHAUX, un de mes prophètes.
Au temps où je ressentais encore des influences littéraires, intellectuelles ou humaines, avant que je ne me fusse revêtu de ma carapace de tortue et que la littérature ne fût devenue à mes yeux autant de Pepsi-cola, j'éprouvai une grande joie à lire la poésie d'Henri Michaux. Je me souviens encore de sa délicate sensibilité, de ses phrases subtiles et précises, de son esprit sublime. Il y avait quelque chose appelé PLUME, un personnage, un héros comique que j'aurais aimé être. Il y avait aussi un endroit appelé GRANDE GARABAGNE que je transposais pour moi-même dans le New York des années 1940. Sans Michaux je n'aurais jamais eu la gaieté qui est mienne depuis que je l'ai lu.
Carl Salomon.
Lectures qui ne peuvent laisser indifférent.
"La Traversée des Monts Noirs" Serge Rezvani. "L'élégance du Hérisson" Muriel Barbery. "Cercle" Yannick Haenel. "Je sais" Ito Naga. "L'animal que donc je suis" Jacques Derrida.
Souvent il (celui qui émet la phrase de réveil) est né avec un pied hors de la vie – et grâce à ce pied-là le vivre montre ce dont il est capable. Car celui qui émet la phrase de réveil a un pied dans la tombe mais la tombe ne le contient pas. Au lieu de mourir, il acquiert le libre usage de sa naissance, employant le trésor renfermé en elle : une richesse qui flambe, qui brûle. Il meurt et naît sans cesse, le peleur de langue : on ne le fixe à aucune chaîne biologique. La vie, il ne la reçoit pas au départ. A chaque instant, il l’atteint. Il y arrive en traversant la mort avec son souffle. Quand cela a lieu, les démons pleurent.
Yannick Haenel.
Chaque point de l’existence se rejoint par le versant de la détresse aussi bien que par celui des émerveillements. Une extase, me disais-je, ce n’est ni de la joie ni du désespoir. C’est l’un et l’autre anéantis, et qui se dilapident en un seul instant. Votre corps, s’il exulte, c’est d’être quitté soudain par tous ses états d’âme. En une seconde, on lui ôte sa matière grasse. Sentiments, sensations, savoir, ignorance, tout la bric- à- brac de l’identité, on vous l’arrache. C’est ça qui soudain catapulte le corps dans la violence du ravissement. Vous êtes nu – ou plutôt sans rien. Je ne sais pas, à cet instant-là, comment vous « êtes » : est-ce qu’on « est » encore ? Moi, face au rhinocéros, je n’étais plus un corps, mais une poudre d’atomes jetés au ciel, et qui s’effaçait en myriades de poussière dans les arbres du zoo. Déchiqueté par le large. Si je cherche un équivalent dans des expériences qu’on connaît, je parlerais d’un orgasme – un orgasme qui vous néantise intégralement, du crâne aux orteils, et vous recompose aussitôt. Cette secousse est sans objet. Elle ne vous octroie rien. Vous vous dites que c’était sans doute ça « être là ». Que le royaume, c’est une excursion dans le néant.. C’est terrible parce qu’il n’y a absolument rien, et ce rien, il en faudrait peu pour qu’il vous déchire. D’ailleurs, il vous déchire. Et depuis cette déchirure, ça s’ouvre.
Michel Foucault, le 3 Mars 1982
Au 1er 2ème siècle, on s’aperçoit que l’écriture est déjà devenue, et ne cesse de s’affirmer toujours davantage comme un élément de l’exercice de soi. La lecture se prolonge, se renforce, se réactive par l’écriture, écriture qui est elle aussi […] un élément de la méditation. Sénèque disait qu’il fallait alterner écriture et lecture. C’est dans la lettre 84 : il ne faut pas toujours écrire ni toujours lire ; la première des occupations ( écrire), si on la continuait sans cesse, finirait par épuiser l’énergie. La seconde, au contraire, la diminue, la dilue. Il faut tempérer la lecture par l’écriture, et réciproquement, de telle sorte que la composition écrite mette en corps (corpus) ce que la lecture a recueilli. La lecture recueille des orationes, des logoi , (des discours, des éléments de discours) ; il faut en faire un corpus. Ce corpus, c’est l’écriture qui va le constituer et l’assurer. L’écriture […] a l’avantage d’avoir deux usages possibles et simultanés. L’usage en quelque sorte pour soi-même. Car dans le seul fait d’écrire, précisément, on s’assimile la chose même à laquelle on pense. On l’aide à s’implanter dans l’âme, on l’aide à s’implanter dans le corps, à en devenir comme une sorte d’habitude, ou en tout cas de virtualité physique […] Usage pour soi ; mais bien entendu aussi l’écriture est un usage, elle sert pour les autres. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que ces notes que l’on doit prendre sur les lectures ou sur les conversations qu’on a eues, […], s’appellent précisément en grec des hupomnêmata. C'est-à-dire : ce sont des supports de souvenirs […] Ces hupomnêmata, ils servent pour soi, […] mais ils peuvent servir pour les autres […] Et - là aussi c’est un phénomène de culture, un phénomène de société très intéressant à l’époque - on voit combien la correspondance, une correspondance que nous appellerions, si vous voulez, spirituelle, correspondance d’âme, de sujet à sujet, correspondance qui a pour fin […] de se donner l’un à l’autre des nouvelles de soi-même, de s’enquérir de ce qui se passe dans l’âme de l’autre, ou de demander à l’autre de vous donner des nouvelles de ce qui se passe en lui, combien tout ceci est devenu à ce moment-là une activité extrêmement importante.
Michel Foucault, le 3 mars 1982
Dans [son] « Traité de l’écoute », Plutarque reprend un thème qu’il dit explicitement avoir emprunté à Théophraste […] Il dit ceci : au fond l’audition, l’ouïe, c’est à la fois le plus pathêtikos, et le plus logikos de tous les sens. C’est le plus pathêtikos, c'est-à-dire que c’est le plus – traduisons grossièrement et schématiquement – « passif » de tous les sens. C'est-à-dire que l’âme, dans l’audition, plus que dans n’importe quel sens, se trouve passive à l’égard du monde extérieur et exposée à tous les événements qui lui viennent du monde extérieur et qui peuvent la surprendre. Et Plutarque explique en disant : on ne peut pas ne pas entendre ce qui se passe autour de soi. Après tout, on peut refuser de regarder : on ferme les yeux. On peut refuser de toucher à quelque chose. On peut refuser de goûter à quelque chose. On ne peut pas ne pas entendre. De plus, dit-il, ce qui prouve bien la passivité de l’audition, c’est que le corps lui-même, l’individu physique risque d’être surpris et ébranlé par ce qu’il entend, beaucoup plus que par n’importe quel objet qui peut [lui] être présenté soit par la vue soit par le contact. On ne peut pas s’empêcher de sursauter à un bruit violent qui nous saisit à l’improviste. Passivité du corps par conséquent à l’égard de l’ouïe, plus qu’à l’égard de n’importe quel autre sens. Et puis enfin l’ouïe est évidemment plus capable que n’importe quel autre sens d’ensorceler l’âme […] Donc l’ouïe est le plus pathêtikos de tous les sens. Mais, dit Plutarque, c’est aussi le plus logikos. Et par logikos, il veut dire que c’est le sens qui peut, mieux que n’importe quel autre, recevoir le logos. Les autres sens, eh bien, ils donnent accès essentiellement aux plaisirs. […] En revanche, l’ouïe est le seul de tous les sens par lequel on peut apprendre la vertu […] parce que la vertu ne peut être dissociée du logos, c'est-à-dire du langage raisonnable, du langage effectivement présent, formulé, articulé, articulé verbalement dans des sons et articulé rationnellement par la raison. Ce logos-là ne peut pénétrer que par l’oreille et grâce au sens de l’ouïe. Le seul accès de l’âme au logos, c’est donc l’oreille. Ambiguïté donc fondamentale de l’ouïe : pathêtikos et logikos.
René Char : entretien avec France Huster.
F.H. : Quand nous nous sommes promenés tout à l'heure dans le pré qui longe votre maison, vous m'avez montré un muret de pierres sèches : "une preuve pléthorique", m'avez-vous dit, et, avez-vous ajouté devant quelques pierres grisonnantes sous les racines d'un arbre, "une trace".
R.C. : probare, c'est éprouver, et, plus tard : jeter en avant la preuve. La trace, elle, est l'habitante négligeable du présent. Elle ne cherche pas à développer un plaidoyer mais reste un souvenir vite reconnu, un gué de hasard... Mais toutes deux, la trace et la preuve nous sont essentielles. Ce qu'on peut rechercher, c'est le langage de ces objets qui sont à la fois l'un et l'autre... Les traces ne doivent pas forcément demeurer et cette preuve d'un mur jonché de ronces, sur lequel s'appuie un amandier élargi, ne sait rien évoquer sinon une des anciennes limites du jardin, ou un coup d'arrêt au pluies d'octobre et de mars qui devaient dévaler du coteau. Longtemps nos ancêtres ont dû regarder les orages se précipiter et la foudre griller les bois. De cet effroi et de cette contemplation est apparu le feu conquis.
Nadine Meyran : écritures.
Voici ce que j'essaie de penser : Comment nos écritures, nos oeuvres, bordent-elles un "jeu-hors je"? Comment, grâce à elles, approcher, sans y tomber, le bord du trou? Et, laissant des traces, retourner chez nous, puis y revenir, y voir, un peu, la mort, la jouissance?
Peter Sloterdijk lecteur de René Char.
La transcendance est une dimension rythmique,pas métaphysique. On est toujours suffisamment ailleurs-qui donc est vraiment là? Et quand? Il y a peu, j'ai trouvé quelque part chez René Char une phrase qui me trotte dans la tête : Si l'homme, de temps en temps ne fermait pas, souverainement les yeux, écrit-il, il n'aurait bientôt plus rien qui mérite d'être contemplé...Fermer souverainement les yeux, c'est peut-être un nom de code poétique pour "dériver", se reposer.
Punto. François Meyronnis.
La littérature n'est vraiment littéraire que comme SCIENCE DE LA JOUISSANCE. Tout, en elle, procède du PUNTO et s'y dirige.
C'est d'ailleurs vrai de toute poésie :poésie de peinture, poésie de musique, poésie de danse,poésie de révolution,etc.
Et, d'une autre façon, non recueillie,pas encore passée au crible, de la poésie contenue dans chaque fragment d'existence, présente même dans la vie la plus étriquée, la plus soumise au on-dit.
Paule Pérez: non-lieux et empreintes.
"Couper des non-liens, des non-lieux, voir ce qui reste au fond; comme dans la chanson d'Alain Souchon : "Passez votre amour à la machine, faites bouillir pour voir si les couleurs d'origine peuvent revenir; est-ce que l'on peut passer à l'eau de javel les sentiments?"
"Quelque chose va au-delà de ma compréhension et m'y ramène en même temps. Effets sans cause ou effets qui naîtraient d'une trace, d'une empreinte dont il ne resterait que l'empreinte, l'effet d'une in-formation, pas l'information en elle-même...Entendu ce matin à la radio, qu'il y a un genre de parc de la trace et de l'empreinte dans les Pyrénées; un type appelé Orengo a créé un genre de musée pour que les gens reconstituent une histoire, un monde,en partant d'une empreinte- de pas, d'animal, quoi d'autre...d'immatériel."
René Char :"Faire chemin avec"...
"Comme on s'extrait de l'épaisseur du soir, disparaître de la surface des livres pour que s'en déverse le printemps migrateur, hôte que notre corps non multiple gênait."
"Nous n'avons pas commis le crime d'amont. Nous avons été déssaisis dès le glacier; au même moment accusés, et incontinent flétris. Quelques réchappés errent deçà-delà, banlieusards. La jeunesse de nos états affectifs les montre intacts."
Héraclite d'Ephèse selon René Char.
René Char
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament"
In Sém. "Le Transfert" Jacques Lacan.
On retire au sujet son désir,et,en échange, on l'envoie sur le marché, d'où il passe dans l'encan général
Lacan et le regard.
In "écrits"; Jacques Lacan.
"Les seuls hommes de vérité qui nous restent [sont] l'agitateur révolutionnaire, l'écrivain qui de son style marque la langue"
Volupté de l'engagement.
Volupté de l'engagement selon Lydie Salvayre.
M'engager dans l'écriture, c'est engager ma volupté dans cette chair du verbe. C'est l'étreindre, l'embrasser, la coucher, comme l'on dit si bien. C'est m'engager dans cette volupté avec la certitude qu'aucune phrase au monde ne pourra jamais se réduire à son sens. Pas d'écrit qui vaille, fût-il le plus intelligent, sans cette volupté trouvée dans la chair du verbe, et transmise.
Orphérisson.
Orphérisson ( Noëlle Combet)
Chez le hérisson, les deux sexes sont semblables. Il porte environ 6000 piquants érectiles. Se déplaçant d'une démarche rapide, mais irrégulière, comme bosselée, il s'interrompt souvent pour humer l'air. Il dépose ses crottes au hasard. Elles sont d'un noir diamantin et de taille variable (10mm.environ de diamètre et 4cm. de long)...Elles contiennent sovent des élytres et autres débris animaux et végétaux, ses "fleurs du mal" pour ainsi dire...Dans la nature, c'est un "promeneur solitaire" et sur les grand routes civilisées, on le voit souvent écrasé...comme la poésie sur le macadam contemporain.
Scyignes1
Scyignes2
Sigmund Freud: "Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci"
"Lorsque Léonard, au faîte de son existence, rencontra de nouveau le sourire de ravissement bienheureux qui jadis avait animé de ses jeux la bouche de sa mère quand elle le caressait...il était devenu peintre, et c'est pourquoi il s'efforça de recréer ce sourire avec son pinceau et il en dota tous ses tableaux- la LEDA, le JEAN- BAPTISTE et le BACCHUS-."
Freud au balcon.
Héraclite
Tout passe et rien ne demeure...Tu ne saurais entrer deux fois dans le même fleuve.
Prendre le large.
Giorgio Agamben
L'enjambement, d'une autre manière que le blanc mallarméen, qui annexe la prose au champ du poème,est pour le vers une condition nécéssaire et suffisante
Enigmatique enjambement.
La césure selon Hölderlin.
C'est "la parole pure, l'interruption antirythmique, qui s'oppose, au point culminant, à la suite et au charme des représentations, afin que devienne manifeste, au lieu de leur alternance, la représentation elle- même."
Pierre Alferi.
"Tout ce qui est balancement,vitesse, syncope relève de la syntaxe. Ainsi entendue, la syntaxe est bien plus que la squelette de la phrase, c'est son système circulatoire :ce qu'il y a de rythmique dans le sens."
Giorgio Agamben
"L'homme seul parvient à interrompre, dans la parole, la langue infinie de la nature et à se poser pour un instant face aux choses muettes. La rose informulée, l'idée de rose n'existe que pour l'homme."
Traversée du nihilisme: L'arbre d'avant
Traversée du nihilisme: L'arbre d'après
Jorge Semprun dans"L''écriture ou la vie"
Dehors, la nuit était claire, la bourrasque de neige avait cessé. Des étoiles scintillaient dans le ciel de Thuringe. J'ai marché d'un pas vif sur la neige crissante, parmi les arbres du petit bois qui entourait les bâtiments de l'infirmerie. Malgré le son strident des sifflets, au loin, la nuit était belle, calme, pleine de sérénité. Le monde s'offrait à moi dans le mystère rayonnant d'une obscure clarté lunaire. J'ai dû m'arrêter, pour reprendre mon souffle. Mon coeur battait très fort. Je me souviendrai toute ma vie de ce bonheur insensé,m'étais-je dit. De cette beauté nocturne...J'ai levé les yeux...Sur la crête de l' Ettersberg, des flammes orangées dépassaient le sommet de la cheminée trapue du crématoire.
"Que sçais-je" : mon identité est mouvante comme celle de chacun et mon profil fluctuant..
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire