mardi 23 juin 2009

Sans titre

Ma mémoire creuse est pleine d’effluves et de saveurs
le monde est entré par le nez à la première heure
je me suis d’abord retenue de crier

Donc je vivais

le laitage des draps
le sein acide et blanc
un frais courant d’air sur les jambes

Elle défaisait lentement les linges

sans doute une succion bruyante
une impatience désordonnée pousse les lèvres
encore
encore
la tête fouissant

l’odeur se retire
la bouche a la forme de ce retrait
c’est une confusion c’est une guerre
l’exil me frappe
je suis retirée de l’Eden
les saveurs s’épandent en nappe sur mon visage

On m’éloigne
je crie je crie je crie je crie

c’est un autre pays
les hommes noirs et sales de charbon et de cambouis
les camions noirs et sales
les bouches sombres des voix

le blanc trait moelleux odorant du pain
l’effervescence écoeurante et bruyante du lait bouilli

le goût mentholé du premier jet de l’aube
acidulé
astringent
étincelant
les taillis frais
le lierre vernis et le magique trésor qui s'offre et se dérobe

puis le reflux

Lorsque les fleurs se froissent je soupçonne la fin

Plus tard bien plus loin
sur le divan où je suis couchée
je donne un nom à mon désir
"Le Bolet Satan"


Nadine Meyran
13 juin 2009

6 commentaires:

Noëlle Combet a dit…

"Bolet de Satan" ou jus rouge d'une grenade? Pour moi, ce poème éclate de sensualité, de plaisir, de douleur,traces passionnelles d'images perdues, éperdues, fuyant par les fenêtres qui s'ouvrent aux marges de la jouissance : l'air du dehors, enfin, "effluves" et "saveurs","le pain","l'aube",le désir re-traversé devenu ce tissu qui nous re-constitue lorsqu'il se re-nouvelle, de cette lointaine proximité dont nous nous rhabillons.
N.

v.l. a dit…

Quelle belle 'chose'… Vraiment !

nadine meyran a dit…

Traduit dans le texte de mon désir le beau lait s'attend.
n.m.

Noëlle Combet a dit…

L'attente est peut-être l'ingrédient majeur du "beau lait", le supplice dans les délices du désir, hélas!!!
Consolons-nous avec maître Gide : " Nathanaël, je t'apprendrai l'attente"!

Noëlle Combet a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
nadine meyran a dit…

J'ai aussi expérimenté "le beau laid s'attend".


"Elle n'attendait pas, il n'attendait pas. Entre eux cependant l'attente."

Maurice Blanchot,
L'attente L'oubli,
Gallimard, 1962.

Nadine.

24 juin 2009 18:47