Ma mémoire creuse est pleine d’effluves et de saveurs
le monde est entré par le nez à la première heure
je me suis d’abord retenue de crier
Donc je vivais
le laitage des draps
le sein acide et blanc
un frais courant d’air sur les jambes
Elle défaisait lentement les linges
sans doute une succion bruyante
une impatience désordonnée pousse les lèvres
encore
encore
la tête fouissant
l’odeur se retire
la bouche a la forme de ce retrait
c’est une confusion c’est une guerre
l’exil me frappe
je suis retirée de l’Eden
les saveurs s’épandent en nappe sur mon visage
On m’éloigne
je crie je crie je crie je crie
c’est un autre pays
les hommes noirs et sales de charbon et de cambouis
les camions noirs et sales
les bouches sombres des voix
le blanc trait moelleux odorant du pain
l’effervescence écoeurante et bruyante du lait bouilli
le goût mentholé du premier jet de l’aube
acidulé
astringent
étincelant
les taillis frais
le lierre vernis et le magique trésor qui s'offre et se dérobe
puis le reflux
Lorsque les fleurs se froissent je soupçonne la fin
Plus tard bien plus loin
sur le divan où je suis couchée
je donne un nom à mon désir
"Le Bolet Satan"
Nadine Meyran
13 juin 2009
mardi 23 juin 2009
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6 commentaires:
"Bolet de Satan" ou jus rouge d'une grenade? Pour moi, ce poème éclate de sensualité, de plaisir, de douleur,traces passionnelles d'images perdues, éperdues, fuyant par les fenêtres qui s'ouvrent aux marges de la jouissance : l'air du dehors, enfin, "effluves" et "saveurs","le pain","l'aube",le désir re-traversé devenu ce tissu qui nous re-constitue lorsqu'il se re-nouvelle, de cette lointaine proximité dont nous nous rhabillons.
N.
Quelle belle 'chose'… Vraiment !
Traduit dans le texte de mon désir le beau lait s'attend.
n.m.
L'attente est peut-être l'ingrédient majeur du "beau lait", le supplice dans les délices du désir, hélas!!!
Consolons-nous avec maître Gide : " Nathanaël, je t'apprendrai l'attente"!
J'ai aussi expérimenté "le beau laid s'attend".
"Elle n'attendait pas, il n'attendait pas. Entre eux cependant l'attente."
Maurice Blanchot,
L'attente L'oubli,
Gallimard, 1962.
Nadine.
24 juin 2009 18:47
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