samedi 29 août 2009

Cormorans.



N.C.



« Nous aurons traversé des jours, des jours, des jours

à tourner dans le temps ! », disais-tu.

En écho, ombres chinoises, pêle-mêlées se détachent, défilent, dépliées :

ivresse des joies déchirées,

dés jetés encore et encore ;

causes perdues arpentées,

décomptées,

à rebours,

ces existences décousues, renversées,

d’un coup,

des vivants exclus.

Quilles tombées, soudain,

le jeu est terminé ;

de guerre lasse,

d’amitié inusable,

nous touchons terre.

Ce matin, la rosée avive de neige rouge et poudreuse, l’albizzia odorant.

Le garçonnet d’avant et après, lève les yeux, muet,

deux doigts dans la bouche.

Au vent du sud,

la pluie d’or des feuilles d’acacias oblique déjà,

prédit la fin de l’instant.

Le deuil te pourfend,

t’ouvre en deux.

Il est ton noyau,

ta goualante d’homme,

navré et joyeux,

ta condition ineffaçable,

ta transition,

le don aérien à la dansante et vive déraison

l’accord subtil à la mort

à la frange de ce tissu

élimé,

recousu d’incertitudes, survécu

dans un nouveau projet d’aiguilles

dessinées par les heures.

La navette des cormorans glisse vers le nord-ouest

comme tous les matins ;

retournera au sud-est ce soir ;

demain, elle tramera d’autres espaces légers et incertains.



N.C.




9 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Toujours la même intelligence sensible de l'être, du monde. Toujours le même plaisir de cette lecture-là…

Noëlle Combet a dit…

Et le même plaisir, chaque fois, du retour de votre "réception", de votre lecture en écho.
N.

Vincent Lefèvre a dit…

… peut-être parce qu'il me reste cet être-en-poésie qui, avidement, appelle ce 'nourrissement' qui, à la longue, – n'en déplaise l'expression – s'institue seul 'trompe-la-mort'. Quant à la dérision – la déraison – du reste, de l'autre reste…

Noëlle Combet a dit…

La poésie, en tant que "trompe- la-mort" s'inscrit, oui, dans le vivant et dans le nourrissement.
Savoir se nourrir... : je demande souvent à la nature de m'apprendre à le faire ainsi que de m'enseigner, à l'opposé un accès au "presque rien" .
Pourtant la poésie ne me semble pas sans lien avec le "reste"; en tant que mode d'être, elle vaut pour moi la déraison la dérision parce qu'elle objecte au "plein", celui du langage, de certaines illusions artistiques ou de l'idéologie.
En quelque sorte, elle serait une "absence", un apparaître qui ne ferait pas disparaître le disparaître.
Grande invitatione exigeante, douloureuse, à tenter de se "délester" à accueillir en soi le deuil, voire la mélancolie...ou la fadeur (je pense à un titre de F.Julien: "Eloge de la fadeur", qu'il est dans mes projets de lire.)
La poésie en tant que "souci de soi" dans le sens de Foucault... avec des prolongements "politiques" dans le sens de Derrida du côté de la "communauté de ceux qui sont sans communauté" (formule qu'il emprunte à Bataille et Blanchot)?

Vincent Lefèvre a dit…

… et le bouquin de François Julien, ce bouquin-là, lu (il y a) tant et tant, reste pour moi une pierre d'achoppement philosophique, de cette philosophie-là…

Vincent Lefèvre a dit…

… et, dans la même perspective que Julien mais sous l'angle de l'esthétique, ceci de Hi Qing, que j'ai publié il y a quelques mois : L'esthétique du silence .

Noëlle Combet a dit…

La pensée de François Julien me reste aussi très souvent hermétique; en fait, je n'ai aucune connaissance globale en philosophie. Je flâne et glane, survolant et m'arrêtant soudain quand un passage s'inscrit presqu'en surbrillance parce qu'il répond à ce que je cherche dans l'instant.
Pour l'heure, je m'apprête à achever (!) Derrida après l'avoir mis en "morceaux" et vais faire un break côté philosophie, mener mon esprit pâturer au petit bonheur la chance dans de grands espaces... ce qui évoque pur moi un livre qui m'a fascinée dans l'enfance : "La grande prairie".
J'irai aussi visiter"L'esthétique du silence".
N.

Hécate a dit…

La poésie est proche de la musique,les mots sonnent comme les arpèges d'un piano,leurs sens s'évadent mais leurs vibrations demeurent tel un frisson qui pénètre en nous ,et fait naître d'indicibles émotions avant de mourir comme l'écho à lui-même...
Hécate
Hécate

Noëlle Combet a dit…

Hécate
Hécate : Hécate en écho; en Echo ?
Hécate et Echo : deux figures mêlangeant leurs qualités singulières, l'apparaître et l'effacement.
C'est comme la poésie en quelque sorte!