lundi 14 septembre 2009

De lui ou d'elle.







Le dit de lui ou d’elle :

Dans le là des rencontres,

au lieu de l’impossible,

sans jamais te revoir, parfois, je te revois ;

la dernière fois,

je t’avais reconnu(e) à ton absence même ;

à peine eus-je le temps de murmurer « je t’aime » ;

tu t’étais dispersé(e) dans la brume et le vent.



N.C


.




9 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Le dit de l'aimé(e).
Il, elle le dit.
Là, in(dé)fini(e),ici.
Le la.
L'écoutez là, ici
(le dit de lui ou d'elle).
Un bruissement.
L'entendez.

Mais où es-tu caché
me laissant gémissante mon ami
après m'avoir blessée
tel le cerf tu as fui
j'ai couru criant tu étais parti


Jean de la Croix, Cantique spirituel

Noëlle Combet a dit…

Je suis toujours stupéfaite lorsque je rencontre ce genre de coïncidence ou connivence comme dit un de mes amis.
Je ne connais pas Jean de la Croix, ai très peu lu les mystiques, seulement les Béguines : une espèce de défiance...peut-être à l'égard de moi-même?
Est-ce que je me trompe quand je me dis que le poème qui précède la citation est de vous?
Mais, à lire ce texte, j'ai une drôle d'impression; peut-être me faut-il repasser par le Tao pour m'assurer de ce que je crois savoir : qu'il n'y a pas de hasard, que la pensée est une sorte d'énergie qui circule et prend telle ou telle forme selon le terrain rencontré et qu'il y a sans doute des terrains d'accueil qui s'avoisinent dans l'espace et le temps.
N.

Vincent Lefèvre a dit…

Le poème — nommons-le ainsi — est encore vôtre, seule l'expression de cette lecture-ci est mienne.

À propos de Jean de la Croix, disons que le mystique est le poète de la spiritualité… et pas seulement dans la religion chrétienne.

Quant à la 'connivence', comme dit votre ami, elle a bien des détours dans son sac…

Noëlle Combet a dit…

Cette "lecture" est un poème en écho, que j'apprécie parce qu'il me parle (me en tant qu'objet aussi bien direct qu'indirect)
Vous avez raison; il peut y avoir une "mystique laïque" ou même une "mystique sauvage" telle qu'elle s'exprime dans les vers que vous citez du "cantique spirituel".
Et continuons à puiser dans le sac des "connivences"!
N.

Vincent Lefèvre a dit…

Ajout : à propos du possible poème, il m'eut fallu écrire :

L'écoutez là, ici
(le dit d'elle ou de lui).


pour l'assonance, sinon quel cacophonique bruissement d'elle dans le nid dit rond d'elle !

Vincent Lefèvre a dit…

Je n'adhérerai pas à l'idée d'une 'mystique sauvage' s'agissant de Jean de la Croix - et son excellent traducteur ici, Jacques Ancet, que je connais un peu, ne vous suivrait certainement pas non plus sur ce terrain (je vous conseille son petit bouquin Jean de la Croix, Nuit obscure - Cantique spirituel, Poésie, Gallimard, notamment pour la qualité de sa traduction, ses nombreuses notes détaillées et son dossier). Bien sûr, cela n'enlèvera rien à une perspective, disons, psychanalytique de la chose, mais imposerait d'interroger sciemment le contexte et la conscience culturels du 17e siècle espagnol (littéraire, poétique, philosophique, théologique…) dans lequel Jean de la Croix (se) concevait et s'exprimait. Ceci dit, il m'intéresserait de reprendre ou poursuivre le débat relatif à la mystique non dogmatique sous un angle qui nous est cher conjointement (ô connivence !), celui de la pensée, sagesse, philosophie, poésie, peinture, que sais-je, chinoises et notamment taoïstes.

Noëlle Combet a dit…

Le "spirituel"aussi a plus d'un tour dans son sac! cette assonance sonne à la fois moderne et médiévale...

Noëlle Combet a dit…

Le fait que nous nous soyons croisés dans nos commentaires produit un entrecroisement amusant des hirondelles et de la mystique sauvage.
Je sais qu'appliquer cette expression à Jean de La Croix n'est pas approprié et sans doute un peu provocateur.
J'ai, dans mon entourage le plus proche, quelqu'un qui a fait des études d'espagnol et je me rappelle le temps où il devait traduire des passages du "Cantique Spirituel", de sorte que je connais un peu ce mystique, mais seulement par ouï-dire.
Le contexte, par contre, je le connais.
Disons que j'ai été légère mais il me plaît de rechercher le "sauvage" dans le mystique, en tant qu'il peut apparaître comme non théologique même dans l'évocation du divin, peut-être presque du côté du panthéisme (me voilà de nouveau fort peu orthodoxe).
Ici, le cerf a évoqué pour moi une profondeur sylvestre et, pas loin, Diane et Actéon.
L'expression "mystique sauvage", je l'ai entendue pour la première fois dans la bouche de Catherine Millot qui présentait un livre sur des expériences et des écritures de femmes mystiques. Elle avait fait allusion, dans le débat, à un ouvrage dont "mystique sauvage" était le titre, de Michel Hulin,je crois.
Ce souvenir réveille pour moi l'envie que j'avais eue alors de l'acheter,ce que, entraînée ailleurs, je n'ai pas fait, finalement.
Mais c'est vrai que c'est avec le taoïsme que je me sens le plus en phase de par la liberté des métamorphoses qui s'en déduit.
Protée contre Kant?

Vincent Lefèvre a dit…

Je vous concède le 'sauvage'…, ce qui fait frémir toutes les 'églises' !