dimanche 20 septembre 2009

Mémoire enclose.

Ma mémoire est à brouter des myosotis brocanteurs d’antiquités entre les cordes de l’enclos, là bas.
Je la surveille du coin de l’œil.
Autour de ce carré, court ma liberté allant venant à la brise briseuse d’uniformité.
Je m’élance vers les toits qui filent rouge, contre le ciel ardoisé, m’abandonne à la scansion en contrebasse des vagues, vole des baies aux mûriers, accompagne cette libellule bleu-vert qui suit un fil d’eau invisible sous l’herbe.
L’instant a troué le temps : d’interruption ou d’éternité ? Les ruptures feront-elles reprises, à gros points noués souplement, doigts déliés, entre les roses sans pourquoi et les abeilles mutines ?
Je retourne à ma mémoire brouteuse, dénoue une corde ; à mon approche, elle tourne vers moi la lointaine étrangeté de son regard aveuglé d’ombre ; j’effleure longuement, d’une caresse pensive, son pelage fauve, tiède et chimérique, lui dérobe une fleur, renoue la corde, m’éloigne.
En mon intensité, je me promets, disputant autant que possible les fruits aux frelons, de ne pas démériter de mon enfance.
Délaissée de mes forces, je m’étendrai le long de la tiédeur de la terre.
Entre trous du temps ou de mémoire close déclose, la vie se surfile, se faufile, se défile , déprisée, reprisée, rebrodée.


N.C.



4 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

… la vie, du vent tissé (comme l'écrivait le fin Joubert). Une brise mémoriale. Une toile de temps crocheté. Un filet arachnéen cadrant les images édéniques d'une infinie enfance. Nécessaire retour dans ce jardin-là. Valse cardinale des éléments…

Noëlle Combet a dit…

L'enfance...se fonder sur le meilleur d'elle, la sensualité, que l'on retrouve si bien dans nos "autres", animaux, végétaux, éléments.
Je suis sensible à votre mot "arachnéen".
Il me rappelle Louise Bourgeois, ses figurations de l'araignée.
J'en ai utilisé une il y a quelque temps sur ce blog. Elle m'avait inspiré le poème "Mamarachnée" en même temps qu'un sentiment de profusion.

Noëlle Combet a dit…

"Mamarachnée", c'était en novembre 2007.

Hécate a dit…

Notre vie est tissée de nos souvenirs,une trame plus ou moins lâche ôù nous nous faufilons au gré de nos remembrances.
Je vous fait réponse à votre propos sur Albert Londres sur le fil....:)
Hécate
(ce que vous avez écrit ici est très évocateur...)