mardi 27 octobre 2009

Que signifie "être Français" aujourd'hui?



 

Un récit édifiant sur Sarkoland...
 De la France, Solange França, -France en portugais!- universitaire brésilienne venue passer quelques jours à Paris chez des amis français, n'aura vu que la zone d'attente de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Parce qu'elle était en possession d'une simple attestation d'hébergement et non d'une attestation d'accueil officielle, elle a été remise aussi sec dans l'avion. Voici cette mésaventure telle que la raconte Solange França, dans un français parfait, et son ami français Yves Bellenand qui l'attendait à l'aéroport et ne l'a jamais vue arriver.

 

**Le récit de Solange França**
Comme tous mes amis le savaient, j'avais programmé d'aller à Paris en vacances, visiter un couple d'amis Yves et Riviane, fêter mon anniversaire, établir des contacts avec des instituts de recherches et d'enseignement, et de réaliser mon rêve de connaître la France.
Je suis partie d'Ilhéus le 9/4/09 à 12h32, destination Salvador de Bahia par le vol TAM 3680 puis de Salvador de Bahia destination Paris par le vol TAM 8068 arrivée à l'aéroport Charles de Gaulle à 14 heures le 10 /04/2009.
Au sortir de l'avion, j'ai été conduite sans aucune explication dans une salle de la police française. Une policière a alors demandé de vérifier mon passeport, mon billet d'avion de retour, l'argent disponible, l'attestation d'hébergement et mes assurances. Pour prouver mon hébergement j'ai présenté une attestation faite par Yves et Riviane  Bellenand, ce couple d'amis qui devaient m'héberger durant tout mon séjour à Paris.
Je lui ai expliqué que je n'avais pas d'assurances spéciales mais j'ai présenté ma carte d'assurance privée brésilienne, un bulletin de salaire émis par le gouvernement de l'état de Bahia datant de mars 2009, montrant que je suis en activité à l'Université de Santa Cruz à Bahia (Brésil) comme enseignante-chercheur. Sans autres explications, j'ai été conduite avec deux autres personnes vers une autre salle de la police dans laquelle se trouvait déjà un autre brésilien.
J'ai demandé des explications au policier à l'accueil mais il m'a dit de m'asseoir avec un ton de voix menaçant et agressif. A ce moment là, j'ai réalisé que j'allais être expulsée de France et que je ne pourrais pas demander des éclaircissements parce que je craignais d'être considérée comme «agressive» ce qui pourrait aboutir à des événements encore plus graves comme par exemple être mise en prison sur le territoire français.
Plus tard un autre policier a mis des gants et a demandé au brésilien de le suivre dans une autre salle. Dix minutes plus tard un autre brésilien a été aussi emmené. Après deux policières ont demandé à deux autres filles qui nous avaient rejoints d'aller dans une autre salle. Après ça a été mon tour.
Dans cette salle il y avait mon sac à dos et mon sac à main. J'ai dû mettre tout sur une table et m'éloigner de mes affaires et les deux policières ont tout fouillé. Elles ont confisqué mon passeport et mon argent (200 réals, 100 dollars et 1800 euros). A ce moment-là, j'ai demandé à nouveau des éclaircissements sur l'expulsion mais une policière m'a dit de «fermer ma gueule» sur un ton menaçant.
J'ai présenté mon bulletin de salaire mes trois cartes de crédit (Visa Ourocard Platinum, Mastercard Ourocard Platinum et Ourocard Gold toutes émises par la Banque du Brésil), l'attestation d'hébergement et des e-mails des professeurs et collègues de travail avec lesquels j'avais l'intention de m'entretenir durant mes vacances. En effet, j'envisageais de faire un post-doctorat en France dans un futur proche. J'ai montré l'e-mail du professeur Henri PLANA (professeur français à l'UESC - Université de l'État de Santa Cruz à Bahia, Brésil) qui est en ce moment en stage postdoctoral au Laboratoire d'Astrophysique de Marseille), de Michel Jean DUBOIS (français, biologiste, qui travaille à Intervivos (www.intervivos.fr <http://www.intervivos.fr/><http://www.intervivos.fr/> ) et de Marcelo DE PAULA CORREA chercheur brésilien, en stage postdoctoral au LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales).
J'ai expliqué que je n'avais pas d'invitation officielle pour visiter ces laboratoires parce que j'étais en vacances, mais que, même en tant que touriste, et comme coordinatrice de recherches de l'Université, j'allais aussi prendre des contacts professionnels pour envisager un post-doctorat et pour articuler avec des institutions françaises la soumission de projets dans le cadre du 7ème Programme pour l'Investigation et le Développement Technologique de la Communauté Européenne.
Quand j'ai demandé à cette policière comment je pourrais inverser la situation, elle m'a informé que ce serait seulement possible grâce à une intervention de l'ambassade du Brésil en France, et que dans la salle ou j'allais être «détenue», il y avait un téléphone et que je pourrais m'en servir. La même policière m'a donné le numéro de téléphone de l'ambassade.
J'ai été conduite dans une salle de détention ou il y avait déjà 5 autres personnes. J'avais uniquement les vêtements que j'avais sur moi, un papier avec les numéros de téléphone d’Henri et de Riviane et celui de l'ambassade. Mon sac à dos et mon sac à main sont restés par terre dans un couloir d'accès à cette salle et mon passeport et mon argent ont été retenus par la police française.
J'ai appelé le numéro de l'ambassade qui répondait seulement avec un répondeur indiquant un numéro à contacter pour les urgences. J'ai laissé un message sur un deuxième répondeur pour expliquer ma situation. Détenue dans un aéroport d'un autre pays, désespérée, espérant une aide officielle du Brésil je n'arrive à parler qu'à un répondeur.
Le temps passait, quelques personnes désespérées, d'autres en larmes dans une salle pas propre et où il y avait seulement dix places assises avec un unique téléphone disputé par tous.
L'énervement, le sentiment d'insécurité et le désespoir augmentaient.
Je crois vers 17 heures (je n'avais pas de montre) on nous a apporté de la nourriture dans un sac: une boite de salade au thon, un morceau de pain, un paquet de chips, une bouteille d'eau et un dessert crémeux de bananes et pêches qui a servi à écrire les numéros de téléphones que nous obtenions sur le mur de la salle de détention (nous n'avions ni papier ni crayon !).
Vers 18 heures nous étions tous conduits de nouveau dans la salle du département de police où un interprète allait nous signifier que nous quitterions la France par le premier vol et que la seule solution était de signer les termes du refus d'entrée en France composé de 5 pages toutes écrites naturellement en français. Puis on est retourné dans la salle de détention ou j'ai réussi à avoir au téléphone un fonctionnaire du consulat du Brésil qui était au courant de ma situation ayant écouté le répondeur et ayant parlé avec mon ami Henri. Il m'a informée qu'il ne pouvait rien faire et que je devais retourner au Brésil. J'ai réussi à parler avec Yves et Riviane qui étaient toujours à l'aéroport et qui avaient déjà fait des tentatives inopérantes pour prouver qu'ils allaient vraiment m'héberger chez eux.
Vers 21 heures, le 10 avril 2009, la police m'a rendu mon argent et j'étais conduite avec 16 autres brésiliens escortés par 10 policiers, à la porte d'embarquement pour prendre le vol Tam JJ 8055 destination Rio de Janeiro.
En arrivant à Rio le personnel de la TAM - inefficace et montrant leurs préjugés - m'ont rendu mon passeport et j'ai été conduite à la police fédérale brésilienne pour ensuite prendre le vol TAM JJ 8068 destination Salvador de Bahia, et après le vol TAM JJ 3660 destination Ilhéus.
Ce message bien que long ne parvient pas à dire la grande frustration, la peur, l'insécurité, le manque de respect et les préjugés que j'ai vécus durant ces 75 heures.
Présentement je voudrais que les autorités brésiliennes et française prennent connaissance de «l'événement» que j'ai vécu et aussi donner des éclaircissements.
En fait, ce qui devait être un cadeau d'anniversaire a généré beaucoup de souffrances.
Cordialement
Solange


Podres poderes • Pouvoirs pourris
Putrid Powers

Caetano Veloso
Sem lenço Sem documento
Sans mouchoir Sans papiers
Without Handkerchief Without Document
1990
[proposé par v.l. ]


 

** Le récit d'Yves Bellenand***
*Honte et révolte sont les deux sentiments qui m'animent depuis vendredi dernier. Honte d'être français et révolte contre un pouvoir qui a comme ligne de conduite la répression dans tous ses états ! Les faits : Vendredi 10 avril, 14 heures, je suis à l'aéroport Charles de Gaulle venu accueillir notre amie brésilienne Solange França qui vient passer trois semaines avec nous. C'est l'occasion pour elle de fêter son 40ème anniversaire et de prendre aussi des contacts professionnels en vue d'un post-doctorat. Solange est professeur-chercheur  à l'Université Santa Cruz de Bahia.

 

L'avion s'est posé à 14 heures.
15 heures, Pas de Solange !
15h30, j'interpelle un policier et lui demande si tous les passagers sont sortis de la salle de débarquement. «Non, il y en a encore en salle de police !»
16h, inquiet, je demande à un douanier qui passait s'il veut bien me dire si Solange França a quelque problème. Il revient dix minutes après: «la personne est retenue par la police parce qu'elle n'a pas tous ses papiers en règle. Vous devez vous rendre dans la zone de fret 1 à ZAPI 3»
Aucune indication dans la zone de fret 1 ne signale la ZAPI 3 ! Je finis par trouver. Là j'expose la situation et on me dit qu'on ne peut me donner aucun renseignement, les personnes détenues n'étant pas encore transférées en Zone de détention. Elle me donne un numéro de téléphone à appeler entre 19h et 20h et me fait comprendre que je ne peux rester là.
Vers 18h nous réussissons à avoir la ZAPI au téléphone «deux problèmes : "attestation d'hébergement non officielle et problème d'assurances." Nous arrivons devant la grille de la ZAPI à 19h20 Là, «c'est fermé revenez demain matin à 8 h.»
Nous nous rendons à l'aéroport et nous demandons à voir l'officier de police de quart. Nous expliquons à un policier que nous n'étions pas au courant de l'attestation d'accueil délivrée par la mairie ou la préfecture mais que nous avons fourni une attestation d'hébergement sur papier libre.
L'officier de quart dit «impossible !»
Notre amie a été renvoyée dans son pays à 21 h 50 sans qu'on ait pu la voir !
Je suis révolté, non seulement par les conditions de détention, mais aussi par la désinvolture et le manque d'humanité qui ressort de cette lamentable affaire, et plus encore par la restriction de nos libertés individuelles qui découle des conditions de l'établissement de cette «attestation d'accueil» officielle qui est demandée par l'État français aux étrangers venant de l'extérieur de l'espace Schengen.

 

En effet renseignements pris, on demande l'avis d'imposition de la personne qui accueille, trois quittances d'électricité, une quittance de loyer, l'état de salubrité du logement et la photocopie de la pièce d'identité entre autres renseignements et 45 euros de timbres fiscaux. Et la mairie ou la préfecture peuvent ne pas autoriser l'accueil. La France a vraiment perdu son aura de «terre d'accueil».
N'avons-nous plus le droit de recevoir nos amis étrangers sans en demander l'autorisation ? C'est une restriction de plus de nos libertés individuelles.
Yves Bellenand

 COLLECTIF JUSTICE ET LIBERTÉS C/O UNSA Educat°



Remarque : Solange França a une grande capacité pour témoigner.
Imaginons ce qu’il en est de ceux qui n’ont aucun statut et ne possèdent pas notre langue !!
Avoir juste le « bon papier » pour ne pas être identitairement coupable; conditionner des exécuteurs plus qu'obéissants à exiger ce papier afin de ne pas entraver des objectifs politiques, ça ne vous rappelle rien ?
C’est que, voyez-vous, il ne faudrait pas risquer d’être accusé «d’empêcher la montée du Front National.»
Utiliser les méthodes d’un groupe pour faire obstacle à ce groupe ? Bravo !!!
N.C.

lundi 26 octobre 2009

De la douleur blanche de n'être pas entendu. . "Ian Karski" de Yannick Haenel





Dans « Evoluer parmi les avalanches », Yannick Haenel présentait déjà l’écriture comme une expérience de l’extrême, en lien avec une spiritualité.


Dans « Cercle », il pousse jusqu'aux ultimes limites de la poésie poétique  son expérience et son écriture :
Au début, je m'arrêtais tout le temps. J'ignore si vous avez déjà essayé d'écrire des phrases en tenant le volant d'une voiture. C'est impossible. Perdre une phrase, me disais-je, perdre ne serait-ce qu'une phrase, il n'en est pas question. C'est avec les phrases qu'on retrouve la vie; avec les phrases, la vie est possible. Avec les phrases, on ressuscite : la résurrection n'est qu'une histoire de phrases. Elles ne parlent que de ça.[...]
Avec le soleil qui frappe la vitre,tôt le matin,de la nacre se forme sur le pare-brise. Elle emporte les phrases et les papillons dans un seul mouvement d'arc- en- ciel. Le feuillage des bouleaux tremble un peu dans la lumière des routes. La joie est rouge


« Jan Karski » évoque une souffrance née de la surdité de l'Autre, c'est à dire, ici, de celui et de tous ceux à qui il s'est vainement adressé. Un « témoin » qui n’a pas été entendu doit traverser son existence dans le sentiment d’une passivité de  la réception et  donc d’un échec de la transmission.
L’auteur, après avoir évoqué la vie de Jan Karski tente de le devenir, d’en vivre les insomnies, les pensées, la spiritualité contrariée  en les incorporant dans ce qu’il nomme sa « fiction intuitive ».


Avec François Meyronnis, Yannick Haenel a fondé en 1997 la revue « Ligne de Risque » qui tente de penser un « nihil » positif  et de dessiner des passerelles entre des formes singulières de la philosophie, la littérature, la poésie, lorsqu’elles portent la marque d’une quête de spiritualité.

N.C.

Biopolitique et grosse colère.


Assistance mode d’emploi :
Eternuez dans votre manche ; ne serrez pas la main, n’embrassez pas.
Lavez- vous les mains plusieurs fois par jour.
Soyez attentifs : nombreux sont, dans les villes, les accidents de piétons.
Ne laissez jamais seuls vos enfants, surtout autour des manèges. Surveillez votre mode de vie en gardant à l’esprit que vos gestes peuvent contribuer à la destruction de la planète.
Recherchez la mobilité dans votre profession : votre hiérarchie vous y aidera.

Effets secondaires : phobie du contact, prurit de désespoir écologique, angoisse existentielle, sentiment de persécution...

Mais surtout, soyez heureux et bien dans votre peau. Dans ce but vous pouvez consommer selon votre plaisir, acheter l’i phone le plus performant, tendre vers une perfection morphologique grâce à la chirurgie esthétique et aux produits de beauté, vous détendre à l’aide des spa (à ne pas confondre avec les sociétés protectrices des animaux),  avoir recours à des massages ethniques en tous genres.
Pour résumer,  Il suffit d’apprendre à se manager correctement.

N’oubliez pas : le suicide est un effet de mode et le bonheur un devoir absolu.

                                                                                                                  

N.C.



dimanche 18 octobre 2009

Bouture.











L’eau m’avait désertée.

Je fus battue des vents,
je heurtai,

ici un tronc d’arbre,
là une arête de mur.

Des mains m’ont recueillie au vol, écoutée,
et  reverdie,
irriguant mes nervures ;
à nouveau
le flux a longuement coulé.


Pied et racines
se sont agrippés goulûment
à la noire épaisseur de l’humus


pour aller venir, nécessairement,
en floraisons et fanaisons et floraisons et...

N.C.













Alexandre Glazounov
Orchestre radio-symphonique tchécoslovaque 
Dir. Ondrej Lenárd
Bratislava • 1987

Les Saisons • L'automne
Bacchanale et apparence des saisons
Adagio  Apothéose
Proposé par v.l. , tant l'automne est accomplissement et promesse.






Trajet.


. Sur le sentier forestier
j’ai croqué crue
une châtaigne nouvelle,
mangé une pomme sauvage
acidulée
puis une arbouse solitaire.
Trois sauterelles ailées
au vol bleuté
ont traversé mon chemin.
Près d’un jardin,
j’ai fait halte un instant :
Il y avait des roses
et des oies cacardeuses
qui grassement déambulaient.
Avec mon bâton, reprenant ma marche
je rythmai mon pas l’ajustant
aux irrégularités du sol ;
la caresse du vent
bruissait en deux sons déphasés
dans les pins et les chênes verts .


      
N.C.





lundi 12 octobre 2009

"Esthétique relationnelle"





Le critique d’art Nicolas Bourriaud a inventé le concept d’«esthétique relationnelle» à propos du plasticien thaïlandais Rirkrit Tiravaneja qui vit à Bangkok mais expose, le plus souvent, à New York et dans plusieurs capitales européennes.
Le désir qui anime Rirkrit Tiravaneja est d’inviter le quotidien au musée afin de rendre actif le spectateur en l’impliquant dans l’œuvre.
A cette fin, il confectionne un repas, au hasard des jours, à l’intérieur du musée et invite les visiteurs à le partager.
Il en résulte une animation spontanée, chacun s’impliquant, à sa manière, avec ses gestes et ses mots dans ce temps inattendu.






Ceux qui viennent le lendemain des jours de convivialité ne verront qu’assiettes sales et restes.
Mais l’échange continuera : à propos de ces restes, ils pourront imaginer : qui donc était là hier ? Que s’est-il passé ? Les convives étaient-ils rares, nombreux ? Quel fut, autour des plats, l’échange des vivres, des regards, des mots ?
Y était-elle avec sa robe jaune ? Avait--t-il tourné vers elle son sourire ? Quelqu’un a dit qu’il lui a murmuré quelque chose à l’oreille. Mais personne n’a entendu.
La table aujourd’hui en désordre, les plats sales et leur nombre laissent imaginer le festin où l’on n’était pas.
Les restes rejoignent leur synonyme, reliefs, dans un double sens; ils deviennent ce qui émerge dans l’imaginaire du visiteur du lendemain; il les intègre à sa scène, les fait jouer dans son fantasme singulier dont il devient l’auteur. Il l’alimente, le nourrit, donnant un sens à l’œuvre, participant à sa forme et à son processus évolutif. En quelque sorte, il remet secrètement le couvert, le sien. Il attend ses invités. Qui viendra? Sera-t-elle là vêtue de sa robe jaune?






Dans une « rétrospective » au musée d’art moderne à Paris, Rirkrit Tiravaneja ne reconstitua que les volumes des salles diverses où il avait exposé dans le monde. Espaces vides avec simplement les titres de certaines de ses installations ou performances.
Il créa ainsi un espace déceptif, fantomatique.
Les jours suivants, des mots sortirent de carrés disposés sur des cimaises au-dessus des titres inscrits tandis que deux conférenciers lisaient des textes différents.
Des pages blanches avaient été distribuées à l’entrée.
Le spectateur se met alors en marche guidé de manière aléatoire par ces voix mêlées invoquant des objets absents, dé fétichisés en regard de ce que propose une exposition traditionnelle de tableaux au musée, quand l’émotion est tarie.
Dans ce vide, des présences peuvent s’imaginer, se formuler ; chacun est, là, activé par la polyphonie environnante, invité à jouer sa scène, à l’écrire éventuellement.
Des mots peuvent remplir l’espace, créer un imaginaire subtil, à la fois singulier et partagé.
Dans ce jeu plastique autant que littéraire, les mots ne sont pas un point de départ mais une fin dans le jeu de présence/absence des acteurs.
Echeveau improvisé et vivant : les fils croisés de l’échange et du visible auront surgi de l’invisible.





Que nous disent de telles « installations » ? Est-ce que, dans ce champ de l’esthétique, « relationnelle » ne vient pas ici prendre la place de « traditionnelle » ?
La « tradition » comporterait-elle une conception idéalisée du Beau ? Idéalisation effective depuis Platon, lorsque l’ «Idée », représentation abstraite de la réalité, devenue Essence, effectue une rupture entre l’expérience et la transcendance.
Cette idéalisation, poursuivant sa course depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, fonde notre culture.
Nous ne saurions sans dommage renier ce fondement ; mais peut-être pouvons-nous le travailler en l’accueillant dans de nouveaux processus ?
Assisterait-on avec l’«esthétique relationnelle » à une transformation en évolution ?
A la place d’une rupture entre la vie réelle et l’idéal, une expérimentation impliquant l’autre viendrait réaliser un lien d’une autre sorte.
Il ne s’agirait plus d’une aspiration nostalgique à une élévation qui fait socle d’une rupture entre le sol et le ciel, mais d’une rencontre faisant sa place à l’absence en même temps qu’à une participation active de l’autre, le visiteur.
Ce lien n’instaure pas une coupure mais une séparation dans la présence.
Cela concerne sans doute toute notre modernité, lassée peut-être d’une plénitude sublimée et en quête d’une réalité existentielle ménageant le vide afin que puisse naître quelque chose d’autre.




N.C.


Annonce : le N° 8 de Temps Marranes"est en ligne:
 temps-marranes.info.




mardi 6 octobre 2009

Métamorphoses





Impromptue, la pensée

chenille à la pointe de l’herbe,

ondule en serpentin jusqu’à ce nuage, là,

s’offre en cerf-volant

à la main de la fillette

qui jouait à la marelle,

s’enchantant de l’illusion

du paradis ;

court dans la tête des humains,

les affole,

échappe à leur prise dogmatique,

fait poussière des idoles ;

se dépose à l’extrémité de l’arc en ciel,

là où les métamorphoses

font jeu de quilles des concepts ;

se dirige vers l’hospitalité

des portiers de l’ouvrance,

les mène au terme de l’épluchage

à leur noyau indéfectible.

Elle se déploie maintenant

sur les ailes du papillon

sourd,

se délecte de cette surdité ocre orange

salue en passant

l’industrieux pic-vert qui ponctue le temps

et, la nuit venue,

elle lâche sur les rêves

des mouches vertes

d’éclairante folie.

Quand, au matin,

elle se dépose

dans ma tristesse phréatique,

elle s’y plonge,

s’y trempe et retrempe,

émerge.

Ma peau est mouchetée

de gouttelettes dispersées

points suspensifs qui se rient

de mes mirages.



N. C.





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