lundi 26 octobre 2009

De la douleur blanche de n'être pas entendu. . "Ian Karski" de Yannick Haenel





Dans « Evoluer parmi les avalanches », Yannick Haenel présentait déjà l’écriture comme une expérience de l’extrême, en lien avec une spiritualité.


Dans « Cercle », il pousse jusqu'aux ultimes limites de la poésie poétique  son expérience et son écriture :
Au début, je m'arrêtais tout le temps. J'ignore si vous avez déjà essayé d'écrire des phrases en tenant le volant d'une voiture. C'est impossible. Perdre une phrase, me disais-je, perdre ne serait-ce qu'une phrase, il n'en est pas question. C'est avec les phrases qu'on retrouve la vie; avec les phrases, la vie est possible. Avec les phrases, on ressuscite : la résurrection n'est qu'une histoire de phrases. Elles ne parlent que de ça.[...]
Avec le soleil qui frappe la vitre,tôt le matin,de la nacre se forme sur le pare-brise. Elle emporte les phrases et les papillons dans un seul mouvement d'arc- en- ciel. Le feuillage des bouleaux tremble un peu dans la lumière des routes. La joie est rouge


« Jan Karski » évoque une souffrance née de la surdité de l'Autre, c'est à dire, ici, de celui et de tous ceux à qui il s'est vainement adressé. Un « témoin » qui n’a pas été entendu doit traverser son existence dans le sentiment d’une passivité de  la réception et  donc d’un échec de la transmission.
L’auteur, après avoir évoqué la vie de Jan Karski tente de le devenir, d’en vivre les insomnies, les pensées, la spiritualité contrariée  en les incorporant dans ce qu’il nomme sa « fiction intuitive ».


Avec François Meyronnis, Yannick Haenel a fondé en 1997 la revue « Ligne de Risque » qui tente de penser un « nihil » positif  et de dessiner des passerelles entre des formes singulières de la philosophie, la littérature, la poésie, lorsqu’elles portent la marque d’une quête de spiritualité.

N.C.

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