mardi 6 octobre 2009

Métamorphoses





Impromptue, la pensée

chenille à la pointe de l’herbe,

ondule en serpentin jusqu’à ce nuage, là,

s’offre en cerf-volant

à la main de la fillette

qui jouait à la marelle,

s’enchantant de l’illusion

du paradis ;

court dans la tête des humains,

les affole,

échappe à leur prise dogmatique,

fait poussière des idoles ;

se dépose à l’extrémité de l’arc en ciel,

là où les métamorphoses

font jeu de quilles des concepts ;

se dirige vers l’hospitalité

des portiers de l’ouvrance,

les mène au terme de l’épluchage

à leur noyau indéfectible.

Elle se déploie maintenant

sur les ailes du papillon

sourd,

se délecte de cette surdité ocre orange

salue en passant

l’industrieux pic-vert qui ponctue le temps

et, la nuit venue,

elle lâche sur les rêves

des mouches vertes

d’éclairante folie.

Quand, au matin,

elle se dépose

dans ma tristesse phréatique,

elle s’y plonge,

s’y trempe et retrempe,

émerge.

Ma peau est mouchetée

de gouttelettes dispersées

points suspensifs qui se rient

de mes mirages.



N. C.





.

4 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Mère Nature. Eden. Enigme. Nous, êtres, oiseaux, insectes, fleurs, racines, vents, terre… Mais pourquoi ne pas toujours se laisser porter. Pourquoi se laisser tendre l'aile par la philosophie. Ô mince sagesse, nature, fragile, éphémère. Permanence dans l'impermanence. De la brise, de l'onde user le roc.

Noëlle Combet a dit…

Certes la pensée n'est pas la philosophie; n'en serait-elle pas la contestation?
C'est en ce sens que Derrida disait que la philosophie se défie de la pensée. Derrida est un penseurà haute voix.
Mais quid de la pensée et de la nature?
La pensée ne naît-elle pas de la nature? pourquoi devrait-elle, en effet, la transcender dans la philosophie?
A vous lire avec intérêt, je me dis que la pensée de la nature est la "mince sagesse" que vous évoquez.
"Mince sagesse". Mais dans cette fragilité, il y a aussi le chagrin.
Il nous faut apprivoiser l'idée de la mort et renoncer à l'Eden s'ancrer,dans ce que vous nommez l'impermanence et passer outre.

Vincent Lefèvre a dit…

En effet, cet eden-là est un paradis à jamais perdu. Quant à passer 'outre' (ultra), c'est sans doute aussi franchir le Styx…, au risque des vivants qui se sont risqués là. De bien émouvantes mythologies ! Je revoyais récemment l''Orfeo' de Monteverdi…

Noëlle Combet a dit…

Oui, ne pas oublier le Styx, métaphore de tous les petits et grands ruisseaux que nos vies nous mènent à traverser au risque des noyades dont l'élan de vie nous fait émerger.
J'ai aussi vu et revu Orfeo de Monteverdi.