mardi 17 novembre 2009

Là-bas/ici ; ici (là-) bas.


Ce texte doit presque tout à la pensée de François Jullien dont je fais récolte depuis plusieurs années. Mon expérience personnelle de l’existence a souvent croisé ses écrits et s’en est trouvée renforcée et enrichie.



« Fuir! Là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l'écume inconnue et les cieux! »

 (Mallarmé ; « Brise marine »)


Deux images sont  liées à la locution là-bas. L’une est de rupture, l’autre d’aller-retour.
La première résume notre culture tout imprégnée de la représentation d’une coupure entre l’ici  et le  là-bas, coupure d’où jaillit la croyance en une transcendance, sous la forme de l’inaccessible vers lequel on tend.
 L’autre, davantage orientée  vers l’immanence n’implique  pas une rupture mais une simple distance entre « ici » et « là-bas ». On peut circuler d’ici  à  là- bas  dans l’  ici-bas. Les deux espaces sont distincts  mais non  dissociés l’un de l’autre.

 La coupure entre l’expérience et un monde abstrait des Essences s’affirme avec Platon et le mythe de la caverne, mythe qui a fondé la culture occidentale : nous ne verrions, dans notre caverne existentielle que la petitesse des choses, images projetées sur les parois, alors qu’au ciel de l’invisible, elles resplendiraient de toute leur vérité et leur perfection, insaisissables par l’être si imparfait que serait l’homme.
Cette conception entraîne avec elle toutes les idéalisations, l’image de tous ces sommets auxquels on ne pourrait accéder que par une ascèse, une sorte d’étranglement.
François Jullien qui analyse ce phénomène dans la plupart de ses ouvrages, a une image d’une grande justesse pour le représenter : la source qui jaillissait, on la bride en un point et alors elle s’exalte plus haut, du côté du savoir et encore plus haut, du côté  des enthousiasmes démesurés, des passions et du drame, voire de la « possession » maniaque ou mélancolique, éventuellement vécue comme visionnaire dans l’Antiquité, ce qu’elle est aussi, du reste.
Le Savoir et l’Eros deviennent à partir de Platon et pour des siècles, les idoles éventuellement  cruelles de l’humanité.
N’oublions pas que les deux sont, au départ, liés : le maître grec est un amant (erastes dans « Le Banquet ») ; la transmission se déploie dans un contexte de beauté du corps des jeunes hommes et s’appuie donc sur l’Eros  mais l’on n’accèdera à l’idéal, philosophique, amoureux, qu’au prix de l’ascèse dont le socle est la coupure.
L’on voit bien la suite dans la religion : la sublimation de l’amour, du sacrifice et du dogme.
Le même mouvement se produit autour des représentations  occidentales des « maîtres idéalisés » qui ont partie liée avec la mort, symbolique ou réelle, donnée ou reçue.
La littérature, le cinéma en proposent de nombreuses images : dans le film  « Le Maître de musique » le progrès, puis le succès de l’élève annoncent et produisent la mort du maître.
Le même phénomène se donne à voir dans la conceptualisation psychanalytique du « transfert » : rappelons-nous que Lacan, fait successivement de Socrate et Antigone des images de l’analyste et qu’il évoque dans « L’Ethique », au sujet  d’Antigone « l’être-pour- la mort »( formule empruntée à Heidegger et mal traduite, d’ailleurs : Heidegger parle d’ « être -vers -la mort »,« Sein –um- Tod »et non « Sein - zum -Tod », ce qui est tout autre chose ). Qu’ensuite, l’ « objet manquant » ait, dans la pensée de Lacan remplacé ces deux « incarnations » de l’analyste ne change rien à l’affaire : sa place, dans les concepts reste, celle du mort se substituant à celle de l’idéal.
 L’image récurrente de la « coupure » conduit à ce que, pour recevoir l’héritage de ces « maîtres « , il faudrait, en les désidéalisant, les destituer et les « tuer », faisant chaque fois « table rase « de ce qui précède, d’où l’importance accordée au doute dans la pensée occidentale : la transmission s’arrache plus qu’elle ne se reçoit et la coupure s’inscrit, indélébile dans notre relation au  savoir et à l’éros, amalgamés et  portés aux nues.



Là-bas est ici disent d’autres voix, d’autres sagesses.
Du côté des philosophes on l’entend dans l’œuvre de Spinoza, Deleuze, Derrida par l’intermédiaire desquels s’est précisée en moi la valeur que j’accordais à l’immanence sans bien savoir, avant de les rencontrer, ce qui, dans cette conception, me convenait.
Il m’est devenu évident, ayant eu accès à leurs œuvres, que vouloir tuer l’Autre pour repartir de zéro dans le savoir est un leurre produit par une illusion de toute-puissance.

Si un autre, de qui l’on a choisi de recevoir, n’est pas institué en tant qu’Autre, n’est pas idéalisé et, corolairement, ne s’érige pas en rival, quel besoin aurions-nous de le destituer?
Quelque chose en moi restait, depuis toujours, obscurément mais obstinément, réfractaire à ce « Système ».
La théorie de la « déconstruction », dans la pensée de Derrida, insiste, bien au contraire, sur la nécessité de « reprendre » l’héritage pour y découvrir ce qui s’inscrit déjà en lui de sa  possible transformation et peut donc être enrichi. Comme il le montre à plusieurs occasions, les textes dont nous héritons ouvrent des questions et des pistes  par l’intermédiaire de leurs apories qui, interpellant le lecteur et le penseur, sont lourdes de promesses pour qui les retravaille. Ce qu’il énonce, en tant que conception d’un héritage textuel me semble tout à fait transposable aux échanges  humains, intimes aussi bien que sociaux, les deux loin de s’exclure, s’interpénétrant.
Mais la transmission de ces philosophes s’est peu à peu réduite à un filet de réception donc un filet de voix : on ne l’entend plus, hormis dans les cercles de spécialistes, eux-mêmes  très inféodés à un idéal de savoir, dans la plupart des cas.

La Chine, par ailleurs, nous offre aussi des perspectives  qui ne sont orientées ni vers des formes idéales coupées de la réalité sensible ni vers une idéalisation  et/ou un antagonisme dans la réception de la transmission.
Dans ses écrits de sagesse, on ne débute pas dans la pensée. On la reçoit des maîtres que l’on élit et le doute est connoté négativement.
Dans cet enseignement, le ciel n’est pas celui des Idées, formes platoniciennes parfaites et parfaitement inaccessibles ; là- bas, le lointain  ne s’envisage que dans le prolongement de la proximité.
Le ciel n’est que « cette petite quantité de lumière » que l’on voit (Confucius) ; et la terre « cette petite quantité de poussière qu’on peut tenir dans la main » (id.)
L’infime chemine jusqu’à l’infini où germera à nouveau l’infime.
Ce qui mène de l’un à l’autre est le chemin (Tao ou Dao décrit en particulier par Lao Tseu).
Sur ce chemin, se produisent ces transformations que représentent les 64 hexagrammes du YI King « Classique du changement », livre premier de la sagesse chinoise que l’on peut évoquer ainsi : tout ce qui est yang deviendra yin, tout ce qui est yin deviendra yang. Ce devenir est un passage, renversement d’une forme en une autre. Il va de soi que yin et  yang peuvent revêtir chacun une multiplicité innombrable de formes et que les possibilités de mutations sont donc infinies.
 Concevoir la vie comme un processus transformateur  revient à penser en termes de transition plutôt que de coupure : l’idée d’évolution dans le processus rend vaines les suppressions maîtrisées et la mort ne sera  autre qu’une forme de transformation.
Pas ou peu de transcendance au sens traditionnel du terme dans ces conceptions, mais de l’immanence comme dans la pensée de Spinoza, Deleuze, Derrida.
Immanence, c'est-à-dire qu’il n’y a pas d’autre monde que celui-ci et pas d’autre origine aux événements de ma vie que moi-même en tant qu’en moi se produisent les processus  transitoires et évolutifs qui me concernent dans mon lien avec d’autres et avec le monde.  Ces processus,je peux les travailler mais je ne peux les régir.

Pas de disjonction, par conséquent entre là-bas et ici.
 Là-bas, le ciel n’est pas le lieu des Essences  invisibles. Le visible et l’invisible ne forment qu’un tout se manifestant sous la forme de la Réalité, soit actualisée, soit potentielle. Cette réalité, lorsqu’elle est en puissance demeure latente et le là-bas le plus lointain du taoïsme, celui qui nous est invisible, n’est ni le néant ni un éden auquel nous pourrions aspirer mais de l’énergie vitale indifférenciée dont procèderont, se différenciant, les formes et individualités particulières.
Le visible et l’invisible ont une importance égale et le vide, n’est pas, comme pour nous, le néant, mais une plénitude en attente d’actualisation ; les processus, apparaissant comme des glissements et renversements transformateurs d’une forme en une autre, les moments de la vie sont toujours intermédiaires, interstitiels : ils se déploient  entre ceci et cela, ici ou là.

Avec les philosophes de l’immanence, avec la pensée chinoise, nous quittons une logique binaire en laquelle deux termes (ici/là-bas), s’excluent l’un l’autre, se coupent l’un de l’autre. Pas de disjonction mais un passage.
Faudrait-il pour autant vouloir renoncer à notre héritage pour tenter d’en adopter un autre ? L’imaginer possible serait faire retour à l’idéalisation et à une nécessité de coupure. Notre héritage reste porteur de valeurs essentielles même quand elles sont à interroger pour les faire évoluer et évoluer en elles. L’idéal ne serait pas à rejeter mais à transformer.
La culture chinoise et la culture occidentale restent fondamentalement étrangères l’une à l’autre et il serait illusoire d’en faire fi ; mais, s’avoisinant dans notre modernité, s’éclairant l’une l’autre, elles pourraient être à l’écoute l’une de l’autre afin de moduler leurs transitions.
L’idéal pourrait s’y décliner autrement, s’apprivoiser, dans un renoncement à l’absolu en Occident ; s’acclimater en Chine dans l’adoption  de choix susceptibles d’ouvrir la voie à une autre politique.
Dans l’un de ses derniers ouvrages, François Jullien évoque «l’invention de l’idéal ». Suggère-t-il que l’Occident aurait, en  l’« inventant », à le remodeler de manière à ne pas  être  l’esclave de ce à quoi il s’est traditionnellement  assujetti sous sa domination tandis que la Chine devrait, pour l «inventer », en accommoder quelques principes ? Est-ce qu’alors, dans ces deux cultures, l’ici-bas deviendrait plus vivable ?


N.C.


En lien avec ce qui précède, relisons ce qu’écrit Philippe Jaccottet d’un moment très intense vécu sur un chemin :
« Et presque tout de suite, presque en même temps, la stupeur. Stupeur n’est pas trop dire, si l’on peut concevoir une stupeur tranquille, calme, sans aucune crispation, sans éclat, sans bruit : stupeur soudain intime d’être là, d’avoir part, d’avoir droit à cette chaleur de la terre- avec pour seules compagnes les lianes de la clématite sauvage où l’on pourrait se prendre les pieds, et la serratule, la fidèle mendiante rose des fins d’été.[…]
Nommer cette impression « plaisir » l’eût rendue trop légère et trop gracile ; « bonheur » en eût fait quelque chose de sentimental, de trop domestique et de trop moral ; parler de « joie » : peut-être, si le mot n’eût entraîné l’esprit vers le religieux, le solennel, le grandiose même.[…]
Un semblant de « révélation », si l’on veut (à la rigueur), accordée, octroyée au vieil ignorant que l’on est.
Et pour que cela se fût produit, nul besoin de drogues ; ni d’ascèse, ni de transgression, ni d’excès d’aucune sorte (pas de violence, mais n’était-ce pas trop facile ?) ; nul besoin d’aller ailleurs, de chercher loin, de gravir quoi que ce soit du genre escarpé, périlleux, sublime.
Ni transe, ni extase, ni prière, ni rituel ; même pas une seconde de méditation. Pas de dépouillement, pas de sacrifice.  (C’est peut-être avouer le peu de sérieux de tout ça). »
« Couleur  de terre ». Philippe Jaccottet. 





La lontananza nostalgica utopica futura
Madrigale per più 'caminantes' con Gidon Kremer, violono solo,
8 nastri magnetici, da 8 a 10 legii (1988-89)
▸Luigi Nono • 39:28
Gidon Kremer, violon solo

Proposition musicale de v.l.




Un aspect est cependant déterminant dans le parcours musical de Nono et s'impose de façon définitive* : le fait que la dynamique et le timbre deviennent les facteurs essentiels de la composition, dans laquelle le temps musical est le temps vécu lui-même, et devient donc relatif ; il devient le temps spécifique de la musique de Nono qui précisément pour cette raison est toujours 'nostalgique, lointaine, future'. L'absence (parfaitement audible) de tout statisme, de toute inertie et de tout cloisonnement de notre temps, non seulement musical, la projette dans une dimension idéale, éthique, entièrement utopique ; dimension que Nono lui-même a d'ailleurs choisie, puisque dans la dernière version de La lontananza pour la Scala de Milan il a ajouté le 'utopique' aux adjectifs 'nostalgique, future'.

Luigi Pestalozza.

À propos de la réalisation de l'œuvre telle que nous l'entendons ici :

Production et réalisation électronique de la bande magnétique 8 pistes sous la direction de Luigi Nono et Hans Haller au Studio expérimental de la Fondation Heinrich Strobel de la SWF à Fribourg (RFA). La version finale de cette bande, fondée sur la partie solo enregistrée par Gidon Kremer, a été préparée conjointement par Sofia Gubaidulina et Gidon Kremer à Fribourg. Enregistrement : Beistein près Laufen (Suisse), décembre 1990. Deutsche Grammophon, 1992.

* L'œuvre appartient à un cycle inachevé (et conclusif quant à sa démarche et en raison du décès du compositeur) 'Caminantes', dont on trouvera un second volet, une pièce pour deux violons, 'Hay que caminar… soñando', en marge du nouveau blogue 'caminante', qui, ainsi que 'sous le clavier, la page', site qui le sous-tend, est délibérément placé sous l'égide du 'no hay camino es caminando que encontraremos nuestro camino' ('il n'y a pas de chemin, c'est chemin faisant que nous trouverons notre chemin') du poète espagnol Antonio Machado. Je m'en explique par ailleurs.

v.l.


10 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

On connaît en effet l'effort réitéré de Jullien pour (re)mettre en perspective (philosophique) l'immanence, concept lourdement écrasé sous une chape de dogmatisme religieux (entre autres), notamment aux lumières (si j'ose dire) des sagesses chinoise ancienne et présocratique. On sait aussi ce qu'il en a coûté à Spinoza, en son temps, de s'aventurer en comparable chemin. Ma question cependant : n'est-ce pas une illusion (d'optique… culturelle) de penser que la modernité, 'notre' modernité (très nôtre, trop nôtre…) va résoudre la distance, l'écart entre de telles cultures au nom d'un humanisme, trop souvent politiquement intéressé, et, par exemple, d'une 'philosophie' (pauvre philosophie) des droits de l'Homme qui ne devrait finalement se résoudre que dans la convergence. La seule convergence acceptable - et acceptée - la courbe rentrante vers nous, notre Occident et ses valeurs 'fondatrices' et fondamental(ist)es. Nécessaire synthèse ? Quelle synthèse ? Et puisque Heidegger est cité, ne serait-ce pas, en la matière, d'abord, du côté de l'ontologie qu'il conviendrait de porter le questionnement ? Malhabiles interrogations… Je ne suis pas philosophe. Et, finalement, c'est Jaccottet qui m'en dit le plus. Terrien, comme lui…

Noëlle Combet a dit…

En ce qui concerne le premier commentaire, oui, ce serait illusion de croire que la distance entre la pensée chinoise et la culture occidentale pourrait être comblée dans une harmonie humaniste "bien pensante" fondée sur les "Droits de l'Homme" qui, bien sûr, ne traversent pas la barrière chinoise.
Je pense que François Jullien l'énonce lui-même : pas de szynthèse possible, juste un voisinage avec des effets que l'on ne peut évaluer; il faudra bien pourtant qu'un "commerce" s'établisse.
Je suis aussi exaspérée parfois par l'"idéalisation" des "Droits de l'Homme" et par l'aveuglement qui leur est inhérent...autant que la "bonne conscience".
Oui, la question de l'"ontologie" me semble également primordiale et certes pas incompatible avec "une"immanence. Mais pas très "philosophe" moi non plus, dans le sens d'une spécialisation, je n'ai pas les arguments pour le démontrer : cela reste, pour moi, de l'ordre de l'expérience et de la pensée.
Je pense que François Jullien est dans cette question chaque fois qu'il aborde le "fonds indifférencié des choses" tel que l'approche le Tao.
Terrienne, je le suis aussi, mais avec méfiance étant donnée l'Histoire. J'apprécie la pensée de Heidegger mais reste parfois réservée sur...disons les aspects "romantico-mystiques" qui peuvent mener où l'on sait.
Terrienne, je le suis surtout pour les "chemins"; c'est pourquoi, j'apprécie le "Hay que caminar" de Luigi Nono et vous remercie pour cette musique qui accompagne si bien l'idée de processus et le texte de Jaccotet : chemin dehors, chemin dedans.
Je conçois tout à fait que l'idéal, associé à utopie, soit, en cette occurrence, recevable.
Voilà une façon de l'inventer
Je trouverais juste que votre riche présentation de Luigi Nono puisse faire l'objet d'un message à part entière sur le blogue.
Qu'en pensez-vous?

Vincent Lefèvre a dit…

Prudence. La référence à ma 'nature' terrienne ne vaut ici qu'au regard de Jaccottet (c'est d'ailleurs un élément qui me passionne chez lui). J'exclus toute assimilation à certains 'dérapages' heideggeriens quant à une 'idéologie' de la 'terre natale'.

Noëlle Combet a dit…

Ouf! En fait, Vincent, je n'en doutais pas!

Vincent Lefèvre a dit…

S'il y a référence à un 'sens' de la terre, ici, pour moi, c'est véritablement au plan 'physique', 'physiologique' : 'sens' comme 'sensation', voire même 'sensualité'. Porter le regard, humer, presser du pied le sol… Geste paysan (propédeutique à une geste paysanne ?) L'appréhension avant l'intellection. Ici, Jaccottet parle de 'plaisir', de 'bonheur', ailleurs il emploie 'le mot joie', pour reprendre le titre d'un recueil. La vision d'un cerisier isolé dans un champ y suffit.

Noëlle Combet a dit…

Je ne peux que dire : oui, moi aussi, à ma façon, peut-être un peu moins dans la "geste" un peu plus dans la fusion, dans cette"animalité" sauvage (jusque dans une mystique un peu panthéiste!!!); oui, les odeurs des fleurs, des arbres, sucrée ou amère, celle aussi des bête une senteur "première"; et les couleurs, toutes,l'herbe, la terre, une jubilation.
Et mon"intellection" quand elle se précise, prend racine dans la glèbe, même si ce n'est pas toujours immédiatement évident.
Je ne saurais pas "penser" si je ne me ressentais pas avant tout "végétale","animale" et en même temps "aérienne".
Et merci pour le remaniement du texte : ça rend plus libres la musique et son encadrement de mots; ça ouvre le chemin.

Hécate a dit…

Bonjour NOëlle,je viens de vous lire avec attention.La culture Chinoise et la nôtre,sont certes différentes, il y a chez Hesse aussi une notion philosophique de l'orient.
Le 19ème siècle a aimé s'entouré de l'Asie ,jardin ,objet ,peinture.
Pour moi ,je suis actruellement retournée à Barbey d'Aurevilly ,né le jour des morts.C'est à porter cela ,et peu évident. Je ne sais ce que vous en pensez?
Bien amicalement.
votre Hécate

Noëlle Combet a dit…

Je suis heureuse de votre visite, Hécate.
Ce que j'aime, dans les textes chinois (Tchouang Tseu, Lao Tseu et, tout près de nous François Cheng), c'est cette poésie de l'instant et cette pensée d'un vide médian et porteur. L'on trouve cela aussi chez quelques poètes occidentaux comme Jaccottet, avec cette place laissée au hasard qui n'en est pas un.
Par exemple, celui de votre question : être né le jour des morts?
J'ai vécu de très près la difficulté de "porter cela" : c'était la date anniversaire de ma mère.
Autant dire que votre question m'a touchée et m'a peut-être éclairée sur ce qui m'était resté énigmatique : qu'ayant lu votre texte consacré à Barbey d'Aurevilly, je sois restée "sans commentaire", sans voix, en quelque sorte...car, oui, ce fut très lourd! De quoi suspendre la pensée sur ce point.
A bientôt.

Hécate a dit…

"Ce n'est pas qu'il n'y ait personne d'autre
Mais mon coeur s'attache à toi si souvent.
Cette attente sans répit ressasse ma peine.
Qu'y puis-je ?"( Tao Yuan Ming .365-427).

Chère Noëlle ,j'ai lu ce que vous répondiez sur la question que je vous avais faite. J'étais loin de penser qu'elle vous touchait de si près.Naître le jour des morts...Je n'ai pas ,je l'espère, été la cause d'une surabondance de tristesse .
Certains thèmes abordés sont porteurs de coïncidences singulières.
Croyez bien ,que je suis touchée de cela.Merci à vous.
Votre Hécate

Noëlle Combet a dit…

Hécate, n'ayez pas d'inquiétude.
Lourdeur il y eut dans un passé lointain, mais, au fil du temps, et récemment encore, j'ai appris à relativiser la tristesse de ce qui ne dépend pas de moi.
Comme dit Tao Yuan Ming que vous citez : "Qu'y puis-je?".
Alors, quand la tristesse est là, faire avec est un moyen pour qu'elle s'éloigne ou s'atténue.
Le hasard, par contre, m'émerveillera toujours : que j'aie repéré cette date dans votre texte et que précisément sur elle, vous m'ayez questionnée.
Les Chinois pensent qu'un champ de conscience dépasse les consciences individuelles; qu'on nomme ce phénomène inconscient ou télépathie, c'est toujours étonnant de le rencontrer.
Ce qui m'a questionnée aussi, c'est de rencontrer"sans répit" et "ressasser" sous la plume d'un poète chinois : je me suis interrogée sur la traduction!