lundi 30 novembre 2009

Oui. Peut-être. .



Oui. Peut-être...De Yves Rocher.



Oui, le malheur du méchant nous satisfait ou nous indiffère moralement, puisque nous voulons croire que sa peine est le salaire de sa faute ! Qu’en revanche il puisse être heureux au moyen du mal qu’il inflige est moralement révoltant. Le malheur du premier pourra-t-il  le détourner de sa méchanceté ? Le bonheur du second risque-t-il de le confirmer dans son inclination à mal faire ? Parce qu’aucune justice providentielle ne sait invinciblement faire du premier un homme heureux de sa conversion à une bonté retrouvée, non plus que du second un homme malheureux de sa perdition dans une méchanceté confirmée, comment notre inquiétude morale pourrait-elle alors être apaisée ?

Essayons quand même, à partir des propositions suivantes…
Un homme heureux ne peut être méchant, car il n’aurait pas de raison de vouloir l’être, alors qu’un homme malheureux peut être méchant parce qu’il veut être heureux ; mais un homme ne peut être heureux en étant méchant, puisque s’il était heureux, il n’aurait nul motif à être méchant. C’est pourquoi on ne peut être méchant que si l’on est malheureux, et on ne peut être heureux en étant méchant.

Sophismes, mais au moins la morale est sauve !
Sophismes ?
De quoi le méchant peut-il être heureux ? Plus exactement : pourquoi sa façon d’être  heureux pourrait-elle démontrer qu’il n’est méchant que parce qu’il est malheureux ?
Le méchant jouit de la douleur d’autrui. Et il jouit de n’en être pas affecté. Accordons ces deux propositions.
On peut affirmer que : la vengeance satisfait le ressentiment ; la spoliation et l’appropriation satisfont l’envie ; l’acte d’humiliation satisfait l’appétit de domination (…)
-         Il faut au méchant trouver plaisir à la peine d’autrui et pourtant ne pas souffrir de sa souffrance.
-         Le méchant veut être heureux, or il n’obtient qu’une satisfaction.

Aussi ne doit-on pas dire que l’action du méchant n’est que partielle, et qu’elle est inadéquate ? Une réalisation inadéquate du désir peut s’appeler, avec Spinoza, passion, en tant qu’affect passif gouverné par la tristesse. La passion du méchant dépend d’une idée inadéquate (finalités illusoires dans l’imagination : « être heureux »), et mutilée (méprise sur la réalité des causes : « le bonheur d’autrui me prive d’être heureux »). Si la passion du méchant était réellement un acte, c’est-à-dire un affect en tant que mouvement même du désir, elle ferait naître plus qu’une excitation, mais réellement une joie.  De plus un tel affect en tant qu’acte ne pourrait se vouloir cause du malheur d’autrui puisqu’un tel malheur inspirerait, par agent de la puissance d’être affecté, une pitié dont, en tant que tristesse, il faudrait contradictoirement trouver la force de se garder. C’est pourquoi donc « celui qui est conduit par la Raison désire que le bien qu’il poursuit pour lui-même appartienne également aux autres » (Eth.IV, 73).  Et le malheur serait alors que la joie d’autrui ne puisse inspirer de la joie, mais ne suscite qu’une tristesse qui est cause de méchanceté.

Il faudrait en somme proférer que « la différence n’est pas mince […] entre le contentement qui mène l’ivrogne par exemple, et le contentement dont jouit le Philosophe.. » (Eth. III, 57) !

Le Philosophe déclare en conséquence que le méchant ne sait pas ce qu’est être heureux, en cette exacte mesure où ce méchant ne parvient pas à se savoir malheureux.
Et le Philosophe a vraiment craint le pire, mais croisant la tête de Goebbels, songeur il soupire encore : oui, quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console…


Y.R. 


  



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1 commentaire:

Noëlle Combet a dit…

Malicieuse et judicieuse analyse à l'arrière de laquelle éclate un hymne à la joie, à la manière du Spinoza que nous aimons...
Interrogation pour ma part sur la "réversibilité" des assertions philosophiques : j'avais lu à propos du Philosophe soupirant face à Goebbels : quand je me compare, je me désole; quand je me regarde, je me console...c'est à dire l'inverse de ce qui est écrit...et j'y trouvais un sens! quant à l'autre, ici comme miroir possible du mal au fond de chacun...ou quant à une contamination d'identification. Comme quoi...comme quoi...
Mais je préfère la conclusion réelle même si je me demande si, au bout du compte, les deux ne finissent pas par dire la même chose.