jeudi 25 février 2010

Revenante





La mémoire de ma peau se rappelle un verger
de papillons volant autour du chèvrefeuille
et le ciel se grisait.
Les pruniers portaient haut
les fruits
d’une lumière sucrée.
Sous mon poids assoupi,
L’herbe froissée ployait.

Mes yeux fermés reçoivent
la tiédeur de la brise
qui, encore aujourd’hui,
caresse mes images.
Revenante, l’enfance m’abrite comme un rêve.



              noco.


mercredi 17 février 2010

"De Pivoine et De Chardon". Suivi du poème "Le Manteau""







 Le beau texte que Tarek Essaker a édité sur sa page de Facebook et qu'il m'a autorisée à publier sur ce blog, dit la complexité de la vie, entre pivoine et chardon; violence et tendresse; aspérités et épanouissements, blessure et sensualité.
Merci Tarek.
Le poème que j'avais écrit la veille venait"comme par hasard" en résonance.
Qu'il en soit ici l'écho.




 De Pivoine et De Chardon

 Hier, à 00:33

" .....Ils ont édifié des murs pour célébrer à la fois leurs victoire, leurs blessures dans les nuages et leurs défaites sous l'étrivière du temps. Ils sont de ceux qui ont peur de leurs propres ombres ainsi que de leurs oublis " disait une vieille édentée. " Un mur qui n'est pas loin d'être mur. Plus aucun jour n'était à peine plus jour, plus aucun souffle n'était encore à peu près souffle comme quand le vent de nuit, tout à fait en oubli, finit par avoir raison de nos respirations, de nos rêves si rares et pudiques, de peur que nos ennemis ne craignent nos élans matinaux " disait-elle

Personne ne nous pétrira de nouveau, de fraîche glaise, de nouvelle terre et d'argile.
Finalement, qu'importe tout cela, à peine ose-t-on un rire muet depuis que personne n'ose nous approcher.

Mais à la lumière des saisons, l'ombre a pris l’habitude de côtoyer nos mauvais humeurs et nos fatigues ont appris à dresser des rires pour nos désespérances.
la vieille palestinienne disait "... que l'encre était la même au travers des saisons, mais la lumière trace onduleuse et serpentine, n'oublie les portails et les traits de nos mains.."

De nouveau on s'égare, de nouveau on respire, juste ce qu'il nous faut de tristesse au bord de la poussière, en cavale comme une eau furieuse, grande ouverte sur le néant sans vagues, sans traces de vies, sans chemin de filiation, comme un fuyard fatigué avant de s'abattre et espérer encore un hiver propice à ses fuites .

Encore l'hiver pour que puissent survivre les fuyards, silhouettes de plus en plus sombres et la buée sur les visages, de plus en plus livides. Quoi qu'il en soit et de plus loin, ils n'ont pour sommeil qu'une lampe qui veille et pour les rêves quelques graines qu'ils sèment par ci par là. Sillons et courbes venteux
tempêtent les rides brunes qu'on confond souvent avec l'argile de l'histoire.

Les yeux de plus en plus faibles, la vieille disait que quelqu'un tissait l'eau pour la paix qui viendrait. Encore pour un temps, ils lisaient cela dans la terre humide, dans le vent venu de ce noir des géographies mutilées, venu des mots comme joie, rire, conte, oiseau, papillon. Des mots comme froid éclat, absence, cauchemar, adieu. Cela pouvait briller sur les fronts, aux creux des mains, sur les peaux tachées de nœuds muets, des dos voutés de défaites, d'ombres secouées par les frayeurs.

Mais chaque jour est plus haut, non plus rugueux, plus rude, plus oblique, jusqu'au fond de ses moments d'intrigue. Toute joie est de plus en plus lointaine sur la couche froide de la terre
"soulève moi sur tes épaule " disait la peau-rouge palestinienne " lave moi le front et les yeux à l'eau de rose pour mieux rencontrer mes morts, arrache la pierre pour que la terre soit prête à l'idée de ma partance, soulève les moustiquaires et laisse aux abeilles la frénésie de la danse en l'absence des fleurs

les murs et les fleurs ne se côtoient pas dans la poussière où l'on déchire, où l'on arrache, où l'on sépare. Quelqu'un pourrait venir en silence et lenteur, lierait une pivoine à l'autre, un chardon à l'autre entre les étoiles, parmi les vagues. Comme il ne reste que le ciel et la mer et pour un peu et pour des prunes, quelques pierres, tous, se mêlent aux astres comme des météores plus terrassées qu'en apparence.

On voudrait que cela, plus loin que les ombres, plus haut que les murs, plus profond que la terreur, nous étreigne comme un simple vent au large d'un phare abandonné aux galets blancs et aux cygnes noirs affamés. Comme un bruissement frondeur de quelconques feuillages engourdis aux confins du sommeil. Le sommeil des enfants comme l'abstinence à l'appel d'une prière de trop, comme le chuchotement d'une colère dont rien ne peut retenir la bride faute de trop de silence, de ce peu de confidence dans les courbes des vents orgueilleux.

Un simple souffle, une respiration..une perdition légère sur les collines ce ce qui est encore tiède de la veille, en nous, en nos cœurs, en nos désirs les plus fugaces, secrets et intimes.

"La terre en compagnie des choses de la terre mêle les nuages aux sables et les étoiles aux dunes pour des châles d'errance et nous regarde désormais de loin à l'abri de nos peurs et craintes, disait la vieille, nous, qui sommes à la poursuite de nous- même parmi les tailleurs des pierres, parmi les sculpteurs des humanités et les faiseurs des frémissements et traces imperceptibles"

A peine ose-t-on l'entendre qu'elle se mêle déjà aux échappées des herbes, fragments pareils aux silences des pierres, aux blessures des distances, proche comme ce rien qui retient le mode..







Le manteau



Des baies rouges brillent dans les yeux du chat ;
la musique des grillons vacille.

La  nuit marche avec l’homme
se dérobe ;
elle est devenue noire et fermée comme un poing ;
la peau de l’homme frissonne, lui devient étrangère ;
la frontière, lointaine, le déserte,
s’éternise.
Une chaussure s’est perdue ;
il tend les bras vers des lumières oubliées,
tombe à genoux, s’allonge ;
la terre heurte son corps ;
son manteau glisse,
le quitte.
Les arbres se renvoient,
comme des balles, au  loin,
les hululements de la chouette.

On ne les entend plus ;
la terre s’attiédit et frémit ;
odeur de chèvrefeuille
l’aube a lampé la nuit.
Le chat s’est assoupi
sur le manteau.

noco.








jeudi 4 février 2010

Chemins perdus où trouver du bois avec Heidegger, Misrahi et le Tao.



La belle image heideggerienne des chemins perdus a, dans les lignes qui suivent, fonction de fil transversal accompagnant une promenade dans la pensée avec, mais aussi contre et au-delà de Heidegger ; la jouissance y sera approchée en tant que visée essentielle, au fil d’un  parcours, mettant en perspective, des textes et des points de vue en toute amicale « déconstruction »
« Déconstruction »aussi, dans la mesure où, m’appuyant à plusieurs reprises sur l’ouvrage de Misrahi « La jouissance d’être », je n’en ai retenu que ce qui m’y est apparu comme mon « bien », sans me contraindre à une lecture exhaustive, voire contradictoire en ce qui concerne certains des  autres points abordés. Ce parcours m’a ramenée à Spinoza, la plupart du temps, car Misrahi tire la dernière partie de l’ «Ethique »du côté d’une liberté qu’elle contient en germe.
« L’origine est devant nous », écrivait Heidegger.
Et si l’un des noms de cette origine future était Spinoza ?



Dans la métaphore heideggerienne, les chemins du bois ne sont pas des impasses.

Pourquoi avoir traduit « Holzwege » de Heidegger par « Chemins  qui ne mènent  nulle part » ?
Holzweg,  en  allemand, désigne littéralement un « chemin du bois ». Holz, c’est le bois forestier mais surtout le matériau, le bois que l’on récolte.
Les Holzwege sont ces sentes mal frayées, empruntées par les bûcherons, les forestiers, les gens modestes en quête de bois de chauffage.
Ils se perdent dans les broussailles et, croyant en reconnaître un, le plus souvent, on se trompe.
Comme ce chemin n’a pas de ligne déterminée, il en est venu à signifier vers le XVème siècle, chemin qui se perd, faux chemin ; mais il n’est  généralement utilisé dans ce sens qu’au singulier et précédé d’un article défini (« auf dem Holzweg sein » : faire fausse route).
Pas d’article dans le titre proposé par le philosophe et un emploi au pluriel.
N’aurait-il pas mieux valu conserver l’ambiguïté du titre allemand ?
En effet, rien n’indique qu’il s’agit de « faux » chemins.
L’on ne va certes, les parcourant, vers aucune destination prévue d’avance. Il s’agit d’une voie que l’on trace parce qu’on la suit.
Premier détour taoïste.
On peut penser au Dao, cette indiscernable voie de la sagesse chinoise, tel que l’évoque Lao Tseu :
Il est fuyant et insaisissable.
L’accueillant, on ne voit pas sa tête,
Le suivant, on ne voit pas son dos
.
    Ce chemin indiscernable qui nous mène, qu’est-ce qui nous fait en chercher et en même temps en dessiner le tracé ? C’est que, justement, il est loin de ne mener nulle part ; le « quelque part » rencontré, lorsque l’on y chemine « à l’aveuglette » diraient les occidentaux,  « au gré », diraient les taoïstes a la forme d’un objet que l’on désire, le Holz du bois coupé ou à couper.



Le  «Désir-sujet».

Le  Désir, donc, nous guide ; octroyons-lui la majuscule pour indiquer sa signification la plus large : cette fonction d’activation qui est la sienne.
Le Désir peut être considéré comme élan dynamique plutôt que manque auquel on le réduit souvent.
Mouvement actif qui constitue chacun de nous dans sa singularité de sujet, il nous met en chemin vers notre Holz. Disons qu’il apparaît comme notre élément constitutif le plus fondamental : l’effort pour persévérer dans notre être, comme le définit Spinoza, et y trouver la joie dans la potentialité d’une rencontre avec nos objets.
 Ces objets, ce bois qui nous permettra d’éclairer et réchauffer nos vies ont de multiples formes selon chacun : Heidegger y a rencontré les chaussures de Van Gogh , la parole d’Anaximandre, le dire poétique pour n’évoquer que quelques unes de ses trouvailles.
Mouvement de mise en route, le Désir est donc un acte, un acte de vie.



L’intuition anticipée de la jouissance :

Le Désir anticipe une jouissance qui a déjà fait l’objet d’une expérience et que l’on souhaite intensifier.
La certitude de cette jouissance pourrait être définie comme «connaissance du troisième mode » selon Spinoza,  c'est-à-dire connaissance intuitive, intuition que l’on a de soi comme potentielle plénitude dynamique, capacité à goûter la «jouissance d’être».
Mais cet être là se situe en nous, dans une immanence, et y adhérer mène à questionner la distinction heideggerienne entre l’Etre et l’étant car l’être en lequel nous nous efforçons de persister est d’existence plutôt que de transcendance.


 Deux destins de la liberté : l’incohérence ou la conversion.

Tout irait bien sans les « passions tristes », celles qui conduisent au mal, selon Spinoza,  dynamique mortifère et non plus vitale dans la mesure où les éléments qui sont les constituants de notre corps et donc, en même temps, de notre esprit qui l’enveloppe, y perdent leur cohérence.
C’est cette désorganisation que, loin de toute morale, Spinoza nomme le mal.
Elle ne peut engendrer autre joie que mauvaise : acte contre soi, acte contre l’autre. Son fruit est la douleur.
 Or, il est bien évident que ce n’est pas la douleur que veut, en général, réaliser le Désir car sa visée consciente est une plénitude.
Si la douleur advient, c’est que, (pour reprendre la pensée de Misrahi, lecteur de Spinoza, dans « La Jouissance  d’Etre »), la liberté du Désir s’est trouvée entravée.  Libre pourtant, dans la mesure où elle est élan spontané, elle reste prise dans la dépendance d’un premier état du Désir.
Pour que le Désir soit instituant, en tant que «puissance d’agir» menant à la joie, il est nécessaire que la dépendance dans la liberté qui caractérise la seule spontanéité, puisse, par l’intermédiaire d’une conversion, se retourner en une liberté dans l’indépendance, selon  les termes de Misrahi.
Cela se produit lorsque le Désir, se distançant de son antériorité se fait, dans une rétroversion, réflexion sur soi, extension de la conscience sans pour autant cesser d’être Désir.


Au commencement, une quasi conscience : le visage.

La spontanéité, expression de l’élan vital, Misrahi, dans une approche qui se démarque des théories de la pulsion, estime qu’elle porte déjà en elle une sorte de premier degré de la conscience. 
Cet angle de vue, permet de mettre en perspective des appréciations différentes de la construction de l’humain et a le mérite de nous inviter à la réflexion sur ces points, réintroduisant de la «dispute» au sens médiéval entre adeptes et détracteurs de la pulsion «acéphale» telle que la qualifie Lacan.
La théorie d’une pulsion aveugle mène à une conception négative (religieuse ?) de la jouissance.
Pour Misrahi, par contre, il y a déjà prémisse et trace de conscience dans le surgissement originaire du Désir ; l’indice en est évident dès la naissance, ce dont témoignent les mimiques et expressions d’un visage répondant à son entourage. Cette expressivité serait l’interface entre l’organique et le conscient. Donc, dès le commencement, Désir déjà, et non pulsion aveugle exclusivement.


La sortie de crise par la liberté.

Tentons de faire jouer ici l’analyse de Misrahi.
La conversion, métamorphose du Désir, sera, lorsqu’elle est choisie, génératrice de liberté dans les processus intéressant l’individu aussi bien que les collectivités.
Spinoza disait déjà que la « passion triste », celle qui entraverait la liberté, la maintenant dans une «connaissance du premier mode», c'est-à-dire immédiate, était active autant que passive en tant que porteuse d’une éventuelle nécessité de renversement : le Désir ne pouvant être que de joie, il se met nécessairement en doute quand il débouche sur la douleur ou l’intolérable.
La « crise », caractérisée par la souffrance porte en elle la recherche potentielle d’une issue du côté de la joie.
 C’est pourquoi Misrahi  parle de conversion en tant que «sortie de crise», accès élargi à la conscience et choix d’une liberté autre que la seule spontanéité. La  liberté nouvelle, acquise dans cette mutation peut nous ouvrir à la jouissance  de soi et du monde très loin d’une complaisance au pessimisme et au tragique.
Liberté personnelle  qui nous fait aussi désirer la partager collectivement ; de cet éventuel partage, «démocratie» serait une appellation.
Nier la possibilité de cette liberté pour chacun serait  porter un coup à la démocratie à venir.



Le Désir comme éthique.

Guidés  sur nos Holzwege par l’énergie vitale du Désir, nous trouvons notre plénitude dynamique dans la joie, que ce soit joie d’orgasme, joie d’amour ou joie de connaître ; dans le plaisir de l’art ; la contemplation de la nature ; la bienvenue des rencontres ; la douceur d’un babil d’enfant, la jouissance poétique ; l’effort de participation à une progression de l’humain.
Certes nous connaissons les chutes et les rebroussements. Le Désir nous remet sur nos pieds et en appétit.
Ce Désir est notre moteur existentiel : acte d’être ou être en acte dans l’enveloppement du corps par l’esprit. Je désire, donc je suis.
Nous dégageant des broussailles, nous ouvrons nos pistes, poussés par nos désirs singuliers,  à persister dans notre être et à en avoir jouissance : nombreux sont les objets que nous pouvons trouver aptes à devenir fagots pour nous chauffer, réchauffer, éclairer.
La  défaillance de l’acte désirant peut nous aveugler au point de nous faire méconnaître nos objets, d’abandonner le Désir en chemin et de nous installer dans une pure passivité.
 Pourtant, les moments de retrait, ceux où, dans le suspens de l’acte, nous laissons venir de nouvelles potentialités  ne sont pas de l’ordre de cette défaillance ; ils appartiennent encore au Désir dans la mesure où l’activité est préalablement intérieure et non obligatoirement agie.
Ces moments-là, on peut les considérer comme faisant encore partie du désir : ils en sont le négatif actif, celui d’une attente porteuse de développement ; et le vide provisoire qui s’installe en nous est encore de l’ordre d’une activité : attente intuitive, pressentiment, de ce qui se prépare d’autre, dans le champ du Désir.
Deuxième détour taoïste.
C’est  la conception du processus, inhérente au taoïsme, qui se présente comme la plus adéquate à définir le Désir dans son balancement : tantôt potentiel, tantôt réalisé.
  Nous  pouvons nous asseoir sur nos chemins, nous endormir, rêver, dans l’intuitive assurance que la jouissance, au bout de notre élan désirant et en dépit de, ou grâce aux déceptions et renoncements, peut, dans le pas amorcé au-delà d’eux,  être trouvée et/ou retrouvée ; rien ne serait si faux ni si coûteux que de le nier.


Que faire du tragique ?

A coup sûr, si nous privilégions le Tragique par rapport au Désir ou si nous amalgamons l’un à l’autre, il est inutile d’emprunter les « Holzwege ». Nous ne saurions rien y récolter.
Le «Tragique » nous concerne tous, mais il ne nous est pas impossible de trouver en nous la liberté et les moyens de le circonscrire là où nous le rencontrons ; de le combattre, afin qu’il vienne, le moins possible, barrer les chemins du Désir.
Misrahi, dans un entretien, raconte comment, à l’extrême bord du suicide, il a définitivement fait le choix de la « jouissance d’être ». Conversion : renoncé, élaboré, travaillé, épuisé, le Tragique s’est métamorphosé pour lui en Désir, en joie existentielle et donc, progressivement, en familiarité avec la pensée et en théorie de la jouissance en ses premiers et second degrés, débouchant sur la conceptualisation  d’une possible liberté individuelle et collective.
Le même Misrahi avait jeté son étoile jaune dans la Seine, déclarant qu’il serait juif quand et comme il le voudrait.


Point de vue politique.

On dira qu’il s’agit d’une utopie mais elle passe par l’expérience personnelle et par des engagements, ce qui, l’inscrivant dans la réalité, lui donne sa crédibilité.
Optimisme ? Comment, sans une telle perspective, l’humanité pourrait-elle progresser, trouver ses Holzwege » se métamorphoser ? Se métamorphoser nécessairement pour dépasser les événements tragiques qui la caractérisent actuellement et, vraisemblablement, l’attendent encore.
Et, en chemin, l’éclat des lucioles
« Survivance des lucioles» de G. Didi-Huberman affirme la possible résistance de nos libertés personnelles et collectives, et donc de nos désirs, dans nos refus affirmés des oppressions.
                      On peut se dire que les lucioles qui représentent ces libertés et ces jouissances, n’auraient disparu qu’aux  yeux de ceux qui ne se risqueraient pas  à les chercher sur les Holzwege.
G. Didi-Huberman interroge :


Et d’abord, les lucioles ont-elles vraiment disparu ? Ont-elles toutes disparu ? Emettent-elles encore-mais d’où ?-leurs merveilleux signaux intermittents ? Se cherchent-elles quelque part, se parlent-elles, s’aiment-elles malgré tout, malgré le tout de la machine, malgré la nuit obscure, malgré les projecteurs féroces ?[…]
Quelques unes sont tout près de nous, elles nous frôlent dans l’obscurité. 


Sur nos chemins creusés par le Désir, dirigeons-nous vers les lucioles, allons vers nos jouissance et nos joie en tant que buts existentiels, dans un élan de vie dont pourrait bien dépendre ce qui, abusivement encore, se nomme démocratie.
            

Avec et au-delà des errances, la « jouissance d’être ».

Nos Holzwege serpentent, disparaissent, ressurgissent sous nos pas qui les tracent. Les lucioles, tantôt brilleront, tantôt s’éteindront ; la jouissance et la joie seront rencontrées ou se volatiliseront sur ces chemins ; elles en restent néanmoins  la nécessaire visée
Même les échecs serviront à notre marche car cheminer vers la joie est un acte intérieur, à notre portée selon Spinoza : il consiste en la métamorphose en formes actives des formes passives du Désir dont résulterait la tristesse comme fondement existentiel :
Qui commence d’aimer la chose qu’il hait ou a accoutumé de considérer avec tristesse, il sera joyeux par cela même qu’il aime, et à cette Joie qu’enveloppe l’Amour, s’ajoute celle qui naît de […] l’effort pour écarter la tristesse enveloppée dans la Haine.(Troisième partie de l’ « Ethique »)
Il s’en déduit que notre liberté, c’est la recherche intérieure de notre Holz, chemin personnel, cheminement choisi vers cette jouissance d’être évoquée par Misrahi, après Spinoza, mouvement constitutif de notre réalité individuelle et collective.
Ce chemin que nous ne voyons pas distinctement est le nôtre, le sinueux dessein (et dessin) de nos trouvailles, de nos rencontres avec nous-mêmes, et, simultanément, avec les autres.


Codicille poétique.

Terminons en poésie avec Antonio Machado et son image d’un tracé personnel : No hay camino,es caminando que encontraremos nuestro camino.








Cheminant, là sont tes traces, le chemin, et rien de plus ; cheminant, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. [A.M.]


N.C. 








La référence à Machado et l’illustration sont empruntées avec l’accord de Vincent Lefèvre, à son blog Caminante sur lequel ce texte est publié autrement avec une autre illustration et une proposition de cheminement musical.