mercredi 17 février 2010

"De Pivoine et De Chardon". Suivi du poème "Le Manteau""







 Le beau texte que Tarek Essaker a édité sur sa page de Facebook et qu'il m'a autorisée à publier sur ce blog, dit la complexité de la vie, entre pivoine et chardon; violence et tendresse; aspérités et épanouissements, blessure et sensualité.
Merci Tarek.
Le poème que j'avais écrit la veille venait"comme par hasard" en résonance.
Qu'il en soit ici l'écho.




 De Pivoine et De Chardon

 Hier, à 00:33

" .....Ils ont édifié des murs pour célébrer à la fois leurs victoire, leurs blessures dans les nuages et leurs défaites sous l'étrivière du temps. Ils sont de ceux qui ont peur de leurs propres ombres ainsi que de leurs oublis " disait une vieille édentée. " Un mur qui n'est pas loin d'être mur. Plus aucun jour n'était à peine plus jour, plus aucun souffle n'était encore à peu près souffle comme quand le vent de nuit, tout à fait en oubli, finit par avoir raison de nos respirations, de nos rêves si rares et pudiques, de peur que nos ennemis ne craignent nos élans matinaux " disait-elle

Personne ne nous pétrira de nouveau, de fraîche glaise, de nouvelle terre et d'argile.
Finalement, qu'importe tout cela, à peine ose-t-on un rire muet depuis que personne n'ose nous approcher.

Mais à la lumière des saisons, l'ombre a pris l’habitude de côtoyer nos mauvais humeurs et nos fatigues ont appris à dresser des rires pour nos désespérances.
la vieille palestinienne disait "... que l'encre était la même au travers des saisons, mais la lumière trace onduleuse et serpentine, n'oublie les portails et les traits de nos mains.."

De nouveau on s'égare, de nouveau on respire, juste ce qu'il nous faut de tristesse au bord de la poussière, en cavale comme une eau furieuse, grande ouverte sur le néant sans vagues, sans traces de vies, sans chemin de filiation, comme un fuyard fatigué avant de s'abattre et espérer encore un hiver propice à ses fuites .

Encore l'hiver pour que puissent survivre les fuyards, silhouettes de plus en plus sombres et la buée sur les visages, de plus en plus livides. Quoi qu'il en soit et de plus loin, ils n'ont pour sommeil qu'une lampe qui veille et pour les rêves quelques graines qu'ils sèment par ci par là. Sillons et courbes venteux
tempêtent les rides brunes qu'on confond souvent avec l'argile de l'histoire.

Les yeux de plus en plus faibles, la vieille disait que quelqu'un tissait l'eau pour la paix qui viendrait. Encore pour un temps, ils lisaient cela dans la terre humide, dans le vent venu de ce noir des géographies mutilées, venu des mots comme joie, rire, conte, oiseau, papillon. Des mots comme froid éclat, absence, cauchemar, adieu. Cela pouvait briller sur les fronts, aux creux des mains, sur les peaux tachées de nœuds muets, des dos voutés de défaites, d'ombres secouées par les frayeurs.

Mais chaque jour est plus haut, non plus rugueux, plus rude, plus oblique, jusqu'au fond de ses moments d'intrigue. Toute joie est de plus en plus lointaine sur la couche froide de la terre
"soulève moi sur tes épaule " disait la peau-rouge palestinienne " lave moi le front et les yeux à l'eau de rose pour mieux rencontrer mes morts, arrache la pierre pour que la terre soit prête à l'idée de ma partance, soulève les moustiquaires et laisse aux abeilles la frénésie de la danse en l'absence des fleurs

les murs et les fleurs ne se côtoient pas dans la poussière où l'on déchire, où l'on arrache, où l'on sépare. Quelqu'un pourrait venir en silence et lenteur, lierait une pivoine à l'autre, un chardon à l'autre entre les étoiles, parmi les vagues. Comme il ne reste que le ciel et la mer et pour un peu et pour des prunes, quelques pierres, tous, se mêlent aux astres comme des météores plus terrassées qu'en apparence.

On voudrait que cela, plus loin que les ombres, plus haut que les murs, plus profond que la terreur, nous étreigne comme un simple vent au large d'un phare abandonné aux galets blancs et aux cygnes noirs affamés. Comme un bruissement frondeur de quelconques feuillages engourdis aux confins du sommeil. Le sommeil des enfants comme l'abstinence à l'appel d'une prière de trop, comme le chuchotement d'une colère dont rien ne peut retenir la bride faute de trop de silence, de ce peu de confidence dans les courbes des vents orgueilleux.

Un simple souffle, une respiration..une perdition légère sur les collines ce ce qui est encore tiède de la veille, en nous, en nos cœurs, en nos désirs les plus fugaces, secrets et intimes.

"La terre en compagnie des choses de la terre mêle les nuages aux sables et les étoiles aux dunes pour des châles d'errance et nous regarde désormais de loin à l'abri de nos peurs et craintes, disait la vieille, nous, qui sommes à la poursuite de nous- même parmi les tailleurs des pierres, parmi les sculpteurs des humanités et les faiseurs des frémissements et traces imperceptibles"

A peine ose-t-on l'entendre qu'elle se mêle déjà aux échappées des herbes, fragments pareils aux silences des pierres, aux blessures des distances, proche comme ce rien qui retient le mode..







Le manteau



Des baies rouges brillent dans les yeux du chat ;
la musique des grillons vacille.

La  nuit marche avec l’homme
se dérobe ;
elle est devenue noire et fermée comme un poing ;
la peau de l’homme frissonne, lui devient étrangère ;
la frontière, lointaine, le déserte,
s’éternise.
Une chaussure s’est perdue ;
il tend les bras vers des lumières oubliées,
tombe à genoux, s’allonge ;
la terre heurte son corps ;
son manteau glisse,
le quitte.
Les arbres se renvoient,
comme des balles, au  loin,
les hululements de la chouette.

On ne les entend plus ;
la terre s’attiédit et frémit ;
odeur de chèvrefeuille
l’aube a lampé la nuit.
Le chat s’est assoupi
sur le manteau.

noco.








3 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Qui s'assemblent se ressemblent... et deux mieux font plus qu'un meilleur...

Noëlle Combet a dit…

Tarek Essaker a commenté votre article « Le manteau » :

« " La nuit marche avec l'homme" "..la frontière, lointaine, le déserte, s'éternise." "..la terre heurte son corps.." " L'aube a lampé la nuit."......".Des baies rouges..son manteau..le quitte." .Comment dire..à tout instant une joie (est-ce le mot exact..) indicible et une tristesse intraduisible.....Parole ou silence ou les deux à la fois..tenant à la narration par leur profondeur et leur énigme...enclos vague de quelques traces..empreintes...souffle si calme et inquiet...(pas si inquiet que ça ..)une inquiétude allégée...Merci Noëlle pour cette quintessence..cette pudeur..dans si peu de mots...j'ai osé commenter sas vouloir m'immiscer trop...je suis plutôt auteur...à défaut d'autre chose. Un si beau texte. »

Noëlle Combet a dit…

Oui, Vincent, et vous êtes l'artisan, mieux, l'artiste de l'"assemblage".
Soyez-en remercié!