mardi 16 mars 2010

Nous compter, c'est compter sans nous.





Ces considérations font suite à l’échange du vendredi 12 mars dont il est question ci-dessous.



[Le vendredi 12 mars, à peu près 200 personnes se sont retrouvées lors de la 3e réunion publique de L’Appel des appels 33, avec Christian Laval, coordinateur de l’ouvrage L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences et des intervenants d’Orange, du monde de l’éducation et du secteur culturel. Les interventions et les débats furent aussi riches que chaleureux.]



On  nous compte, on compte avec nous : c’est compter sans nous, car évaluations, quotas, statistiques, tous ces chiffres neutralisent nos données intimes.
Nous comptant, on nous prévoit, on nous inscrit dans une temporalité fictive.
Le chiffre nous contrôle, anticipe, supprime le devenir ; ses projecteurs nous surexposent.
Nous voilà totalisés, téléguidés : « mon chemin est tout tracé » proclame une publicité de GPS ; énoncé pervers en lequel le « moi » devient « tous» et où aucune piste personnelle ne serait à ouvrir.
Le « on » contamine le « je ».

Il nous faut entrer en résistance fût-ce contre nous mêmes, recréer, contre le pessimisme qui nous gagne, un vivier de nos singularités, un «nous» démarqué du «on».
Désirs intermittents, rêves clignotants, savoirs clandestins de nos imaginaires, liens qui libèrent, marginalités fugitives, éclaboussements poétiques résistent comme ces lucioles dont Georges Didi-Huberman proclame la survivance*.
Emiettant les lumières trop vives de la modernité, elles allument dans nos nuits des contre-feux ; oui, elles ont décliné mais n’ont disparu, ne se sont éteintes qu’aux regards de ceux qui ne les cherchent plus.  

Noëlle Combet.

*Georges Didi-Huberman « Survivance des lucioles » Editions de Minuit.




Annonce : La deuxième édition- papier de la revue "Temps Marranes" vient d'être publiée.


 



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