mardi 16 mars 2010

Une tresse... peut-être.

Pour Vincent et Tarek.


Avec l’accord de Tarek.


Dans « Tarek Essaker », il y a tresse, sac et ressac, caresse.
Une marraine a soufflé sur ce nom une brise de poésie.
Une tresse s’est tissée entre ses mots et les miens, tresse à faire et défaire la détresse… y croiser de nouveaux brins, peut-être.
Car 1+1 ne font pas seulement 2 ;  ils font aussi 3 ; au-delà des deux éléments, il s’en constitue un troisième. C’est dire qu’un rapport existe indépendamment des termes qui le constituent. Ce «troisième » qui  excède chacun est singulier. Essayons.




Par simplification on appelle tresse à \, n brins un élément de \, B_n.
Théorie des tresses.



Ils ont édifié des murs pour célébrer à la fois leurs victoires, leurs blessures dans les nuages disait une vieille édentée…
Et le poète écrivait : penser c’est « chercher une phrase ». Les phrases ouvrent des brèches… Mais il arrive qu’elles se perdent… les phrases ;  leur absence fait table rase et dérision lorsque l’amour déchoit et que la pensée meurt au pied des murs infaillibles.


Il est difficile de parler d'écrire parler est donc difficile porter ce qui ne fait qu'encore plus vrai ces premiers pas et leurres ce qui perdure et célèbre ces portes insaisissables mystérieuses bruissement qui déchire ces ombres ces distances ces bruissements contre et avec le vent À présent parler c'est difficile près d'un arbre blessé plutôt non je préfère l'herbe qui pousse sauvage à l'horizontale partout et parmi la beauté vieillissait loin de nos convenues paresses sous nos mains bâillent les nuits et crayonne l'errance jaseurs un ruisseau en moi un trajet lignes dessiner ce jardin effleurer les  effluves des giroflées lumineuses gradations je ne connais pas l'accord devenir liberté.


« Ils sont de ceux qui ont peur de leurs propres ombres ainsi que de leurs oublis » disait la vieille  Elle disait que l'encre était la même au travers des saisons, mais la lumière trace onduleuse et serpentine, n'oublie les portails et les traits de nos mains  Et à la chute des murs, elles reviendront, les phrases, avec les mots mêlés des lettres en attente avec l’amour vécu-rêvé et le parfum des orangers dans les nuits bleues.



« La terre en compagnie des choses de la terre mêle les nuages aux sables et les étoiles aux dunes pour des châles d'errance et nous regarde désormais de loin à l'abri de nos peurs et craintes », disait-elle.
Encore l'hiver pour que puissent survivre les fuyards, silhouettes de plus en plus sombres.
La  nuit marche avec l’homme, puis l’abandonne ; elle est devenue noire et fermée comme un poing ; sa peau frissonne, lui devient étrangère. Il tend les bras vers des lumières oubliées, tombe à genoux, s’allonge ; la terre heurte son corps, son manteau glisse, le quitte
Possibilité inépuisable des fuites dans la légèreté inouïe des cendres ombrant les traces, cendres  ouvreuses des feuillets de l’air.


Si si éraflures, figures où se rêve tout lieu, disait elle, tout cela me revient. N'est-il qu'un rêve, il se brisera très vite. Ma mémoire s'effiloche peu à peu. Il y aura peut-être, un temps, un jour, un nuage qui nous élira pour domicile pour être ce qu'on désire 
On apprend à danser la nudité des lieux et des temps pour dire la préséance de la douleur ou de la joie, de cambrure en défaite, d'insoumission à des serments de brèves bâtardises.
Et la pensée, en poésie, dansa, dansa la charnelle humanité, la tendre heure des visages. Elle contredansa la stridence de la surdité des guerres et des haines, la biglerie de l’homme dressé contre soi.
Elle dansa, dansa, lait de folle avoine des étés, babil d’oiseaux, arythmie, part du diable  brisante de musiques convenues.
Je marche "en rêve" sur les sables, plus haut plus loin plus en oblique.
Elle dansa sucre amer, jusqu’aux nuages d’horizon, s’en fit manteau à rester assise dans l’oubli.

« La terre en compagnie des choses de la terre mêle les nuages aux sables et les étoiles aux dunes pour des châles d'errance et nous regarde désormais de loin à l'abri de nos peurs et craintes, redisait la vieille, nous, qui sommes à la poursuite de nous- même parmi les tailleurs des pierres, parmi les sculpteurs des humanités et les faiseurs des frémissements et traces imperceptibles ».
Et puis vogue galère au milieu de méandres qui noient les territoires pourrissants
de nos apocalypses ; mémoire cellulaire ; empreintes qui inscrivent retours aveugles
aux voûtes commençantes pour que se creuse à terme cette place immobile,
indélébile,
infiniment,
dans la vallée des morts
où se défait,
en majesté,
le corps des lettres…
Cet instant nu,
qu’il faudra bien quitter,
les contient tous ;
et l’ibis, de son pas régulier,
Inscrivant la coudée sur les berges du Nil,
dessine la mesure d’un savoir oublié.


 Vois-tu, recueille les youyous, disait-elle, les cris des oiseaux, les rires hilares des enfants, les murmures des sentiers, les balbutiements de ce qui ne se dira, ne se partagera. Y aurait-il des amandiers qui habiteront les mots ? Y aurait-il des orangers qui habiteront les silences ? Y aurait-il des dos qui se cabreront par tant d'oubli ? 



Tu es un grain de cette humanité mêlée
Battue des fléaux, passée au tamis, féale de l’expérience,
Et, le soir, encore au seuil
De tes images, de ta mémoire et de tes lèvres,
tu trembles
de désir et de peur,
dans cette humanité
indiscutable comme
couleur rouge
indiscutable et vive argent
entre terreur et
commencements.


Il est difficile de parler d'écrire, redisait le poète. Parler est donc difficile porter ce qui ne fait qu'encore plus vrai ces premiers pas et leurres ce qui perdure et célèbre ces portes mystérieuses bruissement qui déchire ces ombres ces distances ces bruissements contre et avec le vent À présent parler c'est difficile près d'un arbre blessé plutôt non je préfère l'herbe qui pousse sauvage à l'horizontale

N.C.




Ce texte métisse plusieurs écrits :

Parler est difficile. (2010)
Lenteur. (2010)
De pivoine et de chardon. (2010)
De chars et d’amandiers. (2010)

Noëlle Combet :
Le manteau. (2010)
Inconnaissance. (2009)
Encres de sable. ((2007)
Passages. (2008)
Grain d’humanité. (2007)


2 commentaires:

Noëlle Combet a dit…

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Tarek Essaker 16 mars, à 23:04

Chère Noëlle...bon soir...j'ai eu connaissance de .." tresse "...l'ai lu..envie de le relire...de faire haltes...connexions...tournées vers des tentatives...à recevoir constamment des modifications..des pas...incertains..démontables..à entrées plusieurs...tresse..tracé..trace..multiples..tables ouvertes et rêvées...cartes et géographies souterraines...mots ou nous avons erré...ou nous nous sommes retrouvés..s'il y a lieu de l'être...aux clairières démontables..au cœur des près..s'épandant...s'épanchant.. pour naître à ce qui calligraphie nos démesures et nous peint ..au sein d'un devenir..du monde comme en son dehors...l'herbe n'attend pas...
Merci en tout cas pour ce travail ...rigoureux...fastidieux...Ravi





Merci à vous, Tarek : en même temps que le beau soleil de cette matinée, je découvre votre message chaleureux, poétique, comme d'habitude.
Je le publie dans les commentaires de mon blog.
Vous appartenant en partie,Il reste à votre disposition et, bien sûr à celle de Vincent, pour tout usage souhaité..

Noëlle Combet a dit…

Vincent, je trouve cette illustration très adéquate, appropriée à ce qu'il en est et du 1 et du 2 et du 3 dans la confection d'une "tresse".
Je vais aller voir du côté de la théorie des tresses.
Merci.