dimanche 30 mai 2010

Odeur de glycine...et puis...De danse et glycine.



Les étoiles glissent,
filant la nuit,
lissant mes rêves très très lentement…
à la mesure des coudées de mon cœur …qui va…
au gré des hippocampes et licornes obscures.
Des oiseaux prédateurs planent,
fondant d’un coup en leur disparition.
Tiens ! Ta silhouette elliptique
s’estompe et revient au loin…
Que  fais-tu donc, abandonné
en ce recoin de mémoire oublieuse
où les araignées, traceuses de subtilités,
dentellières inlassables, sécrètent une  duplicité nacrée ?
Tu me fais signe…
Je reviendrai bientôt, dis-je en passant,
agitant le mouchoir de mes chagrins mouillés…

Un cri d’enfant me rappelle à l’éveil…
Le chat… s’étire longuement…tout au bout d’un ronron.
Bientôt se déversera
la litanie des affaires du monde.
La terre, cette nuit comme toutes,
n’a cessé  de tourner autour des paradoxes.
Laissons cela, pour l’heure…
Sentez-vous… là, dehors…cette odeur de glycine…



ET

En mots mêlés  à ceux de Tarek Essaker (« Danse en quatre temps »)

De danse et glycine.




Les étoiles glissent, filant la nuit, lissant mes rêves très très lentement… à la mesure des coudées de mon cœur …qui va au gré des hippocampes et licornes obscures…
Pour partir en danse ou en transe, dit-on, il faut sortir de la terre. Juste des entités en mouvement, en zigzag, flottant, prenant leur envol… tracés brisés vers les toits du monde… 
Des oiseaux prédateurs planent, fondant d’un coup en leur disparition.
A quoi rêve une colère conspirant d'autres colères comme la révolte vendangeant d'autres révoltes? 


Tiens ! Ta silhouette elliptique qui s’estompe et revient au loin…
 Cette fois -ci, chemins, êtres et choses, sensations et images, signes et reflets, ombres et silhouette, tout s'invente, à travers figures, écorchures, éclatements, chocs et brèches. 
Que  fais-tu donc, abandonnée en ce recoin de mémoire oublieuse où les araignées, traceuses de subtilités, dentellières inlassables, sécrètent une  duplicité nacrée ?
Des corps opèrent en silence, œuvrent, tissent, s'exilent, entrent et sortent de leurs histoires comme autant de chances lumineuses et infinies 
Tu me fais signe…Je reviendrai bientôt, dis-je en passant, agitant le mouchoir de mes chagrins mouillés…

Un cri d’enfant te rappelle à l’éveil…Le chat… s’étire longuement…tout au bout d’un ronron.
 Maintenant que tu te réveilles, me dit-on, souviens-toi de la lenteur. Une lenteur un peu vite dite, sous nos yeux, en nous, traîne comme une langueur, sans mesure. Tout y est, attendu, caché, proche, intime… tout tend à venir, attendu ailleurs comme entre deux poèmes ou deux averses. Lenteur à cueillir poussière, sable, douceur, colère la nuit, paupières le jour. Fraîcheur, revenir à l'herbe.

Bientôt se déversera la litanie des affaires du monde. La terre, cette nuit comme toutes, n’a cessé  de tourner autour des paradoxes.

Mais laissons cela, pour l’heure…
Ne sens-tu… là, dehors…cette odeur de glycine ?

Trek/ noco.





Quelques extraits d’un échange de messages en résonnance sont publiés dans les « commentaires ».





jeudi 27 mai 2010

Concerto; deuxième édition... augmentée d'un "en regard"

Une histoire s’élance jusqu’au-delà d’elle-même,
se poursuit, se dépasse, se devance,
se gagne à tous les temps et modes,
plie aux vents mêlés
de multiplicités diffuses,
se glisse entre les cordes
d’un vieux stradivarius...  
Au grenier, près du mur,
sur les bords du gibus étoilé d’araignées,
maintenant tout crotté,
l’hirondelle a niché.
La voilà qui s’envole
par la lucarne ronde…    
Un cerf-volant bleu
rejoint les nuages ;
l’ayant lâché
le vieil enfant joueur,
s’en ressaisit
dans la note haute et longuement tenue
du stradivarius.
noco
En regard
 
                                                                                                                        
                                                                                                                
Comme de tout temps, tout s'emmêle, s'en va éparpillé ci et là… la nuit ou le jour… ou ni l'un ni l'autre… Tout s'embrouille, tenaille, en marche, de loin en proche ou nulle part… s'annule ailleurs… se trouve soudain… titubant comme nonchalant… Souvent… il ne se passe rien… sans bruit… tout le long des touffes de respirations ou de pensées… le long du trop plein en nous… jusqu'à confondre le roulement du vide. Le long des ailes des hirondelles de saison… le reste d'un frisson infirme… Le son d'un stradivarius fugueur vient hérisser la fin d'un printemps souvent lassé de ses nuits moqueuses… en nous les désirs viennent à se refuser…
 En même temps que d'autres bruits tels les oiseaux frénétiques… l'endroit d'où provient cette musique importe peu comme pour tremper le temps et nous conter ce que nous avons été… Peut-être… ne nous a-t-il jamais quitté après avoir élu domicile en notre mémoire… lointaine… enfance… ancestrale… avec quelle ouïe parvenir à le saisir?… Qu'importe… lucarne et grenier… ne sont-t-ils pas là pour caresser une chevelure aussi vieille que les mains de l'enfant au cerf-volant… L'hirondelle tenait la vie par ses ailes et entend jouer la mer, les plaines ou le vent qui passe en secrètes berceuses… de sa niche… enfin l'œil fermé… la voici frémir au son du violoncelle… accompagné du chant venteux du cerf-volant… Puisse tout être durable… immobile… grave et léger… bien plus calme… non point tourmenté… en tabernacle ou tabatière… où l'on croirait mâcher l'oubli… 
Un cerf-volant dans un ciel trop grand et des cils trop longs dans les yeux d'un vieil enfant pour faire penser à une quelconque illusion… De ces chorégraphies serpentines… les pensées tremblent… fraîches et ombragées dans les plis de ce qui s'applique à énoncer ce qu'il emporte avec ses intrigues : Alto… Grenier… Gibus… Lucarne…
  L'écho répartit par sursauts les silencieuses tiédeurs de nos rêves comme les sursauts du stradivarius…  qui… errants dans les ourlets des bordures… aux bords des silences… corbeilles gémissantes comme des espaces où s'étirent la vie comme la mort… où se dissimulent les mains d'un vieil enfant comme une chute imperceptible de mots…  Ses yeux ramiers légers… dans un déploiement plus vaste et secret encore que les dessins d'un envol d'une hirondelle voletant… Son ombre hésite… laissant le temps se refermer comme une onde autour de sa niche… 
Le désir se déjoue de son désir… Une déraison… n'est ce pas !… Est-ce peut-être l'hirondelle qui nous entraîne et rend l'impossible possible… et nous savons que la mort nous a confondu où la vie nous happe… Quel impérieux désir… quelle envie de parcourir les girons frémissements d'un grenier où le rythme d'un stradivarius et les mains d'un enfant joueur parcourant les ailes d'un cerf-volant… s'embrument et se trouvent comme en rêve trouble… dans les niches d'une hirondelle… parmi… peut-être… ce qui demeure d'une araignée… Celle qui d'une main sait recoudre les blessures… et narrer la tendresse… 
  Tarek Essaker.
 
 
 

vendredi 21 mai 2010

Concerto.



Une histoire s’élance jusqu’au-delà d’elle-même,
se poursuit, se dépasse, se devance,
se gagne à tous les temps et modes,
plie aux vents mêlés
de multiplicités diffuses,
se glisse entre les cordes
d’un vieux stradivarius…

Au grenier, près du mur,
sur les bords du gibus étoilé d’araignées,
maintenant tout crotté,
l’hirondelle a niché.
La voilà qui s’envole
par la lucarne ronde…

Un cerf-volant bleu
rejoint les nuages ;
l’ayant lâché
le vieil enfant joueur,
s’en ressaisit
dans la note haute et longuement tenue
du stradivarius.

noco


dimanche 16 mai 2010

Les effrois d'Onfray.






Sous un titre wagnérien, Michel Onfray prophétise le « crépuscule d’une idole », alias Freud et, à travers lui, celui de la psychanalyse.
Il le fait avec force documents et arguments plus ou moins avérés, beaucoup de hargne et de véhémence, négligeant ce qu’apporte le lien analytique  à ceux qui s’y risquent : la possibilité d’un accès à ce qui, au plus intime d’eux-mêmes les constitue et les institue dans une socialité.

On peut donc se demander s’il n’y a pas mieux à faire, dans le désastre économique et social ambiant que tirer à bout portant sur Freud et discréditer la psychanalyse, dès lors que celle-ci a la valeur d’un outil permettant  de se situer et de tenir dans le contexte instable qui est le nôtre.
Eh quoi ? Irait-on casser un râteau sous le prétexte que son concepteur a fait des entorses à l’ordre moral?

Mais si, tendant l’oreille, on perçoit dans le titre mon idole plutôt qu’une idole, alors, de la déception transpire sous la rage.
A cette rage, certains, comme Elisabeth Roudinesco, ont répondu au coup par coup, à l’aide d’une documentation serrée,  appréciable sans doute, mais laissant exploser une rage en miroir.
Tout cela manque de sérieux et d’esprit, dans tous les sens de ce terme, qui inclut le Witz freudien, c'est-à-dire ce qui met du jeu dans les mots.

Parmi tous les articles qui ont accompagné la polémique il en est un, celui de Marc Strauss, dont la pertinence et les nuances retiennent l’attention.
Il écrit entre autres, dans Le Monde du 8 mai, que ce qui s’entend dans le livre d’Onfray, comme dans les relais qu’il a trouvés autour de lui, exprime, à l’instar de ce qui se dit sur un divan  le ressentiment et la déception à l’égard de ce qu’il nomme  de manière sans doute radicale« tromperie de l’amour et de la parole » ; disons qu’une analyse permet de réaliser ce qui, dans l’amour et la parole mais aussi dans le savoir, se révèle comme inéluctablement relatif et partiel évidence à laquelle Onfray ne semble pas se résoudre.
Tant que l’on s’illusionne, que l’on ne renonce pas à l’absolu, l’on peut s’imaginer dupé.

Marc Strauss entend donc dans l’argumentation massive, percutante et parfois erronée d’Onfray une demande d’analyse « restée en souffrance ».
Est-ce qu’alors, allant plus loin, on pourrait considérer l’ouvrage de ce dernier comme la forme en laquelle se coulerait son déni ?

Marc Strauss, en conclusion de son article, indique que notre solitude « égarés que nous sommes dans un amas de mensonges », peut trouver un appui dans le champ de la pensée analytique ; et il élargit ce champ en ne le limitant pas à ce que Freud et Lacan lui ont apporté puisqu’il évoque in fine le dernier livre paru en français  de Imre kertész:  « L’Holocauste comme culture ».
C’est donc à un écrivain, prix Nobel de littérature, qu’il laisse le dernier mot.
« Un Freud, un Lacan, un Kertész » écrit-il, indiquant finement  par l’emploi de l’article indéfini, que devenus en quelque sorte noms communs, chacun de ces auteurs ne fait rien d’autre qu’initier une ouverture.
Ils ouvrent en effet  des voies contemporaines à ce que la tragédie antique énonçait déjà : il y a en chaque être humain une opacité à soi-même. Opacité fondamentale qui le constitue bien plus qu’il ne l’imagine, comme individu social.
Cette opacité, avec la psychanalyse, a été conceptualisée par Freud comme « inconscient ».  Fiction théorique efficace, cet inconscient peut être postulé aussi bien dans le champ de la psychanalyse que de l’anthropologie, de la sémiologie,  de la politique pour ne nommer que ceux là avec une place sans doute prépondérante dans la littérature avec laquelle la psychanalyse a bien des affinités, en particulier celle de la parole analytique et de l’écriture.

 Et ce n’est donc pas pour rien que Marc Strauss consacre ses dernières lignes à un auteur qui fait le lien entre l’un des plus gros désastres du XXème siècle et la culture, mettant en jeu son expérience, sa pensée et son écriture pour poser la question de  ce «malaise» dont Freud en son temps et dans ses termes nous avait déjà prévenus. Ce « malaise » la psychanalyse a les moyens de  le faire entendre dès lors qu’elle ne s’assourdit pas dans ses chapelles. Approcher la réalité profonde et glauque de nos détresses personnelles et collectives représenterait peut-être un pas en direction d’un progrès d’humanité. C’est à tenter.

N.C.


 « J'ai pris le risque de dire qu'Auschwitz et l’Holocauste faisaient totalement partie de notre culture, au même titre que notre langue, notre musique, notre littérature. » Imre Kertész.