jeudi 27 mai 2010

Concerto; deuxième édition... augmentée d'un "en regard"

Une histoire s’élance jusqu’au-delà d’elle-même,
se poursuit, se dépasse, se devance,
se gagne à tous les temps et modes,
plie aux vents mêlés
de multiplicités diffuses,
se glisse entre les cordes
d’un vieux stradivarius...  
Au grenier, près du mur,
sur les bords du gibus étoilé d’araignées,
maintenant tout crotté,
l’hirondelle a niché.
La voilà qui s’envole
par la lucarne ronde…    
Un cerf-volant bleu
rejoint les nuages ;
l’ayant lâché
le vieil enfant joueur,
s’en ressaisit
dans la note haute et longuement tenue
du stradivarius.
noco
En regard
 
                                                                                                                        
                                                                                                                
Comme de tout temps, tout s'emmêle, s'en va éparpillé ci et là… la nuit ou le jour… ou ni l'un ni l'autre… Tout s'embrouille, tenaille, en marche, de loin en proche ou nulle part… s'annule ailleurs… se trouve soudain… titubant comme nonchalant… Souvent… il ne se passe rien… sans bruit… tout le long des touffes de respirations ou de pensées… le long du trop plein en nous… jusqu'à confondre le roulement du vide. Le long des ailes des hirondelles de saison… le reste d'un frisson infirme… Le son d'un stradivarius fugueur vient hérisser la fin d'un printemps souvent lassé de ses nuits moqueuses… en nous les désirs viennent à se refuser…
 En même temps que d'autres bruits tels les oiseaux frénétiques… l'endroit d'où provient cette musique importe peu comme pour tremper le temps et nous conter ce que nous avons été… Peut-être… ne nous a-t-il jamais quitté après avoir élu domicile en notre mémoire… lointaine… enfance… ancestrale… avec quelle ouïe parvenir à le saisir?… Qu'importe… lucarne et grenier… ne sont-t-ils pas là pour caresser une chevelure aussi vieille que les mains de l'enfant au cerf-volant… L'hirondelle tenait la vie par ses ailes et entend jouer la mer, les plaines ou le vent qui passe en secrètes berceuses… de sa niche… enfin l'œil fermé… la voici frémir au son du violoncelle… accompagné du chant venteux du cerf-volant… Puisse tout être durable… immobile… grave et léger… bien plus calme… non point tourmenté… en tabernacle ou tabatière… où l'on croirait mâcher l'oubli… 
Un cerf-volant dans un ciel trop grand et des cils trop longs dans les yeux d'un vieil enfant pour faire penser à une quelconque illusion… De ces chorégraphies serpentines… les pensées tremblent… fraîches et ombragées dans les plis de ce qui s'applique à énoncer ce qu'il emporte avec ses intrigues : Alto… Grenier… Gibus… Lucarne…
  L'écho répartit par sursauts les silencieuses tiédeurs de nos rêves comme les sursauts du stradivarius…  qui… errants dans les ourlets des bordures… aux bords des silences… corbeilles gémissantes comme des espaces où s'étirent la vie comme la mort… où se dissimulent les mains d'un vieil enfant comme une chute imperceptible de mots…  Ses yeux ramiers légers… dans un déploiement plus vaste et secret encore que les dessins d'un envol d'une hirondelle voletant… Son ombre hésite… laissant le temps se refermer comme une onde autour de sa niche… 
Le désir se déjoue de son désir… Une déraison… n'est ce pas !… Est-ce peut-être l'hirondelle qui nous entraîne et rend l'impossible possible… et nous savons que la mort nous a confondu où la vie nous happe… Quel impérieux désir… quelle envie de parcourir les girons frémissements d'un grenier où le rythme d'un stradivarius et les mains d'un enfant joueur parcourant les ailes d'un cerf-volant… s'embrument et se trouvent comme en rêve trouble… dans les niches d'une hirondelle… parmi… peut-être… ce qui demeure d'une araignée… Celle qui d'une main sait recoudre les blessures… et narrer la tendresse… 
  Tarek Essaker.
 
 
 

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