vendredi 2 juillet 2010

Les épingles.







L’immeuble s’est déchaussé.
Elle a quitté ses tennis qui se balancent
au bout  de ses bras
comme les deux poulets aux mains de la fermière ;
elle suit le sentier et le sentier la suit.
Il y a de la musique derrière ses talons.
Elle fait une ronde avec la clairière qui tourne.



A un détour, elle voit le sanglier ;
il grogne ; elle s’immobilise ; il la fixe, et la fige,
leurs yeux se voient : pointes d’épingles brillantes
dans la forêt des poils gris ;
ce matin, elle se démêlait les cheveux ; la brosse était soyeuse.
Les yeux ne se quittent pas ;
elle tremble ;
le temps, en passant lui offre une herbe ;
elle s’en fait ceinture
qui frissonne au vent ;
le cri d’un oiseau oblique dans ses oreilles.
La forêt s’est déshabillée :
la voilà nue et dorée.
Les épingles  la transpercent ;
Du sang coule sur la mousse qui la boit.



Le temps, en repassant, lui offre, d’ombre fluide,
un tissu d’invisibilité.
Elle remet ses tennis, le sentier se cache.
Elle court derrière lui et le rattrape.
Les épingles roulent et ruissellent dans la forêt.
Sur la place, l’immeuble s’est rechaussé.
Des écorces d’orange jonchent le sol, à ses pieds ;
les chiens mènent les clochards en laisse ;
la fontaine jase jusqu’au ciel.
Des fils de lumière tissent l’espace.

noco.




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