samedi 28 août 2010

Actualité (novembre 2009 - août 2010)

Reconnaissez l'actualité des anges à leurs ailes :

(dessus - dessous - entre)

bouffantes comme des manches gigot
et pouffant le soir des souffles clairs car angéliques,
à l'heure bleue des peintres,
quand l'horizon revient de loin s'éteindre sur vos yeux.

Enfin vous portiez des lunettes qui vous enlaidissaient, enfin vous étiez vieux!
(Je guette avec convoitise les grisailles à vos tempes -
la calvitie qui vous décoiffera -
le temps où je vous désherberai comme un jardin -
pour rendre aux pierres leur silence).

Je suis déjà bien abîmée,
ternie dans les reflets, la brillance du verre, la saveur de l'eau, la nuit,
la solitude du sexe.
Je suis tranquille
J'ai laissé la porte ouverte
pour un ange entré les ailes basses
traînant entre ses pas d'oiseau une écharpe de duvet chaud, de peau et de salive.

Un jour quelconque nos lettres se sont rencontrées
(le N et le M se sont inversés - ils ont fait langue - ils ont fait l'ange)
puis approchées, puis accrochées l'une au songe de l'autre.

C'est un tableau qui me fait tomber de la cimaise, un déjeuner orange et jaune
sous les arbres verts, que vous avez peint, où je n'entre pas.


Nadine Meyran

lundi 23 août 2010

Ariette




Son geste en suspens
A bluffé l’air léger,
le subtilise en un vertige de ses yeux ;
le suc poivré des pétunias
agrippe le bout de tes doigts ;
un enfant souffle dans l’espace
des bulles folâtres;
elles dansent dans ta coupe,
éclatent contre tes lèvres, contre ta langue,
rappellent tes essors.
Vivre est un acte poétique


noco

lundi 2 août 2010

Un regard à fleur de doigts





 « Je dis donc que des images, des figures ténues sont émises par les choses à partir de leur surface, quasiment des membranes ou de l’écorce, comme on doit les nommer, parce que l’image conserve l’aspect et la forme d l’objet, quel qu’il soit, dont elle est issue avant de voyager. » 
 Lucrèce.





L’homme marche  en arpenteur, à pas recueillis, presque comptés dans cette forêt qu’il connaît intimement jusqu’à la moindre fourmi.
Le filet d’eau d’un ru qui court sur la mousse …un éclat, une connivence soudain.
Où donc coule l’eau ? Il devient en une seconde cette pierre éclaboussée, l’herbe et la terre immergées.
C’est alors qu’il aperçoit l’arbre. Un élan monte en lui : ce sera celui-là…Par avance, sa violence anticipe le tronçonnage  juste au centre de ce nœud, l’attaque dont s’élaboreront des volumes sensuels.
L’acte suit presque immédiatement le souffle coupé et haletant de l’émoi : il coupe, il tranche, il griffe.
Parfois, la matière résiste, ne se rend pas : alors pleure un malheur profond.
Aujourd’hui, il le sent, l’arbre répond ; il excave un tronçon ; il voit des couleurs ; les couleurs disparaissent ; l’arbre s’est donné ; il peut maintenant le sculpter, le polir, l’arrondir, défaire, refaire, multiplier, inventer forme et rondeur et blondeur.
Ainsi naîtront  les « Formes nues»… au fil du temps, des marches, des filets d’eau et des arbres éprouvés.

Kepa Akixo dit Zigor , né en Guipuzcoa, tour à tour poète, voyageur, photographe puis sculpteur trouve dans l’amour des arbres l’élan de vivre et d’inventer.
Il n’aime pas le mot « inspiration ». Il ne s’agit pas de cela, explique-t-il  mais de je ne sais quoi  qui se passe tout à coup. Il faut le saisir, très vite ; parfois, l’on en ressent un bien-être, parfois un  profond mal-être.
C’est dire que l’invention n’a rien d’une origine supraterrestre.  Elle est interaction, relation heureuse ou malheureuse qui permettra ou pas la réalité de l’œuvre.
Quand il ne marche pas à la rencontre des arbres, Zigor dessine : 

« Je dessine tout le temps, mes esquisses sont la source de ce qui sera plus tard une œuvre. La contemplation est fondamentale dans mon cheminement »

Rencontres d’esquisses et d’arbres, rencontres de hasard et d’émotion, ce sera « Formes nues » ainsi qu’il a nommé une rétrospective de ses œuvres :

« Toutes mes sculptures ont été arbre un jour, et c’est au plus profond de celui-ci qu’habite la forme, il faut le regarder longtemps pour que nos chemins se croisent au milieu du hasard ».

Les œuvres de Zigor ont la fluidité de la peau. Ce sont des « sculptures pour les mains ». Les rencontrer, c’est les toucher, caresseuses caressées. Goûter les « formes nues », c’est les explorer avec un regard au bout des doigts.
« On pourrait dormir avec », dit-il dans une interview.

C’est très étrange d’emporter ces « formes » dans ses mains, d’en garder le galbe et le contact qui réapparaît dès qu’on y pense, les revoyant paupières closes.
Et l’on tient des pétales immenses, des auges dis-symétriquement empilées, des demi-jarres partiellement jointes et disjointes des emmêlements de convexités et concavités…comme une figuration très singulière de nouveaux « arts premiers », œuvres porteuses de mystères, quand une émotion insue naît de l’effleurement.

N.C.