vendredi 3 décembre 2010

Echappé, le chapeau.




Boules de flipper vont et viennent,
se télescopent
précipitées,
d'où vers où
dans quelle urgence du temps ?



Le masque a gardé clos
deux de ses trois regards,
en a ouvert un sur l’abîme.
Quel singe facétieux
dessine dans sa danse
un grigri serpentin au ventre de la jarre ?
Et la voici creusée en un fragment de lune
ou en un cœur blanchi
au-dessus des grands fleuves,
des arbres dépliés aux caresses des souffles,
et des oiseaux de miel.
Invisible, oubliée
de mémoire vacillante…
la mort… en frissonnant…
expire entre ses lèvres.



Viennent et vont les boules de flippers,
trajets aveugles.
Un chapeau échappé
glisse, voguant
sur la chaussée humide
comme traces de larmes.
un son lisse l’espace ;
les mots font trébucher le sens,
absence, silence nu,
détourné d’un chapeau
que les vents ont soufflé

noco



Face auquel Tarek Essaker souhaite accrocher… 


Le chapeau de mon père 


Après si longtemps.

De son chapeau de magicien, mon père, qui a jeté l'ancre sous terre, ne faisait plus surgir que des choses bizarres, épuisées, lassées par l'usure et qui par habitude ne réjouissaient plus personne.


Après si longtemps.

Du visage lumineux de ma mère, l'histoire ne garde que l'accalmie, les lumières finissantes qui apaisent et la soudaineté des larmes… Ce don de l'inexistence.


Les jours, comme après toute perte et toute formule d'attente, ont installé entre la peur et la peur une insomnie secrète et indivisible comme un long murmure, celui des sables.


Après si longtemps.

Comme dans un poème, l'essentiel vient en son temps. Du seul arbre — un mimosa — entre deux poèmes — où l'on peut mourir — il arrive qu'une saison ou une branche vacille. Et on écoute la part manquante de l'enfance.


De cette épaisseur du naufrage, veille, dans la solitude nocturne, la main de l'aube.


C'est en toutes ces choses et ce qui s'abîme et lentement glisse en elles, que l'on trouve le vieux silence usé par trop d'exil. Et cette aurore à l'allure drôle et violente pour dire la perte.


Quelque chose comme une extrême faiblesse, comme une pensée brûlée et donnée avant toute rencontre…


… à proximité d'un mot qui persiste à guetter son effondrement, à traverser une veille douloureuse, et le baiser d'une étoile dont nul ne pourrait prendre garde, la nuit a promis la légèreté entre deux néants. 


C'est à l'intérieur de cette nuit, de son épaisseur, que le silence tente d'interroger ce qui a été maintenu secret et obscur. Au plus obscur de l'être, au plus intime de ses misères…


… la fraîcheur inespérée…


… la fraîcheur inespérée…


Sans choisir, au centre de l'irréductible regard, des volets de bois ne cessent de battre la houle et les hasards, dans les plus secrètes des absences. Désormais, là, bat le vide noir et le souvenir sucré.


Sans doute, est-ce là la vie ? Une fraîche poussière qu'une blessure ou une peur, toutes aussi encombrantes, emportent vers je ne sais quel rien…


… vaine et laiteuse embrasure…


>Tarek Essaker, 'Le chapeau de mon père', extrait de 'Portraits', recueil à paraître. Tous droits réservés.


1 commentaire:

Noëlle Combet a dit…

Tarek merci pour cette justesse...le don de l'inexistence...l'essentiel vient en son temps...cette aurore à l'allure drôle et violente pour dire la perte...
Merci pour vos mots en phase, toujours, avec mes émotions.