dimanche 22 mai 2011

Sans


Sans lieu ni feu
ni dieu
ni loi ni foi
ni toit
ce matin-là,
un vieux matin
délaissé des élans
à demeurer longtemps errante…
Entre lignes de main et de vie incertaine.
s’étrécirent les fentes des regard
en chanson triste dont s’éteignaient les sons…
Ce matin là ou était-ce à un autre moment ?
Qui se souvient ?
Quand les passants allaient-venaient
et que nous étions arrêtés
au bord de l’horizon…
Estompes de brume,
et nos gestes enlisés dans le soleil
ce jour où vers aimer nous aurions négligé
de ramer.

Mais elles descellent mes paupières, larmes écloses,
les fleurs des magnolias
dont j’avais oublié de voir la floraison.

noco

lundi 9 mai 2011

Intermède: C comme carcan




Bébé, emmaillotée de la tête aux pieds, comme il était d’usage à l’époque, L. n’avait de cesse, la nuit, de se débattre jusqu’à se dégager et on la retrouvait, au petit matin, endormie, paisible et nue.
La scène se renouvela jusqu’à ce qu’on pût la persuader d’obéir.
Aujourd’hui encore, quand elle se trouvait dans une situation provisoirement inextricable, elle s’agitait la nuit, voulant débarrasser son corps de tous les tissus.
Il lui arrivait d’imaginer qu’elle pourrait aussi s’extraire ainsi de la vie,  inextricablement provisoire,  mais surtout s’éraillant, déraillant peu à peu.
Cette sorte d’élan vers le saut n’avait d’égal par ailleurs que la savouration de l’existence, l’arrimage fougueux au monde.

Ce paradoxe suscitait immanquablement dans ses images l’apparition de notre Grand Oncle.
Il opinait gravement et en prêtant l’oreille, elle pouvait presque l’entendre murmurer avec ce brin d’accent autrichien, roulant les r, qui le caractérisait : « Eros und Thanatos ».
En l’observant mieux, elle voyait ses mâchoires remuer de façon mécanique, presque désarticulée comme dans les films rétrospectifs de ses derniers temps … Le crabe était déjà là.
Alors des accents, qui souvent déjà s’étaient prononcés en elle, lui revenaient, comme une comptine, un air déjà ancien sortant d’un coffret à musique dont on aurait aujourd’hui remonté la clef : Sieg victoire, Mund bouche, Freud, Freude,  joie amputée d’une lettre, celle  de ce féminin qu’il appelait « continent noir ».

Or dans la bouche aussi, en même temps que la victoire, le cancer progressait tandis qu’allait se prononçant le dernier« Moïse » freudien, l’Egyptien. Elle se demandait parfois si cette déconstruction mosaïque n’était pas liée à un pressentiment : celui d’une perversion messianique  pouvant mener un guide, un führer à conduire, dans une mystique barbare, des hommes au carnage.

Mais ce crabe, -elle y pensait avec tendresse-, Freud voulut se rendre à lui en 1939, à point nommé, pour ne pas savoir ses sœurs happées par l’horreur, sa mort le soustrayant désormais au carcan de l’histoire dans l’Histoire.

N.C.


jeudi 5 mai 2011

Je tiens pour innocent celui qui déchire son âme aux fleurs celluloïdes
Sans souci des blessures que son amour délivre.
Tous les jours mon désir s’épuise à la vieillesse.
Le long des rues évasives
Je marchande une force inextinguible qui s’éteint.
Mais toujours les branches fouettent l’air
Et les oiseaux cisaillent de leurs cris
Les étains bleus des nuages.
Je suis partante et semée d’ombres
Qui lèvent à chaque pas des graines vaporeuses comme des souffles.
Le souvenir d’un jour où nous fûmes aimés
Reporte à l’infini la chaleur du moment
Quand même les ondes continuent d’onduler autour des sphères blanches.

Il passe par les sons une force qui éveille les goûts.

L’écriture aussi donne dans son secret
Un chant effondré de ravins
Une continuité de failles qui recèle les mots et les gestes perdus.

Puis s’arrêter ici pour dire au monde qu’on l’aime
Et mourir sous les arbres.




Nadine Meyran
3 mai 2011