jeudi 5 janvier 2012

.Protège ma Mère



L’affaire des prothèses mammaires, même  s’il ne s’agit pas de contester la singularité ou les choix de chacun(e), voire une nécessité médicale, nous accable ad nauseam d’un déferlement d’images de fissurations, d’explosions, de débordements qui viennent comme illustrer le devenir de notre monde.
En tant que métaphore  l’accident est à questionner car il met cruellement en lumière le  renversement d’une illusion : Il serait possible d'acquérir un supplément de corps, une excroissance, un objet à saisir, accessible à pro-fusion.
Là où ceux qui le peuvent achètent un nouveau vêtement ou un appareil ménager, d’autres croient s’offrir du corps.
Dans son infinie libéralité, le libéralisme propose à l’envi des objets à consommer, et nous en oublions qu’une « économie » doit  limiter la Toute Jouissance ;  nous souhaitons tellement posséder que, possédés à notre tour, nous devenons la proie de ce système marchand : tout serait possible, y compris changer de corps et nous ne voyons pas que nous ne modifions jamais que du paraître.
La prolifération d’objets à portée de main nous enferme dans une sphère maternelle fantasmée. La Toute Bonne  Mère rappelle en nous l’enfant Tout Puissant. Mais par un incontournable renversement, c’est Médée, qui, soudain, surgit.
Si nous ne résistons pas à cette « mèreversion », où le pourvoir prendrait la place de notre pouvoir, nous serons leurrés par tous les mensonges, toutes les arnaques et nous y perdrons notre être ainsi que notre désir qui, saturé, s’émousse.
Les conséquences sont terrifiantes et déjà là : affaiblissement de la loi dans la multiplication des normes, perte du lien social dans l’égoïsme personnel, sectaire ou grégaire,  déclin de la culture et de la pensée avec l’ effritement du symbolique dans les altérations sémantiques, et aussi tant de dommages psychiques  multipliés par l’accroissement exponentiel de la pauvreté, de la pénurie, des maltraitances professionnelles. Comment s’étonner dès lors de ces passages à l’acte dont l’actualité témoigne (en en dissimulant un certain nombre)?
Alors s’il te plaît, n’protège plus ma Mère.
N.C.
 

3 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Bien vu, bien dit, Noëlle, et très pertinemment. Une seule objection à propos du 'libéralisme et ses suppôts' : il y a 'là', pour moi, un retour du religieux - dans le vocabulaire - qui risque de miner tout le propos. Ce libéralisme, ce système (de production, consommation, reproduction), cette idéologie - qui se défend d'en être une -, il s'agit, radicalement, de les démythifier et démystifier..., or, le religieux, objectivement, mystifie et mythifie... Pointilleux, certainement, mais, de plus en plus, 'partisan', sans parti, surtout, mais non sans parti-pris, d'une anthropologie politique surplombant l'économique, entre autres. À vous lire avec toujours le même intérêt et le même plaisir. V.

Noëlle Combet a dit…

Vincent, merci de votre lecture et de votre remarque qui m'est apparue comme si justifiée que j'ai effacé les "suppôts".
En effet,ce terme exhale un parfum de diabolisation et de croisade inadapté en ce qui concerne le libéralisme.Et cela ne m'est apparu qu'à la lumière de vos propos.
Le progrès passe bien sûr par ce surplomb que vous évoquez et non par une guerre de religions... bien qu'on puisse se demander s'il n'y a pas dans le libéralisme un nouveau culte.N.

Noëlle Combet a dit…
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