samedi 9 juin 2012

Conte de l'aube



Il fallut limer les dents du marcassin :
dans le miroitement de la soie,
 jaillit le cheval blanc
Troisième œil, il invente les arbres et la vie
hors de l’obscur,
quitte la crête,
descend, trot régulier,
vers la vallée
et vers ce point là-bas
où les brumes, joyeusement subtiles,
dansent et coiffent l’étang.
Sa silhouette estompée disparaît.
Un soulier nonchalant
se balance sur l’eau.
Frileuse, tu remets
ton frissonnant manteau.

noco




Acacias



Frissons de fleurs d’acacias
ont coulé entre mes doigts
ont laissé sur ma langue
 un goût tendre et sucré.
Neige des fleurs d’acacias
enveloppe mon corps
comme en un sommeil…
comme en un rêve …
silencieusement…
Une voile au loin
déplisse la brume.

noco


4 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Étonnantes correspondances ! D'un 'conte de l'aube' à un 'voyageur de l'aube' - mis en ligne, par ailleurs, hier - qui n'est que Joël Bousquet - alias aussi Basile Sureau -, à propos de qui Hubert Juin écrivait dans une très éclairante préface à 'La Connaissance du Soir' : '... il notait avec minutie les événements auxquels, de sa chambre close, il lui était permis d'assister : des employés portant un cercueil se trompent d'étage ; un mystérieux et inexplicable cheval hennit dans la nuit de la rue de Verdun ; la paille d'emballage d'un colis de gravures prend soudainement feu... L'événementiel, chez Bousquet, n'existe qu'à partir du moment où il écrit - et devient, aussitôt, réceptacle d'intersignes. Le cheval dont la présence est déraisonnable va se retrouver dans 'La Tisane de sarments', dans 'Le Passeur s'est endormi', signe de mort. Il pénétrera dans les cadences de 'la Connaissance du Soir' :

Dans l'air qui fleurit de l'entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m'inspire
Et qui vient sans moi demander sa main...

Bon, laissons Joë Sureau, Basile Bousquet..., pour nous souvenir qu'avec cet autre juin, chez moi, enfant, venait le temps où il faisait bon cueillir des bouquets de grappes d'acacia odorant, à peine ouvert, pour les tremper dans la pâte et en préparer de délicieux beignets au parfum subtil...

Noëlle Combet a dit…

Merci Vincent pour ces lignes : ces "coïncidences" quasi télépathiques nous surprennent soudain; pourtant, elles peuvent être comme attendues quand s'échange de l'implicite qui est l'indice de l'indicible...donc du poétique.
D'une aube l'autre; d'un cheval l'autre; celui de Basile Bousquet(j'aime ce que vous dites ailleurs de l'étymologie de ce prénom-qui était celui de mon père!-)est couleur de ce chemin qu'il parcourt et son pas bat l'amble de la mort...Il rit pourtant...rire de vie qui "fleurit l'air". Lavie-lamort mêlées comme toujours. "Mon" blanc cheval, moins incarné dit l'évanescence...celle de nos expériences de vie qui, un jour, s'évanouiront comme pétales d'acacias nous faisant alors manteau ultime. Encore lavie-lamort.
En attendant goûtons aux beignets que ces fleurs nous proposent et restons gourmands jusqu'au bout! Autre "coïncidence" : le prochain texte que je projette est un intermède : G comme gourmandise... je m'amuse beaucoup à l'écrire!

gertrude a dit…

Je ne sais quel parfum de terre, de vent, d'été et de liberté perdue, celui que l'on laisse à jamais au sein de notre enfance ,ce lieu secret et nostalgique lové au fond de notre être et qui fait de nous tout ce que l'on est, je ne sais quel parfum coule et courre au long de vos mots, car j'ai parfois l'impression d'en avoir vécu les sensations.

Noëlle Combet a dit…

Un parfum d'évanescence? Attaché à ce que nous revivons, "éternel retour" de l'enfance, pour le perdre à nouveau, et en renaitre jusqu'au mourir.
Merci pour cette lecture connivente!