dimanche 19 août 2012

"Revivre. Eprouver nos blessures et nos ressources" avec Bachelard, Kierkegaard, Kertész, Proust, Rousseau etc.



Le verbe « revivre » s’oppose en quelque sorte à lui-même : revivre une situation douloureuse, la remettre en scène, se replier sur elle, ne pas en trouver l’issue ; ou alors, revivre tout simplement, reprendre souffle dans une sortie de la souffrance sans pour autant la dénier. Le sous-titre, « Eprouver nos blessures et nos ressources » résume cette contradiction, cette tension au cœur de notre vivre.
Frédéric Worms fait jouer cette tension dans diverses situations singulières ou collectives et en observe les multiples fluctuations car « revivre » s’expérimente aussi bien dans la profondeur de nos intimités  que dans des formes universelles, souffrance et renouveau mêlés, (re)créations dans un « vivre » au-delà du « survivre ».
L’auteur, interviewé sur France Culture, indique que cet ouvrage prend sa source dans sa propre vie, un « je » singulier dont, dans l’écriture, il se « délivre » en l’élargissant au-delà de sa personne. « Je suis ce que je revis et je reste enfermé ou alors je revis et je me libère » dans mon propre vécu qui est élément particulier de l’expérience humaine universelle. On pense à Montaigne : « Chaque homme porte  la forme entière de l’humaine condition ».
Le va et vient de la forme témoigne de ces oscillations : du « je » au monde ; de la douleur au renaître : de nombreux chapitres brefs sont à lire comme des  billets ou de courts essais, ce qui permet de découvrir l’ouvrage de façon aléatoire, le parcourant « au gré » car chaque fragment  constitue une unité. Selon l’auteur, le thème a donné sa forme à l’écriture : un « entrelacement » à l’image du tissage des blessures et des ressources dans le tapis de nos vies.

Avec Kierkegaard

Le vivre/revivre se manifeste d’abord dans notre intimité avec un autre et la première situation qui vient à l’esprit est celle de l’amour. Worms associe l’amour à cette impression de « revivre » que donne le fait de ressentir et dire « je t’aime ». Dans « L’amour, la reprise » il indique qu’un second « revivre » sera nécessaire, car le « je t’aime,  je revis » sera mis à l’épreuve d’un double piège dans la durée. Le premier serait l’enracinement de cet amour dans la séduction, première errance proche du donjuanisme, quand le sentiment ne dure qu’un instant, sorte de « désir pur, jamais inscrit dans le vie de quelqu’un ». L’autre disparaît dans l’anonymat.
Le second piège consiste à aimer l’amour dans une abstraction platonicienne.
Une approche de ce double risque, force aveugle ou modèle abstrait, Frédéric Worms la trouve dans l’ouvrage de Kierkegaard « La reprise »
 L’amour s’y éprouve par la rupture et la perte. Les deux protagonistes de l’œuvre sont le narrateur et le jeune homme. Le jeune homme, sur les conseils du narrateur, donne à croire à son aimée, qu’il s’est détourné d’elle : ainsi pourrait-elle, selon le narrateur qui veut le persuader, dépasser le statut d’objet devenu passif dans le lien. Alors seulement, une reprise serait possible. Un autre « revivre » ayant métamorphosé le plaisir passager et l’idée abstraite, le sentiment évoluerait d’un plan esthétique à un plan éthique. Dans des lettres adressées par le jeune homme au narrateur au terme de l’expérience, c’est l’exaltation qui l’emporte désormais avec des connotations mystiques, car le jeune homme, que la jeune femme a quitté, s’attache plus, narcissiquement, à la transformation profonde que la perte a ouverte en lui qu’au départ de l’aimée. Au reçu de ces lettres, le narrateur doute : cette extase n’est-elle pas un nouveau piège ?
Kierkegaard, dit Worms, nous laisse donc dans une alternative « entre la joie et la mélancolie » car la reprise et la perte sont à considérer comme aussi importantes  et indéniables l’une que l’autre alors que l’extase qui s’est emparée du jeune homme pourrait bien être, selon ce que suggère Kierkegaard, une euphorie aveugle niant la perte.
La perte, dans l’amour, l’auteur la décrit aussi dans le chapitre « Le premier coup ». Il énonce que« nous recevons comme un coup en plein cœur la coupure même de la relation avec l’autre qui nous constituait ». Et cette douleur, il l’évoque encore en rappelant  le vase décrit par Sully Prudhomme : « N’y  touchez pas ; il est brisé ». Il précise : « certaines coupures de ces relations, même sans être passées par un choc ou une violence physique, seront des coups, non moins irréversibles et parfois mortels. Et nous ne nous trompons pas sur ces coupures : quand nous nous sentons brisés physiquement et psychiquement ; c’est qu’il ne s’agissait pas seulement d’un épisode d’une histoire mais d’un attachement vital irréversible, une partie de nous-mêmes nous est arrachée en quelque sorte ».

Avec Jankélévitch

Nous ne revivons pas seulement ce que nous avons subi, nous dit Worms, mais aussi ce que nous avons fait et c’est la honte qui alors nous étouffe, pouvant, comme la blessure d’amour entraîner la mort dans un sentiment  littéralement invivable d’écrasement.
 Qui, par exemple, n’a jamais  connu la douloureuse expérience de s’être laissé aller à une parole qui lui a échappé? La langue dit l’essentiel : nous nous sommes trahis en donnant à entendre ce que nous voulions garder en nous, et  nous contribuons à ce que quelque chose nous soit arraché comme dans la blessure amoureuse. Il peut y avoir une disproportion entre ce qui a été dit et le désespoir consécutif. C’est qu’une partie la plus intime de notre imaginaire s’ est exposée dans une sorte de renversement du dedans vers le dehors, comme si notre corps avait été retourné comme un gant et nous en restons humiliés, jusqu’à souhaiter mourir, englués que nous sommes dans un sentiment d’indignité. Nous avons été atteints dans notre être.

Mais revenons plus précisément à Worms  et orientons-nous « sans vergogne » vers le sens heureux du « revivre », à venir quand nous ne ruminerons plus ce qui appartient  aux émotions négatives, « passions tristes » comme dit Spinoza , alors, nous rencontrerons à nouveau cet « infatigable printemps » décrit par Jankélévitch que cite Worms : « Chaque année, sans se lasser, le merveilleux printemps raconte à nouveau l’histoire de cette résurrection […] Comment tant de déceptions, tant d’échecs, tant d’hivers n’ont-ils pas dégoûté Avril de rhabiller les arbres que la saison de la méfiance et de l’étroitesse a déshabillés ? […] Le mystère vernal est la figure cosmique, annuelle saisonnière de notre propre destin ».

Avec Rousseau

Ce « revivre » heureux, on peut  en rencontrer une forme dans les « Rêveries » de  Rousseau que Worms évoque dans « La promenade, les méchants » L’on y voit bien Rousseau, vaciller dans ses fluctuations intimes, une alternance à l’image des saisons, tantôt ressasser son ressentiment à l’égard de la société, tantôt trouver le bonheur dans ses rêveries protégées par la nature, rêveries qui sont un mode de sa pensée, de son écriture et de ses conceptions philosophiques l’opposant dans son « souci de soi », dans son « esprit de solitude » ( je cite ici Arthur Goldsmith) aux philosophes de système qu’il décrit comme des idéologues.

L’on sait combien Rousseau a été taraudé par la honte à la suite du vol d’un ruban qu’il souhaitait offrir à La servante Marion en échange d’une de ces fessées dont son érotisme était friand ; ce vol sur lequel il est questionné publiquement, puisqu’il est en sa possession, il en a accusé Marion. Ce qu’il a nommé son «crime », n’a cessé de marquer sa vie intime et sociale, ses options philosophiques et politiques, comme son écriture.     
Que Rousseau ait été « questionné publiquement » nous fait aborder  aux rives  sociales du « revivre ». Mais toutes les blessures singulières sont déjà en résonance avec des souffrances collectives.

Avec Winnicott

 On peut se demander comment les victimes de violences, viols, tortures, génocides, peuvent  sortir d’un ressassement, un ressentiment qui est l’indice d’une violation, de la part d’un autre ou de la société, quand elle détruit la vie au lieu de la protéger.
Worms aborde alors le thème du « faire revivre » et de la « résilience », questions qui renvoient au « care », déjà évoqué par lui dans son ouvrage « Le moment du soin. A quoi tenons-nous ? » Il ne dénie pas pour autant qu’il puisse y avoir de l’irrémédiable  car il restera un « avant » le coup porté, quand la confiance en soi et en l’autre était vivace et un « après », quand la confiance sera détruite et que l’instant ne pourra s’oublier : « Le cri [que le coup porté] arrache n’est pas seulement de douleur et de revendication, mais d’étonnement, un étonnement qui révèle une attente, l’attente naïve du bien qui est au cœur de notre âme, qui la définit même, selon Simone Weil, et qui est brutalement trahie ; c’est donc aussi, en un sens, un cri de deuil. »
Ce dommage définitif n’est pas seulement  lié à l’irruption d’une force anonyme ; il vient d’un autre. C’est pourquoi, un autre, différent,  pourra, peut-être, favoriser un renouveau. Worms se réfère à Winnicott et à son ouvrage si riche d’expérience et d’humanité : « La crainte  de l’effondrement ».  Winnicott, y énonce en particulier, que lorsque  l’angoisse panique  d’une catastrophe nous submerge,  ce que nous redoutons nous est déjà arrivé. Affirmation précieuse : nous avons déjà vécu cette catastrophe et notre malheur est que nous ne cessons de l’appréhender. En fait, croyant redouter l’avenir, nous restons figés dans l’effroi du passé, effroi d’un événement qui a fait régresser jusqu’à la seule folie qui soit : la folie originaire, celle dont nous ne pouvions avoir conscience. Cette « folie » ne peut être remémorée que si on la revit. Or elle provient toujours d’une dimension relationnelle. Il faudra donc qu’une relation concrète vienne rejouer ce lien originaire pour que le ravage puisse être dépassé et que l’on puisse revivre/ vivre. Ce que l’on cherche là à revivre « pour de vrai » « en remettant en jeu sa subjectivité dans une expérience relationnelle provisoire »  comporte ses propres risques relationnels qu’on ne peut sous-estimer et dont l’histoire de la psychanalyse témoigne. Ce sont ces risque pourtant, s’ils se dépassent, qui nous donneront accès à notre vérité individuelle et à nos ressources.

Avec Kertész

La société, sous la forme de la justice peut aussi jouer un rôle dans la résilience en officialisant une violation ; mais la marge est étroite entre le risque d’enfermement dans la victimisation et la surdité au désespoir. Si l’on pense au procès d’Eichmann, on voit à quel point on a bâillonné les cris de souffrance des témoins dans un souci de rigueur objective. A l’inverse, on a assisté au cours du dernier quinquennat à une insistance sur la victimisation dans un mouvement de démagogie politique mettant  ostentatoirement en scène la compassion.
Pourtant la reconnaissance officielle d’un acte de barbarie, viol, torture, peut rendre une dignité à qui l’a subi. Mais l’agresseur n’est-il pas une autre sorte de victime, comme le montre Jean Hatzfeld à propos du Rwanda lorsqu’il recueille le témoignage des tueurs («Une saison de machettes»), après celui des rescapés (« Dans le nu de la vie ») ? Et heureusement, les agresseurs trouvent toujours des avocats.

Je me suis éloignée là, encore, du texte de Worms qui s’attache surtout, en particulier dans « Ce qui n’est pas fini », à la réalité de la Shoah ; il en appelle à Imre Kertész qui n’a cessé de « revivre » cette expérience dans son œuvre jusqu’à  faire  de la catastrophe une sorte de fondement culturel dans  son ouvrage « L’Holocauste comme culture » : « L’universalité de cette expérience apparaît de plus en plus clairement […] Si [la société européenne] décide que la danse macabre de l’Holocauste est une partie inaliénable de [sa] conscience, alors cette décision sera fondée non sur la compassion ou le regret mais sur un jugement de valeur. L’Holocauste est une valeur parce qu’à travers des souffrances incommensurables, il nous a menés à une connaissance incommensurable ; et ainsi il recèle un contenu moral incommensurable ».
Ayant lu, relu ce point de vue et l’ayant depuis longtemps médité,  je reste reconnaissante à Imre Kertész  d’avoir proposé ainsi l’universalité, donc le partage de sa propre expérience, faisant  pièce à ceux qui se servent de leur épreuve ou de leur proximité avec la tradition et la Shoah, pour afficher un plus-de-savoir, excluant les innocents ( dans le sens de ceux qui ne savent pas), sépharades, marranes et autres goys qui ne pourraient rien dire de ce qu’il n’ont pas assez précisément vécu ou approché. Que l’on pense (c’est un exemple parmi d’autres), au tapage médiatique provoqué par Claude Lanzmann quand Yannick Haenel a publié « Jan Karski »  C’est que les tenants de cette « intelligentsia » s’imaginent représenter une élite  possédant de façon exclusive l’aptitude à transmettre une réalité dont ils se croient propriétaires, alors que le savoir se communique par dissémination, pollinisation,  osmose. Par exemple, Lacan a si bien  absorbé  le témoignage de son analysante Anne-Lise Stern (auteure de « Le savoir déporté ») qu’il a formulé, en partie influencé par son récit, son concept le plus important et le plus porteur : celui de « Réel », dans le sens de l’impossible qui nous « tombe dessus ». Et ce « Réel », nous en avons tous la pré-science, celle qui me transforme, moi, vous, nous, les autres, en suricates chaque fois que nous flairons le danger d’oppression, d’écrasement ou de mort ; et dressés sur nos pattes arrière, nous mettons toute notre énergie et notre vigilance à tourner notre tête à droite à gauche, à gauche, à droite pour déterminer, dans une vision décuplée par l’angoisse, l’ éventuelle origine du risque...interne et inactuelle certes, selon Winnicott,  mais quand même...L’homme est un animal parmi d’autres et l’enrobage de son verni civilisé se révèle des plus minces !
 
Imre Kertész a choisi un « revivre » en écriture. Pour d’autres, le revivre mortifère l’aura emporté tant fut vive la douleur : pour Robert Anthelme, Paul Celan et bien d’autres, à commencer par ceux que l’on nomma « musulmans » parce qu’ils choisirent de se laisser mourir dans le camp même. Jorge Semprun les évoque dans « Le mort qu’il faut ».
Mais je m’éloigne à nouveau. C’est une caractéristique de ce livre que d’offrir aussi à son lecteur des chemins de traverse où déployer sa propre expérience, sa réflexion, ses apartés.

Avec Proust

Avec Imre Kertész, Worms évoque le « revivre » dans la création, en particulier dans  la pensée et l’écriture. « Réminiscence ou création ? » est consacré à « La Recherche » proustienne pour montrer le passage du souvenir parfois douloureux à son dépassement dans l’écriture. C’est à l’expérience de la perte que s’attache  Worms ici encore. Proust est hanté par le souvenir de sa grand-mère qu’il se reproche d’avoir négligée à la fin de sa vie. Il décrit une révélation  douloureuse et contradictoire : au désespoir de la perte se mêle une force, une joie au souvenir de celle qui l’a aimé et le sentiment d’une continuation de la relation dans la mémoire. Cette souffrance, il en vient à la désirer : « je voulais continuer à la subir suivant ses lois à elle, à chaque fois que revenait cette contradiction étrange de la survivance et du néant entrecroisés en moi ». Épuisé par les insomnies consécutives à cette contradiction et à sa culpabilité de ne pas avoir été assez présent dans les moments ultimes, il fait un rêve dans lequel son père lui dit que sa grand-mère a demandé de ses nouvelles mais veut l’empêcher de la revoir. Il lui répond alors dans une phrase insensée  mais, selon Worms,  plus « vraie que l’intelligence » : «Tu sais bien que je vivrai toujours près d’elle, cerfs, cerfs, Francis Jammes, fourchette. ». « Le délire, commente Worms, n’est plus seulement le signe de la perte et de la souffrance. Car, au fond, de même que la recréation du passé n’en abolit pas la perte, de même sa perte n’en annule pas la force, celle, en lui, qui nous permet d’avancer ».

Avec Bachelard

Le « revivre » dans la création est à son apogée dans l’acte poétique : dans « La poétique du phœnix ». Worms se tourne pour le dire vers Gaston Bachelard  qui écrit : « Le vécu garde la marque de l’éphémère s’il ne peut être revécu […]  Nous aurons à prouver qu’une poétique de la vie vit la vie en la revivant, en la majorant, […], en passant du fait à la valeur, et, suprême action de la poésie, en passant de la valeur pour moi, à la valeur pour des âmes congénères aptes à la valorisation par le poétique » ; et plus loin : « La poésie est une métaphysique instantanée. En un court poème, elle doit donner une vision de l’univers et le secret d’une âme, un être et des objets tout à la fois […]. Elle est le principe d’une simultanéité essentielle où l’être le plus dispersé, le plus désuni, conquiert son unité  […]. Essentiellement, l’instant poétique est une relation harmonique entre deux contraires »
L’on peut élargir ce point de vue aussi bien à l’art en général qu’à la création quotidienne de sa vie par chacun de nous.  Le phénix n’est pas l’oiseau imaginaire qui se consume puis revit ; il est l’être qui éprouve les deux expériences en même temps. C’est le don que nous fait Worms : nous faire constater l’existence d’une simultanéité « bipolaire »aussi bien personnelle que collective.

Je n’ai arpenté que quelques voies de ce parcours buissonneux et foisonnant qui permet de suivre un sentier ou un autre au hasard, de faire des détours aussi, un parcours qui, donc, laisse le lecteur libre tout en explorant dans ses multiples inscriptions cette vérité première : nous sommes non seulement tour à tour, mais en même temps, glacés et réchauffés, en mélancolie et en joie. Cette  sorte de « bipolarité » pourrait être la marque de notre époque comme celle que chacun porte au vif de sa chair.
Cette évidence, l’existence concomitante en nous de nos hivers et nos printemps,  de nos morts et renaissances, Worms l’associe à nos liens, intimes et sociaux, et à la création, en particulier poétique. « Eternelle reprise » plutôt qu’ « éternel retour » disait Bachelard et l’idée de « reprise » autant que de « répétition » était déjà implicite dans l’élaboration nietzschéenne.

Avec Aragon

Ecoutons donc,  pour finir, ce poème d’Aragon, cité par Worms. C’est en quelques vers que Le poète dit cette réalité s’étonnant du « revivre » dans l’instant même de la perspective mortelle:

Il n’aurait fallu
Qu’un moment de plus
Pour que la  mort vienne.
Mais une mai nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l’immense été
Des choses humaines ? […] (« Le Roman inachevé »)

Questionnement lyrique et émerveillement de ce renouveau qui n’oublie pas et contient l’image planante de la mort.

N.C

dimanche 5 août 2012

Nocturne lunatique


Si frileuse la lune, ce soir,
ramassée sur elle-même,
repliée en sa crinière rousse,
pâle réfugiée cosmique
fomentant la cavale en baisers gueule- de - loup
pressentant la brisure des heures dénouées.

Une navette, ici, trame le temps humain.
Le rossignol fait fond sur notre nostalgie,
découpe,
en traits intermittents
l’ombre feuillue des arbres
dansant contre les vents
pour émietter des lunes
et les faire ricocher
soufflées en mille éclats
de  transparents miroirs
où nous éparpiller,
 entre bouches et mains
lorsque l’instant défaille…

nous perdre à en mourir et aux aubes revivre.
noco