samedi 22 décembre 2012

Beauté(festivités) et/ou festivités (beauté) ?



Cette période de fêtes, nous voudrions la vivre entourés de chaleur et de beauté. Mais la beauté ? C’est une des réalités qui échappe le plus aux définitions, aux abstractions et à la capture. Les hommes, au moment de Noël, tentent de la figurer de façon artificielle : guirlandes, magnificence des vitrines, cadeaux, plats fins, mais alors le « paraître » pourrait avoir pour fonction d’éluder l'« apparaître » dans sa concomitance avec le « disparaître ». C’est que le terme de l’année est le signe d’une rupture, d’un basculement temporel. Peut-être voudrions- nous lui échapper  fermer les yeux sur la misère du monde, là, dehors, celle que la couverture de « Télérama » évoque dans l’image de gros prédateurs à l’affût d’un petit poisson qui s’écrie : «  2012 encore une année de merde ». Et comment ne pas songer à tous les témoignages évoquant la contrainte et les différends qui crient en silence dans certains repas familiaux ? Ou, a contrario, l’abyssale solitude ?
Alors, la beauté ? N’est-elle pas avant tout, le kairos grec, c'est-à-dire la rencontre occasionnelle et fugace, un mouvement amoureux dans une nuée de poussières lumineuses s’échangeant en l’instant entre un être vivant et une altérité : dans l’élan vers un autre, ou  un paysage, une ville, un chant d’oiseau, un tableau, la musique ? C’est une sorte de phénomène atmosphérique, un éclair dans l’obscurité.
Nous en aurions gardé surtout une réminiscence, non pas une mémoire lourde qui serait tentée de ranger et classer sur des étagères, dans un souci de conservation ; non pas tant un souvenir, qu’une souvenance légère, un climat intérieur : un texte lu par une voix aimée ; une course d’enfants quand, en robe ou pantalon de fête et galoches, nous nous élancions, couverts de neige, vers la crèche, à minuit, subjugués par les rois mages ; la joie de l’étreinte ; la biche croisée dans une clairière et qui d’enfuit avec grâce ; le poignant instant de mélancolie, un jour, à l’écoute du piano solo dans le concerto de Ravel ; n’est-ce pas cela que nous voudrions ressusciter à Noël, une retrouvaille  de ces moments évanouissants où tout soudain, en l'instant, la séparation s’abolit ?
Alors ce sera peut-être, ces jours-ci, le regard perdu d’émerveillement, d’un enfant découvrant l’objet dont il avait rêvé, le souffle du plaisir partagé  qui, en un éclair, est passé. Notre atmosphère intime s’en trouverait, peut-être, enrichie tandis que s’étofferait le tissu de nos réminiscences. Nous pourrions en vivre mieux, sans doute,  les aléas de notre condition dont l’un des constituants essentiels, la séparation, est le décalage entre nos intentions et les fruits qui viennent leur répondre. Avant d’y revenir, il y aurait eu la trêve de ces intervalles et l’effleurement d’une présence passante.

N.C.

2 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

la biche croisée dans une clairière et qui d’enfuit avec grâce: effectivement, c'est bien dans notre regard qu'est cette grâce, pas dans le pas de la biche, qui s'en fiche bien. Question de 'climat', oui !

Noëlle Combet a dit…

"Si tu ne le regardes pas d'un bon oeil,
le paysage n'est pas laid
C'est ton oeil
Qui peut-être est mauvais"

Miguel de Unamuno; citation approximative (de mémoire)