samedi 26 janvier 2013

J. B. Pontalis, arpenteur d'éternité



La dernière fois que je suis allée écouter J.B. Pontalis, il y a deux ans, m’est venue une image étrange : je le voyais comme l’un de ceux dont Spinoza dit qu’ils sont déjà  l’incarnation, dans leur vie même, d’une sorte d’immortalité, parvenus à l' « intuition », forme ultime de la connaissance, dans une expression d’amour déployé.
Fragile, vacillant, Pontalis parlait... de la transmission en général et aussi en particulier, dans son expérience de grand-père, de la mélancolie douce, de la nostalgie, du goût et du prix de la vie, malgré tout... et sa voix portait, transportait jusqu’à d’invisibles limites l’esprit qui l’animait. Son extrême modestie en était une forme, comme lorsque, évoquant avec humilité son tabagisme, il disait que « la cigarette a cette vertu, comme le sein maternel, d’être à la fois un excitant et un calmant. »
Je me suis dit, buvant ses paroles comme un lait, justement, ce jour-là : il n’a plus qu’un petit pas à faire ou plutôt à achever ; cela paraît tout simple.
Est-ce si simple d’accomplir le pas de plus, le dernier ? J.B. Pontalis l’a fait le 15 janvier, date de son anniversaire, retourné à son « avant », au terme de sa vie, lui qui écrivait : « Je ne raconterai pas une vie. Je n’ai aucune idée de ce que peut bien être une vie, la mienne ou de qui que ce soit. Ce seront des fragments, ce ne pourra être que cela, ici et là, des blancs, des lacunes. Des ruptures. Et entre lui et moi, des passages ».
Ma reconnaissance va vers ce penseur, ce poète, qui continuera à vivre en moi, lui qui, à mes yeux, a donné corps au meilleur de la psychanalyse dont il disait : « Progressivement, je perçois que sa parole, comme la mienne ne sont porteuses de rien, ne portent vers rien, qu’il n’y a d’autre présence, entre lui et moi que celle de l’absence. »
Des bouts de ce « rien », les entrelaçant, les divisant, les réunissant, les séparant, les tressant, J. B. Pontalis aura, d' émotion et de pensée, tissé sa vie.

 N.C.

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