dimanche 9 juin 2013

Le réel: saisie et/ou (dé)saisissement : Clément Rosset, Philippe Bergson, Philippe Forest





Réalité et principe de non contradiction
 La philosophie, dès sa naissance, a voulu comprendre la réalité, souvent en l’opposant à ce qu’elle ne serait pas.  Dans « La République », Platon tourne le dos aux Tragiques, décrète la nécessité de mettre les poètes à la porte de la Cité et invente l’allégorie de la caverne selon laquelle les Idées représenteraient la réalité et seraient le privilège, des gardiens de la cité –les philosophes-, tandis que le commun des mortels, enfermé dans le sensoriel prendrait les ombres se reflétant sur le mur, au fond de la caverne, donc l’illusion, pour la réalité. Et nous restons pris dans cette métaphore, de façon catastrophique ainsi que le suggère Derrida dans « La carte postale » (voir sur ce blog texte d’août 2011) ; catastrophe pour notre époque encore, que cette théorisation, éventuellement renforcée par la religion qui considère l’au-delà comme le vrai monde. Aristote, après Platon, pour théoriser le réel énonce le principe de non contradiction. Ainsi A est ou n’est pas le ou étant ici purement exclusif. Est-ce si simple ? Ce principe, en effet, se révèle limité car si on utilise l’outil du tétralemme, on a le choix entre non plus deux mais quatre hypothèses et peut-être plus à bien y réfléchir car la théorisation des univers parallèles par les physiciens contemporains ouvre encore d’autres perspectives.Le tétralemme, pour ne s’en tenir qu’à lui, propose quatre logiques d’approche de la réalité :1 : A est ;   2 : A n’est pas ;   3 : A  ni n’est ni n’est pas ;   4 : A est et n’est pas.

Le tetralemme introduit à la vacuité
Cette constellation  des possibilités est évoquée dès l’Antiquité par Pyrrhon mais apparaît aussi, depuis des siècles sous la forme du catuskoti, en tant qu’expression de la coproduction conditionnelle qui est l’un des fondements du bouddhisme et dont on retrouve une application dans la physique quantique. Elle conduit à prendre en compte l’existence du vide médian et de la vacuité en tant que souffle intermédiaire indiscernable, contribuant à ce que se composent entre elles, dans une interdépendance, les forces, même apparemment contradictoires, issues des objets physiques, des sensations, des perceptions, de la pensée, de la conscience. Le tetralemme  ouvre  donc des voies pour approcher la réalité. Mais le « réel »,  le « possible », l « illusoire »  s’expriment aussi, - je ne sais si c’est de façon plus simple ou tout aussi complexe-, dans la conjugaison. Me  rappelant ce qu’on m’avait enseigné : « le verbe est le noyau de la phrase », j’ai commencé, pour approcher cette question, par mastiquer ce noyau en combinant sa saveur avec celle de textes qui m’avaient déjà mise en appétit. 

Conjugaisons de la réalité
A première vue, le conditionnel présent quand il prend la forme du potentiel, est un mode-temps de la possibilité : « Je pourrais devenir champion de ski ». C’est une sorte d’anticipation. Mais si le possible s’avère irréalisable, le potentiel est alors porteur d’une illusion : celle de croire que l’on peut échapper à son destin.  Ainsi, le conte arabe relaté par Jacques Deval dans sa pièce « Ce soir à Samarcande », met en scène le vizir de Bagdad. Ayant rencontré une femme en qui il reconnaît  les traits de la mort, il obtient de son calife la permission de fuir à Samarcande, Le calife donne son autorisation et, perplexe, part, à son tour, à la recherche de la femme, qu’il trouve et qui lui dit « j’ai eu un geste de surprise en voyant le vizir là, à Bagdad, car je l’attends ce soir à Samarcande ». Clément Rosset, qui évoque cet exemple dans « Le réel et son double », analyse de la même façon l’histoire d’Œdipe. La fuite répond, dans ces deux situations, à la croyance que l’on peut échapper à son histoire, c'est-à-dire à soi-même, ce qu’illustre aussi le mouvement de ceux qui se lancent dans des expériences extrêmes ou des voyages longs et aventureux pour échapper à leurs difficultés existentielles mais, se quittant ici, se rencontrent là-bas. On pourrait...Devenu le temps de l’illusion, le potentiel, aussi nommé irréel du présent se transforme en conditionnel composé ou irréel du passé : On aurait pu.  Avec ce temps composé, force est de revenir de l’illusion  au mode indicatif : on n’a pas pu. Mais, comme le montre l’auteur, pour l’illusionné, cet impossible même est dénié.

L'illusion selon Clément Rosset
Clément Rosset, s’appuyant sur le mort de Samarcande et Œdipe aveuglé, théorise ce qu’il nomme « illusion oraculaire », y impliquant donc la dimension du destin.  Il analyse aussi, dans le même essai, l’illusion métaphysique, celle qui donne à croire à un autre monde, meilleur que celui-ci, deuxième forme de l’illusion. Il en approche en même temps une troisième forme, pouvant se révéler plus spécifiquement pathologique, selon lui : la croyance au double sous la forme d’un autre. Que penserait de cette assignation à la psychopathologie, Paul Ricoeur qui a écrit « Soi-même comme un autre » ? Selon Clément Rosset, la croyance à un double fait déjà partie des deux autres formes –oraculaire et métaphysique - de l’illusion : Œdipe, lorsqu’il rencontre son destin, croit avoir été transformé en un autre, dans une sorte de trajectoire maléfique qui aurait métamorphosé son être véritable, en un autre, maudit.  Il ne discerne pas qu’il est simplement devenu lui-même. N’étant plus celui qu’il croyait il pense que sa vie n’est pas celle qui lui revenait, celle qu’il aurait dû vivre. Le faux, dans l’illusion, est pris pour le vrai, même après le désastre aveuglant de l’évidence. Le double aurait anéanti le singulier aux yeux de celui à qui la réalité s’impose mais qui refuse de voir que c’est le singulier qui, in fine, vient d’anéantir le double. Sentiment d’injustice et fatale inversion dans l’illusion de ce qui aurait dû être : le double ayant été pris pour le réel, ce serait maintenant le réel qui est pris pour un double mortifère.

Le névrosé et l'illusionné selon Clément Rosset
 Pour Clément Rosset, alors que le névrosé pourrait se libérer du conflit qui le mine, car il est, le plus souvent déchiré  entre son désir et son éthique, l’illusionné serait incurable dans la mesure, où il est l’homme ordinaire, chacun de nous, en quelque sorte, quand nous voulons ignorer une réalité. Car nous savons mais dénions. Ainsi Alceste sait bien que Célimène est une femme légère ; mais il nie l’ensemble des preuves qui lui en sont données. Il préfère croire toutes les allégations de la jeune femme. Lui aussi se fait dupe et s’insurge jusqu’à renoncer au monde tel qu’il est : pour lui, une fausse réalité, celle du dénouement, se substituerait à la vraie, celle qui aurait dû être ; mais voilà, aurait dû est un irréel du passé. Même mouvement dans l’illusion métaphysique : un monde vrai se trouverait au-delà de celui-ci, qui est faux. L’illusionné est donc bien une dupe, mais dupe de  ses représentations ; non pas d’une fatalité, mais de lui-même.

Le point de vue de Bergson
Approchant cette question d’une autre façon dans son essai : « Le  possible et l’impossible », Bergson démontre que le possible n’existe pas. Si l’on revient à l’outil verbal, le possible ne pourrait, dans ce qu’il analyse, se conjuguer au présent de l’indicatif. Il n’appartiendrait dans le champ verbal qu’au potentiel (réalisation aléatoire)  ou à l’irréel du passé (ce qui ne s’est pas réalisé). Le seul temps de la réalité serait ce futur composé, aussi nommé futur du passé  Lui seul présentifie le réel selon Bergson.  Cela aura été possible ; ce temps est celui du seul réel concevable ; Molière aura écrit « Le Misanthrope »
L’analyse de Bergson est riche, car dans la mesure où il affirme que rien ne peut être par avance, conçu comme possible ; alors, place est faite pour la surprise de l’événement, contenant pour lui, plus de richesse que l’anticipation. Ainsi, au contraire d’autres penseurs, sa conception de la réalité, donne plus de poids à la réalisation qu’à la promesse anticipée d’un plaisir. Il s’agit de convertir l’imagination en sensibilité. On ne peut pas, si l’on suit Bergson,  se dire qu’un événement est possible avant qu’il ne se soit réalisé. On assiste là, à une conversion du conditionnel présent (je pourrais vous rencontrer un jour) à un futur du passé, temps de l’indicatif (je vous aurai  rencontré ce jour-là) ; cette conversion modale entraîne avec elle une transformation de la temporalité : le flou du un jour devient la précision de  ce jour-là ; c’est donc le réel qui produit le possible et non l’inverse comme on le croit communément. Autant dire que cette analyse rejoint celle de l’illusion telle que  la conçoit Clément Rosset  mais reste dans la conception aristotélicienne de la dialectique et du dilemme : ou le réel est, ou il n’est pas et, sortant de cette opposition, on serait piégé par l’illusion et l’image du double.

Le présent : valeur absolue ou relative?
Et si l’on essayait,pour approcher le réel, le tétralemme et les deux autres propositions ? On aurait alors deux autres perspectives : le réel ni n’est ni n’est pas, puis, le réel est et n’est pas  D’autres nuances du potentiel apparaîtraient alors : il ne pourrait  être ni ne pourrait ne pas être ; il pourrait et ne pourrait pas être. L’on peut noter  dans  le dilemme un emploi du verbe être qui nous est familier : sa valeur ontologique, c'est-à-dire de vérité absolue, Le tétralemme y introduit du relatif objectant à l’absolutisation ontologique. Si par exemple, dans le retrait de la plus profonde contemplation, je ressens, devant un étang, " je suis un nénuphar", que fera-t-on de ce présent-là ? On peut dire que je délire –on délire toujours au présent- Dira-t-on que ce présent est irréel quand il est devenu cette réalité qui me fait poète ou qui fait peintre Cézanne devenu la « Montagne Sainte Victoire ».  Le tétralemme propose une alternative portée par les conjonctions de coordination ni, et. Il ouvre donc d’autres perspectives, particulièrement celle que représente le concept de « vide médian » dans la philosophie  chinoise ou d’ « emtsa » dans le judaïsme, les deux évoquant ce qui est « entre », ici entre l’être et le  non être  du réel ou du possible. Que se passe-t-il entre le moment où je suis nénuphar et celui où je me rhabille de mon identité ordinaire, celle que décrit mon état civil ? Entre le moment où Cézanne est la montagne qu’il peint, puis revient à lui ? Ce  retour peut-il faire abstraction de l’expérience d’immersion, qui a nourri la réalité et imprégné la singularité ?

"Que voit-on quand on ne voit rien"?
Revenons à Clément Rosset. En septembre 2010, il a failli se noyer à Majorque. Il s’ensuit plusieurs jours de coma et soins intensifs au cours desquels il est envahi de visions extravagantes, qu’il décrit dans « Le récit d’un noyé » : il est attaqué par un groupe de néo-mexicains, séquestré dans un salon japonais, entreprend la quête d’un élixir rouge, rencontre Cicéron, se fait l’avocat d’un corse accusé de viol etc. A la suite  de ce récit, il écrit « L’invisible » et mon hypothèse est que le voilà pris dans un dilemme : d’une part, il rejoint « Le réel et son double » puisqu’il cite Hamlet qui  voit  le spectre de son père et à qui la reine répond « Tout ­cela est forgé par votre cerveau : le délire a le don de ces créations fantastiques: » ; d’autre part, il pose la question paradoxale « Que voit-on quand on ne voit rien ? » Le  que, ici complément d’objet direct du verbe  s’oppose au  rien. Premier et dernier mot en opposition autour du pivot verbal ; il s’agit d’un chiasme qui révèle bien ici un certain embarras, la question produisant un effet paradoxal : oscillation entre que (on voit quelque chose) et rien. On verrait à la fois quelque chose et  rien. Nous quittons là une logique d’opposition, les contraires s’associant comme dans l’oxymore, quatrième proposition du tétralemme

L'ouverture littéraire
 En regard de cette pensée philosophique, finissant par se piéger dans ce dilemme dans la mesure où elle en a fait son outil (quelque chose ou rien devient ici quelque chose et rien), la littérature, plus souple et plus atopique, ouvre, comme la figure logique du tétralemme, d’autres pistes.  En ce qui concerne la question de la réalité « Le chat de Schrödinger » de Philippe Forest en est, tout du long, un admirable exemple et la première phrase attribuée à Confucius ( il y a dans l’ouvrage beaucoup de références à la Chine), en est le coup d’envoi : « Attraper un  chat noir dans l’obscurité de la nuit est, dit-on, la chose la plus difficile qui soit. Surtout s’il n’y en a pas. »
Philippe Forest et les univers parallèles
Ce chat apparaissant disparaissant, là et  pas là, vivant et mort est un frère de celui de Schrödinger  qui donne son titre au roman et dont je rappelle l’expérience. D’abord un dispositif : un chat dans une boîte, un caillou radioactif, une fiole de poison, un marteau et un compteur Geiger. La boîte est fermée. Si un seul atome de la substance radioactive se désintègre pendant l’expérience, le compteur détecte une particule alpha, un mécanisme met en mouvement le marteau qui brise la fiole et le chat meurt. Il y a 50% de possibilités qu’il meure ou non. Ceci ne peut se constater que si l’observateur, qui représente ici l’instrument de mesure, ouvre la boite. L’issue dépend de la fonction ondulatoire de la particule qui est dans une superposition d’états, à la fois onde et particule, comme l’a découvert Heisenberg ;  le chat lui-même, avant l’ouverture de la boite, est dans une superposition, ni mort, ni vif ; c’est l’indétermination quantique : il n’y a pas de résultat sans mesure.

Validation scientifique
 Ce qui est piquant, c’est que, ainsi que l’indique Philippe Forest dans son roman, Schrödinger avait conçu cette expérience pour montrer que les expériences de la physique quantique aboutissaient à des absurdités. Mais voilà que ladite expérience servit de tremplin à ses successeurs, qui in fine la validèrent. Pour Hugh Everett (193061982), le nombre des mondes alternatifs est infini. Plus près de nous, le philosophe des sciences Michel Bitbol, né en 1954, démontre  que la réalité peut être expliquée autant  par la physique quantique que par la physique classique. On peut, pour plus de précision, lire sur ce blog « Le sourire du chat et les univers parallèles », publié en  novembre 2011. On y remarquera la citation relevée par Bitbol dans la « Psychologie générale de Natorp  « Un subjectif et un objectif, dans une stricte unité corrélative, se conditionnent mutuellement ». Voilà qui vient illustrer la coproduction conditionnelle à laquelle renvoie le tétralemme.

Quel chat?
 Revenons à la première phrase du roman. La sentence attribuée à Confucius  « Attraper un chat noir dans l’obscurité de la nuit est la chose la plus difficile qui soit. Surtout s’il n’y en a pas ». L’auteur précise plus loin : « difficile, mais pas impossible. » C’est cette difficulté sous toutes ses formes qu’explore le roman. Y a- t-il un chat ? Il est là, dans le jardin ou dans la maison, apparaissant/ disparaissant de sorte que sa première disparition devient évidente avant son apparition : s’il a disparu, c’est qu’il était là. Il se pourrait donc qu’il y ait un chat et alors, le potentiel,  quittant l’irréel du présent, devient le temps du virtuel  qui est au  fondement de toute spéculation et expérience scientifique comme de toute  rêverie poétique. Exploration du virtuel, le texte se fait méditation sur la diversité des mondes parallèles. On en éprouve un vertigineux plaisir en lequel auteur et lecteur perdent pied ensemble entre apparition-disparition, vie-mort. La poésie du style vient accompagner cette délicieuse indétermination : « « le soleil couché, les nuages masquaient la lune et les étoiles, recouvraient tout le ciel, capturant ce qui lui restait de clarté. Il est apparu quelque part dans un coin du jardin. Disons près du grand genêt presque sec, à deux pas du lilas. Dissimulé dans un pan d’ombre, là où, à l’angle, dans le renfoncement, l’obscurité paraît un peu plus profonde qu’ailleurs ». L’atmosphère évoquée, de clair obscur, permet de voir ou de croire voir le mouvement sinueux d’un chat dans le jardin. Il réapparaît, redisparaît, s’installe un certain temps dans la maison puis, un jour, il aura définitivement disparu. Ce qui rend émouvante l’ultime disparition, c’est qu’elle fait écho, pour l’auteur à la mort de sa fille encore enfant...et le narrateur, erre en quête du chat, qu’il appelle, qui ne répond pas.

D'un monde l'autre
Ce chat, passant, se fait passeur : il circule et fait circuler entre des mondes dans une atmosphère ténébreuse d’ensommeillement. Il traverse les portes du jour et de la nuit. Quand on ouvre la boîte de Schrödinger, c’est «  l’effondrement du paquet d’ondes » qui provoque l’issue : le chat n’est plus mort et vivant ; il est mort ou vivant ; le texte de Philippe Forest invite à rester dans une atmosphère d’entrouverture de la boîte (qui peut aussi référer à notre boîte crânienne) et donc à suspendre le temps. Dans cet intervalle, toutes les variations sont possibles et l’on peut penser  au chat de Chester dans le pays des merveilles d’Alice. Il y a, dans ce roman comme dans celui de Lewis Caroll l’atmosphère fantastique des contes.
Expérience d’impermanence, ce récit est aussi celle d’une dépersonnalisation: « J’étais moi-même et puis un autre qui était encore moi-même. Aucun des deux n’était plus  vrai que l’autre. Chacun des deux êtres dont je parle était autant moi que l’autre et leur coexistence était pacifique. Ils habitaient tout bêtement deux univers distincts qui, sans doute, n’en formaient qu’un seul mais qui se trouvaient tellement étrangers qu’ils en devenaient presque étanches l’un à l’autre, chacun à peine averti de l’existence de son voisin.

De l’eau, du sable sous mes pieds

La réalité ?

Trois fois rien.

Des flocons de néant.

Quoi ?

On ne sait pas.

Cela et son contraire.

Ondes  ou bien corpuscules ? »

La question ramène à la recherche quantique : ainsi, l’auteur ayant rappelé qu’Everett, par de purs calculs mathématiques, cette fois, inventa la thèse des univers parallèles en 1950, ajoute « si, sous les yeux d’un observateur une particule prend telle valeur donnée, il faut envisager que la même particule prend également et ailleurs la valeur opposée pour un autre observateur...A tout moment, partout, le réel bifurque dans tous les sens à la fois. Tout ce qui est possible se trouve virtuellement réalisé. Le virtuel et l’actuel ne se distinguent plus. Tout est vrai quelque part et faux partout ailleurs. »

 Retour aux mystères d'Eleusis
La plupart des penseurs et philosophes ont affirmé qu’une chose est ou qu’elle n’est pas ; d’autres, il est vrai, ont tenté une approche plus complexe, (par exemple  Cassou-Noguès  dans « Mon Zombie et moi » (cf. texte de novembre 2011 sur ce blog : « Du malin génie de Descartes au zombie de Cassou-Noguès). C’est que l’observation du monde subatomique conduit à renoncer à des certitudes en ce qui concerne la réalité. Philippe Forest le fait en écrivain et je ne peux m’empêcher de penser que l’apparition en littérature d’une théorie scientifique la valide en quelque sorte. Philippe Forest associe dans « Le chat de Schrödinger » des éléments scientifiques et  des éléments poétiques, faisant composition d’approches souvent opposées par les penseurs mais qui, en réalité se tissent très bien ensemble. Somme toute, c’est ce qu’enseignait Socrate dans le « Ménon » quand Platon ne se l’assimilait pas encore tout à fait, un Socrate presque présocratique. Que dit-il en effet dans ce dialogue ? Que tout, aussi bien la connaissance scientifique (ici celle de la surface du triangle redécouverte par l’esclave à qui elle n’a jamais été enseignée) que ce qu’on a traduit ensuite par « vertu », « excellence », « grandeur » etc. ne relève pas d’un enseignement mais qu’on doit le retrouver en soi par l’anamnèse. Et comment réalisera-t-on cette anamnèse ? Non par le langage ordinaire ni un quelconque raisonnement mais par une initiation ; celle que l’on pourra vivre à Eleusis en approchant, par l’intermédiaire des prêtresses, devins et poètes, les mystères et mythes, en particulier, celui de Perséphone. Celle-ci, remontant périodiquement de l’Hadès, y retournant, et donc apparaissant/disparaissant ne serait-elle pas l’aïeule du « chat de Schrödinger », une de ses formes ? Ainsi, ce sont des réminiscences, remontées de notre Hadès, qui nous guideront en direction et de la connaissance scientifique et de la « valeur », (le mot grec ρετή est intraduisible). Perséphone ou Lechat ! Ecoutons à nouveau Philippe Forest : « « Je parierais bien [...] que le chat d’Erwin Schrödinger et celui de Lewis Carroll sont en réalité -Etrange Réalité- un seul et même chat qui est encore tous les chats à la fois et n’importe quel d’entre eux puisqu’ il n’existe en somme qu’une créature unique qui partout et toujours, ici et là, maintenant et autrefois, comme dans chacun des univers parallèles entre lesquels librement elle voyage, se manifeste sous forme de chat. »

N.C.


2 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

… Ordre, dés-ordre des 'choses'… Et n'en saisir qu'un détail allusif comme ce 'petit' nombre emblématique qui s'affiche anodinement dans l'enseigne du présent bloque – et m'intrique vraiment, m'inquiète (philosophiquement) : 897 (dont la poésie fait danser la pensée…) Ainsi 8 avant 9 et avant 7 ; 9 après 8 et avant 7 ; 7 après 8 et après 9… Alors 'imaginer' une 'autre' possible suite des nombres, jouant au 'trois-vingt-quatre'. Peut-être la découvrirons-nous, ce soir, à Samarcande… Boutade, boutade, dis-je, que CELA, Noëlle…

Noëlle Combet a dit…

897 fait-il partie de la boutade? C'est en tout cas un "signe" apparaissant/disparaissant car je ne le vois quant à moi, nulle part. Comme je suis distraite jusqu'à l'étourderie parfois, j'ai tenté une véritable exploration...comme quand je cherche des champignons...en vain...Est-ce une hallucination? D'apparition ou de disparition? Les "bloques" comme vous dites, débloquent parfois. Moi, ce qui m'a inquiétée récemment, c'est de voir disparaître votre g+1 du texte "écriture/étrons"...et de m'y voir apparaître à votre place : il est vrai que j'avais appuyé sur ce bouton pensant en éclaircir le mystère...en vain. Mais comme un soir nous aurons tous disparu à Samarcande, alors...Merci pour votre visite : j'apprécie ces échanges sérieux/ludiques.
Noëlle