samedi 31 août 2013

Qui donc va là?



Qui donc va là en pleurs sur mes chemins de ronde ?
Un papillon jaune se déchire dans l’orage expiatoire de ce boogie woogie apocalyptique : On achève bien les chevaux...Le  poilu allongé dans la tranchée.... Ses yeux, déjà, se confondent avec le ciel et ses pieds déchaussés appellent des larmes...Le clodo lui ressemble couché sur des cartons, au coin de la rue, lui dont la faim fait ripaille...une femme violée de voile,  s’essouffle, morte vive, sous le soleil qui ne peut caresser sa peau...L’adolescent désœuvré  tend ses deux mains vers les vivres de la vie libre...

Qui donc va là, rieur, sur mes chemins de ronde ?
La splendeur d’un arc en ciel, a enjambé les blés, un matin...Le bambin berce doucement son doudou...Ce vieux homme pensif a un œil sur la puissance de vie, l’autre sur la mort vanité...La jeune fille amoureuse, soupire de toute éternité, tombée d’un roman égaré...L’ivresse d’un chanteur s’accorde à sa guitare...Les sources du silence descendent des étoiles, dans le parfum des roses au chant d’un rossignol quand on se retourne vers le temps généreux ; et deux amants s’inventent.

Perchée sur mon réverbère, je regarde, la vie avec sa collection de lunettes multicolores et réversibles dont, tour à tour, elle chausse son nez.  Selon les verres et les montures, je suis modifiée et agie. Redescendue,  me voilà mêlée, tissée de ces images qui  me gouvernent, m’orientant vers mes caps, mes hontes, mes guerres, mes défaites, mes oasis.

noco

dimanche 18 août 2013

Et Icare accosta la lune



Quand il est allé labourer les nuages...le funambule fou... pour récolter les courbes de la lune,
il a entendu tous ces cris qui montaient de la terre : on le montrait du doigt...Il a  fui, à cheval sur le vent...
 et on ne l’a jamais revu.

Parfois, le soir, à l’orée de nos nuits,
nous  l’entendons chuchoter.
Il accompagne nos rêves, les plus doux, les plus effrayants, de sa basse gutturale et feutrée... voix- odeur de miel, voix- couleur de lune.
noco

lundi 5 août 2013

De Chester? De Schrödinger? D'ailleurs? Un crapaud...



Presque quotidiennement, nous trouvons, le matin, à l’angle de la terrasse, la marque de passage nocturne du crapaud et, presque quotidiennement, matinalement, nous protestons : oser ainsi souiller nos carreaux amoureusement entretenus !! Il faut encore s’emparer du balai puis de la serpillère…Saturation de la répétition ! Que le diable emporte le crapaud !

Mais qu’un matin la crotte noire en forme de limace vienne à manquer et nous voilà soucieux comme deux parents au chevet d’un nouveau-né souffrant. Inquiétude...  Qu’est-il donc arrivé au crapaud ?  Et y a-t-il seulement un crapaud ? Nous en avons bien vu un, palpitant sous une pierre, il y a environ deux ans ; nous entendions aussi son croassement sourd et mélancolique, certains soirs. Nous avons inventé, étant donné que les crapauds ont une longévité de trente cinq ans, que c’était encore lui qui nous adressait aujourd’hui ce signe facétieux, calligraphiant ainsi notre mémoire... Mais nous ignorions de quels accidents ou prédateurs un crapaud peut être victime. Était-ce bien lui, un autre, aucun ? N’était-ce qu’une fugace apparition de cet animal chtonien, mythique, censé apporter la prospérité ou avoir avalé la lune lors d’une éclipse ?

Il y a quelques jours que la terrasse reste lisse. Nous attendons, désormais soucieux, le matin suivant qui nous apportera peut-être la certitude que le crapaud survit, invisible, dans les parages quand nous nous précipiterons vers une évidence ou absence de trace.



N.C.