jeudi 28 novembre 2013

Colère intello




Ce matin, je faillis m’étrangler de colère et doucher mon petit poste lorsque j’entendis présenter la mutation de Roosevelt 2012 en parti « Nouvelle Donne ». Ce renouvellement, fut-il annoncé avec un air entendu, rencontrait peu d’audience parce qu’inauguré par des intellectuels. Edgar Morin, Cynthia Fleury furent nommés.
Ma révolte augmenta lorsqu’à 8h 55 l’humoriste Walter introduisit une de ses idées comme intellectuelle ...mais il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, ça n’allait pas durer longtemps...C’était peut-être de l’antiphrase mais la catégorie  intellectuelle  y était bien désignée comme étrange, voire étrangère.

Assumant ma qualité d’intellectuelle, (épithète que l’on m’applique souvent sans voir le courage que cela m’a demandé, ce qui n’exclut pas le plaisir, au contraire), je fis quelques recherches stimulées par mon indignation. Le verbe latin intelligere signifie discerner, saisir, comprendre. Il se décompose en un préfixe, inter : entre  et un verbe legere : cueillir, choisir, lire. Le mot intellectualis en dérive.
Le terme français intellectuel, d’apparition récente a été adopté, en lien avec l’affaire Dreyfus, par les écrivains antisémites Barrès et Brunetière, pour désigner les écrivains dreyfusards Emile Zola, Octave Mirbeau, Anatole France.
On peut sourire en précisant cela : Edgar Morin, participant intellectuel de « Nouvelle Donne » est celui qui a eu le courage de jeter son étoile jaune dans la Seine et rentrer en Résistance. Il aurait été dreyfusard !

D’après Wikipédia, « la connotation péjorative initiale (l'intellectuel comme penseur réfugié dans l'abstraction, perdant de vue la réalité et traitant de sujets qu'il ne connaît pas bien) a ensuite très largement disparu, au profit d'une image positive d'hommes, appartenant certes à des professions intellectuelles, mais avant tout soucieux de défendre des causes justes, fût-ce à leurs risques et périls »
Cela confirme ma conviction : nous voilà embarqués dans une dangereuse régression qui fait les beaux jours des extrêmes car l’ « image positive », idéalisée, dont nous parle Wikipedia, n’est plus d’actualité. Sous l’influence d’un  totalitarisme soft, celui des nouveaux pouvoirs, par lesquels j’entends toutes ces manœuvres de tous bords pour nous inciter à dépenser plutôt qu’à penser, actions marketing qui jouissent de la complaisance des politiques et s’appuient sur les progrès des neurosciences rendant possibles des inscriptions dans nos cerveaux, nous pouvons être, à notre insu, intellectuels y compris, dépossédés de notre liberté de choix. Et pour que nous restions dociles, une sous culture, le plus souvent, nous est proposée par les images cinématographiques et télévisuelles mièvres ou violentes. Pas toujours, heureusement, mais pour discerner et choisir, il faut réaliser un exercice intellectuel.

Comment inventer de nouveaux modes, une « nouvelle donne », sinon en s’autonomisant, c'est-à-dire en développant et multipliant ses propres connexions synaptiques. Maryanne Wolf, neuropsychologue  américaine, travaillant en particulier sur Proust, la dyslexie, les apprentissages de lecture et d’écriture a pu énoncer : « nous sommes ce que nous lisons » Ses recherches sur le cerveau, par l’intermédiaire de l’IRM, l’ont convaincue de la plasticité cérébrale qui se nourrit de notre vie psychique, de nos émotions, de notre culture ; j’ajouterai « de notre pensée » car je sais que penser et traduire ma pensée en écriture me modifie, au même titre que échanger des points de vue.

Etre intellectuel(le) c’est, pour moi, préférer d’autres incitations à celles d’une jouissance  consumériste sans limites comme à l’imposition d’une culture uniformisée.
Je crois que seul l’art, à condition qu’il puisse se tenir à l’écart de la commercialisation, peut avoir des effets semblables, sinon supérieurs à ceux de la pensée ; mais l’imagination qui le nourrit n’est-elle pas une forme de la pensée ? La poésie n’est-elle pas une sœur de la philosophie ?  La musique une sœur des mathématiques ? La peinture une sœur de la géométrie ? Autant de disciplines intellectuelles.
 Pour aller de l’avant, il faudrait développer nos qualités intellectuelles et les partager : c’est le rôle de l’éducation et de toute transmission : chercher à combattre cette paupérisation symbolique qui prend la forme d’une saignée du signifiant, au même titre que nous souhaitons combattre la paupérisation sociale. Et certes, il y faudrait une « nouvelle donne ».

N.C.

lundi 25 novembre 2013

Ecrit et offert par Hugo Combet, 10 ans, le 24. 11. 2013


L’amour de ma vie


A chaque jour, le temps passe...
et impossible de revenir en arrière...
depuis que l’amour de ma vie est partie,
il y a seize nuits...
L’amour de ma vie...
Partie.

Mais à chaque jour, quand le vent passe,
il me rappelle combien elle était belle.
J’aimerais revenir...
Revenir ce jour où je me suis rencontré avec elle.
C’était sous le soleil, et le lendemain,
c’était Noël sous la neige...
Sous la neige du lendemain matin,
j’étais tombé amoureux d’elle.

Quelques mois après, elle me quittait.
J’en pleurai...je l’avais trouvée si belle !
Un jour, je l’ai revue, sous le soleil.
J’avais oublié combien elle était belle !
Elle m’a demandé si je voulais d’elle...
J’ai dit oui au-dessous du soleil.



Hugo Combet

samedi 16 novembre 2013

Une tendre embrassade avait-elle vocation à effacer un boomerang?



Il y a peu, le ministre de l’intérieur, peut-être emporté par sa fonction, et sa popularité, peut-être par excès de zèle, sans doute dans un calcul stratégique électoraliste, a désigné une catégorie de l’humanité comme  incapable de s’intégrer aux coutumes de la France et devant donc être reconduite à la frontière.
D’aucuns ont eu comme un sursaut de stupéfaction et de révolte et rappelé les articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1946 réaffirmés en 1948 : liberté de circuler et résider pour les hommes, principe encore élargi par la convention de Schengen en 1995.
Le 5. 12. 2012, d’autre part, le conseil constitutionnel a publié une loi établissant que chaque commune a le devoir de prévoir un terrain aménagé pour recevoir les gens du voyage (qui  ne sont pas exclusivement des Roms mais dont ces derniers font partie)
En 2004, la charte de l’environnement  assortit cette obligation de la nécessité de sauvegarde et de protection des droits humains.

Vœux pieux ? Nous sommes, de toute évidence loin du compte par rapport à ces principes...à tel point que la presse, sous plusieurs formes, questionnait, il y a peu : « La France est-elle en  train de devenir raciste ? » De quoi rire jaune. La France a la mémoire courte : elle a toujours été raciste, plus ou moins, et plutôt plus en période de guerre armée ou économique. Certains, pourtant, même parmi les plus en vue, prétendent qu’elle ne l’est pas. Aveuglement ? Dénégation ?
Quoiqu’il en soit les propos du ministre de l’intérieur, dans la ligne de ses prédécesseurs, ouvre encore plus largement, comme si besoin en était, cette boîte de Pandore, réceptacle de bas instincts et l’affaire  concernant Christiane Taubira  en est une triste illustration, une sorte d’effet boomerang produit par de tels propos. On ne pouvait que ressentir une émotion mêlée de colère en entendant cette dernière énoncer sur un plateau télévisé, qu’ainsi, son appartenance à l’espèce humaine, lui était déniée, ce qui évoquait pour ceux qui ont encore des souvenirs, l’ouvrage de Robert Antelme « L’espèce humaine », écrit à son retour de la déportation.

Quelques journaux s’émeuvent : on peut se demander si c’est toujours la peur d’être taxé de « politiquement correct » qui empêche la société civile française de voler au secours de la garde des Sceaux questionne « Libération ». Dans son entretien à ce journal celle-ci s’étonne  de ce qu’« il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée » pour dénoncer les attaques racistes dont elle a été victime et surtout « pour alerter sur la dérive de la société française ».
Peu de mouvements de soutien Pourtant, un élan se dessine sur Internet : « Marchons, marchons le 3 décembre 2013, pour l’égalité et contre le racisme",  a proposé Edwy Plenel, directeur de la rédaction de Mediapart.  Libération  a inauguré une page Facebook, "Racisme, incitation à la haine : Assez" dans le but de recueillir écrits, témoignages et initiatives.  D’autre part, fin octobre, Steevy Gustave, adjoint au maire de Bretigny-sur-Orge (Essonne) a lancé une pétition intitulée "France, ressaisis-toi!",

A l’Assemblée nationale une condamnation des injures adressées à madame Taubira s’est enfin exprimée. Se levant à l’issue de cette séance, la garde des sceaux est allée étreindre les épaules de monsieur Valls dans un geste affectueux, presque tendre et ce dernier, se levant, lui a répondu par une embrassade. C’était une belle image porteuse d’espoir mais on pouvait se questionner sur ce qu’elle masquait.  Peut-être Christiane Taubira a-t-elle eu un pur mouvement d’amitié dans le soulagement d’être enfin soutenue et ovationnée. Peut-être a-t-elle voulu absoudre ce ministre dont les déclarations concernant  les Roms légitiment des postures racistes, et font retour en un boomerang dont le sort de Christiane Taubira est l’illustration. A-t-elle voulu donner au ministre de l’Intérieur une sorte d’absolution et rassurer les téléspectateurs par cette scène médiatisée ? Qui saura ?  Les interprétations possibles sont multiples et ce qui se produit dans les coulisses du pouvoir reste, en définitive, masqué  malgré ou par la médiatisation. L’mage consensuelle peut donner à espérer, à rêver...Pourtant cet élan partagé reste, à plus d’un titre, troublant. Peut-on ne voir que le dépassement et la hauteur morale qu’il propose ? On voudrait bien, mais... la tendresse apparente peut-elle empêcher, défaire ou atténuer l’impact d’un boomerang qui continuera à faire effet, ici et là ?

N.C.

dimanche 10 novembre 2013

Etreinte des fantômes



Ma chevelure, alors, tresserait un filet, nasse blanche à saisir dans ce lac intérieur, surface ridée par les hésitations...
des poissons rassemblés en des bancs
aux couleurs envoûtantes.
Les voilà qui approchent, miroitent à l’instant, ondulent souplement ; mais quand je crois les voir, déjà ils se détournent.
Je redeviens ma blessure.

A l’orée de mes songes, messagère revenue de l’ailleurs, je voudrais que mon encre lactescente...
se déploie, vagues souples... où  pouvoir retenir les fantômes,
les enlacer
en spirales porteuses comme la nostalgie...ou le deuil de mémoire...
quand  rêvant éveillée, reconnaissant les bords de mon Hadès, j’appelle Perséphone.
Me voici suspendue au bord du grand secret,
dans un balancement entre étoffe de brume et soleil d’exister
que reflète
en son poivre doré
me remettant en marche...dans le présent du monde...
l’odeur des giroflées.
noco


jeudi 7 novembre 2013

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Un numéro spécial Temps Marranes 23 vient d'être mis en ligne http://temps-marranes.info/a_sommaires.html : je recommande en particulier l'article de Paule Pérez : "Le guépard ne danse plus pour l'Europe"