dimanche 10 novembre 2013

Etreinte des fantômes



Ma chevelure, alors, tresserait un filet, nasse blanche à saisir dans ce lac intérieur, surface ridée par les hésitations...
des poissons rassemblés en des bancs
aux couleurs envoûtantes.
Les voilà qui approchent, miroitent à l’instant, ondulent souplement ; mais quand je crois les voir, déjà ils se détournent.
Je redeviens ma blessure.

A l’orée de mes songes, messagère revenue de l’ailleurs, je voudrais que mon encre lactescente...
se déploie, vagues souples... où  pouvoir retenir les fantômes,
les enlacer
en spirales porteuses comme la nostalgie...ou le deuil de mémoire...
quand  rêvant éveillée, reconnaissant les bords de mon Hadès, j’appelle Perséphone.
Me voici suspendue au bord du grand secret,
dans un balancement entre étoffe de brume et soleil d’exister
que reflète
en son poivre doré
me remettant en marche...dans le présent du monde...
l’odeur des giroflées.
noco


3 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Déchire ces ombres enfin comme chiffons,
vêtu de loques, faux mendiant, coureur de linceuls :
singer la mort à distance est vergogne,
avoir peur quand il y aura lieu suffit. À présent,
habille-toi d'une fourrure de soleil et sors
comme un chasseur contre le vent, franchis
comme une eau fraîche et rapide ta vie.

Si tu avais moins peur,
tu ne ferais plus d'ombre sur tes pas.


Philippe Jaccottet, Parler, 8, À la lumière d'hiver.

Noëlle Combet a dit…

Cela me fait chaud au cœur de vous relire et d'apprécier une fois encore votre à propos par la médiation de notre Philippe Jaccottet. Son texte est splendide (au sens étymologique se resplendere)...et je me sens bien "coureuse de linceuls" dans l'appel à et le rappel de mes morts, y compris mes morts vivants. Et, à propos de la mort (pas) à craindre, ce jour d'hui est bien particulier.
Que devenez-vous d'autre part? Pour moi, de mon écriture m'est grand doute ces temps-ci.

Vincent Lefèvre a dit…

Oh, Noëlle, ce jour est trop présent pour l'évoquer encore, même en toute distance (je suis, il est vrai, de ces lieux où la blessure en demeure béante à jamais).

Et si je peux encore lire, écrire m'est devenu handicap ; c'est à peine si je devine encore ce que cela veut dire. L'ami Tarek m'avait demandé une préface pour un livre qui sort ces jours, je n'ai eu d'autre force que d'éluder sa fraternelle invitation.