samedi 16 novembre 2013

Une tendre embrassade avait-elle vocation à effacer un boomerang?



Il y a peu, le ministre de l’intérieur, peut-être emporté par sa fonction, et sa popularité, peut-être par excès de zèle, sans doute dans un calcul stratégique électoraliste, a désigné une catégorie de l’humanité comme  incapable de s’intégrer aux coutumes de la France et devant donc être reconduite à la frontière.
D’aucuns ont eu comme un sursaut de stupéfaction et de révolte et rappelé les articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1946 réaffirmés en 1948 : liberté de circuler et résider pour les hommes, principe encore élargi par la convention de Schengen en 1995.
Le 5. 12. 2012, d’autre part, le conseil constitutionnel a publié une loi établissant que chaque commune a le devoir de prévoir un terrain aménagé pour recevoir les gens du voyage (qui  ne sont pas exclusivement des Roms mais dont ces derniers font partie)
En 2004, la charte de l’environnement  assortit cette obligation de la nécessité de sauvegarde et de protection des droits humains.

Vœux pieux ? Nous sommes, de toute évidence loin du compte par rapport à ces principes...à tel point que la presse, sous plusieurs formes, questionnait, il y a peu : « La France est-elle en  train de devenir raciste ? » De quoi rire jaune. La France a la mémoire courte : elle a toujours été raciste, plus ou moins, et plutôt plus en période de guerre armée ou économique. Certains, pourtant, même parmi les plus en vue, prétendent qu’elle ne l’est pas. Aveuglement ? Dénégation ?
Quoiqu’il en soit les propos du ministre de l’intérieur, dans la ligne de ses prédécesseurs, ouvre encore plus largement, comme si besoin en était, cette boîte de Pandore, réceptacle de bas instincts et l’affaire  concernant Christiane Taubira  en est une triste illustration, une sorte d’effet boomerang produit par de tels propos. On ne pouvait que ressentir une émotion mêlée de colère en entendant cette dernière énoncer sur un plateau télévisé, qu’ainsi, son appartenance à l’espèce humaine, lui était déniée, ce qui évoquait pour ceux qui ont encore des souvenirs, l’ouvrage de Robert Antelme « L’espèce humaine », écrit à son retour de la déportation.

Quelques journaux s’émeuvent : on peut se demander si c’est toujours la peur d’être taxé de « politiquement correct » qui empêche la société civile française de voler au secours de la garde des Sceaux questionne « Libération ». Dans son entretien à ce journal celle-ci s’étonne  de ce qu’« il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée » pour dénoncer les attaques racistes dont elle a été victime et surtout « pour alerter sur la dérive de la société française ».
Peu de mouvements de soutien Pourtant, un élan se dessine sur Internet : « Marchons, marchons le 3 décembre 2013, pour l’égalité et contre le racisme",  a proposé Edwy Plenel, directeur de la rédaction de Mediapart.  Libération  a inauguré une page Facebook, "Racisme, incitation à la haine : Assez" dans le but de recueillir écrits, témoignages et initiatives.  D’autre part, fin octobre, Steevy Gustave, adjoint au maire de Bretigny-sur-Orge (Essonne) a lancé une pétition intitulée "France, ressaisis-toi!",

A l’Assemblée nationale une condamnation des injures adressées à madame Taubira s’est enfin exprimée. Se levant à l’issue de cette séance, la garde des sceaux est allée étreindre les épaules de monsieur Valls dans un geste affectueux, presque tendre et ce dernier, se levant, lui a répondu par une embrassade. C’était une belle image porteuse d’espoir mais on pouvait se questionner sur ce qu’elle masquait.  Peut-être Christiane Taubira a-t-elle eu un pur mouvement d’amitié dans le soulagement d’être enfin soutenue et ovationnée. Peut-être a-t-elle voulu absoudre ce ministre dont les déclarations concernant  les Roms légitiment des postures racistes, et font retour en un boomerang dont le sort de Christiane Taubira est l’illustration. A-t-elle voulu donner au ministre de l’Intérieur une sorte d’absolution et rassurer les téléspectateurs par cette scène médiatisée ? Qui saura ?  Les interprétations possibles sont multiples et ce qui se produit dans les coulisses du pouvoir reste, en définitive, masqué  malgré ou par la médiatisation. L’mage consensuelle peut donner à espérer, à rêver...Pourtant cet élan partagé reste, à plus d’un titre, troublant. Peut-on ne voir que le dépassement et la hauteur morale qu’il propose ? On voudrait bien, mais... la tendresse apparente peut-elle empêcher, défaire ou atténuer l’impact d’un boomerang qui continuera à faire effet, ici et là ?

N.C.

2 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Que dire ? Si grande est la nausée face à cette France-LÀ – qui n'est pas, n'est plus, LA France, patrie des libertés, celle (issue) de 89 pour faire court. Idéalisme. Non ! Si grande est la tentation du repli identitaire pour les paumés du grand marché commun et libéral. Non, la tentation vichyste n'est pas loin, nous pourrions encore en connaître les effets et les méfaits. Une Marine Le Pen à l'Élysée n'est malheureusement pas une vision délirante de notre futur proche.

Français, encore un effort…

Ceci dit que le chiffre 13, en ce 24 novembre, vous soit bénéfique, et ce jour heureux !

Cordialement.

Noëlle Combet a dit…

Vincent, j'espère n'avoir à vivre, en aucun 24 novembre la vision délirante que vous évoquez.
Merci, ami d'écriture, pour vos voeux.