dimanche 3 août 2014

Parler loup


 
Le jour où j’ai parlé loup, ta peau a consenti, velue, velours, à la caresse ; et ton élan, grave et puissant, à mon corps.
Le jour où j’ai parlé oiseau, la grande pica pica, de l’arbre qu’elle fréquente, a laissé choir entre mes mains une plume noire et blanche.
Mille lumières se sont allumées: plume trempée dans l’encre, elles se sont disséminées en mille feux follets sur mille feuilles, disant ma vie sauvage, mes amours, mes désirs, mes brisures, mes éclats.
Marchant sous l’envol de la grande pica pica, je vois le minuscule brin d’herbe résister, obstinément, au béton ; je longe les grillages, trouve un passage, m’enfonce dans la forêt la plus brune ; une voix répète en moi : au-delà, au-delà, au-delà…
Cheminant, j’ai coincé la plume derrière mon oreille ;  elle vibre à la beauté des arbres, à l’odeur des fleurs, au pépiement des oiseaux, au mouvement du vieux paysan qui emplit sa musette de champignons. Je bois l’air goulûment, avec gourmandise, recueille le moindre crépitement de la plume, les jeux de lumière au-dehors, en moi… et m’abandonne à cette source de plaisir profond qui tout à coup m’emporte, plus loin encore…au-delà… vers les lucioles revenues, embrasant le buisson…là-bas…

noco


 

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