lundi 22 septembre 2014

Ânesse



Ânesse…ma pensée a humé les pâquerettes, saisi très délicatement le plus appétissant brin d’herbe tout tendre et tout luisant, l’a longuement mâché…
Abeille…ma pensée s’est envolée en sauvagerie, vendangeant le romarin…a  survolé notre drôle d’espèce humaine, prédatrice mais généreuse, tueuse, à l’instar des frelons, mais aussi amoureuse ; méprisable mais respectable voire admirable, risible et désespérée.
Gourmande, ma pensée s’est élevée au-dessus des maisons… a convolé en noces d’acacias…et puis s’est assoupie, rêveuse, enivrée par l’odeur, neigeuse, vertigineuse…
Quelque part, entre midi et seize heures, comme le temps est clément, la reine de la ruche évolue dans l’espace entre dix huit faux bourdons… De quoi remplir pour la vie sa spermathèque…Ailleurs, l’ânesse trottine en joie cadencée, brayant comme trois cornemuses contre la ligne d’horizon.

nc

4 commentaires:

Vincent Lefèvre a dit…

Avez-vous vu mourir l'ânesse dans un braiment désespéré ? Je l'ai vu, moi, par un bel été dans le pré voisin, foudroyée par un AVC, l'ânesse douce et rétive qui copinait, suiveuse, avec le chèvre effrontée et curieuse, aux jolis yeux, venant quêter des caresses et affronter les barbelés pour clamer son amour vorace aux rosiers du jardin. Elle ne s'en est pas remise la chèvre de cette mort. Des jours et des jours, elle est restée là, hébétée, prostrée, dans le pré. In fine, le propriétaire, compatissant, lui assigna un autre séjour plus éloigné des souvenirs mauvais. Ah, qu'elle était belle la grise ânesse de mon pré !

Noëlle Combet a dit…

J'ai lu ce "poème à l'ânesse grise" avec beaucoup d'émotion. Les animaux, dans leurs peines et leur mort, sont très touchants et nous sommes bien fous de les traiter si mal.
L'expérience que j'ai faite d'un deuil animal fut celle d'une jeune chatte qui développa une pelade quand mourut sa compagne, plus âgée, qui lui servait de référence.
La beauté de votre écriture, en ces quelques lignes, accompagne l'émotion que l'on a à les lire.

Vincent Lefèvre a dit…

'Vivre la mort d'un animal, mais en animal.' Elias Canetti.

Vous savez, Noëlle, j'ai 'milité' (quelle étrange mot, il y a 'militaire' dedans !) dans une 'Société Protectrice des Animaux Humains', éphémère et fantaisiste. Bon, on pourrait disserter sur l'humanimalité…

Ce que je sais, c'est que nos frères et sœurs animaux, de même fondamentale origine que nous, avant la diversification des espèces — vaste débat —, si on les respecte, nous respectent. Les craintes respectives s'atténuent. Il me souvient, il n'y a pas si longtemps, d'un très jeune merle ébouriffé, genre 'vilain petit canard', qui, empiétant sur le territoire du seigneur merle du lieu, venait, en toute impunité, se réfugier sous mon fauteuil de jardin quand j'y siégeais. Viens, vieux con de merle, propriétaire du lieu, si tu l'oses. Bisque, bisque ! … Et les tout voisins, peu rétifs, bergeronnettes et hoche-queue… Ces présences (à l'autre, aux autres) qui ne se déclarent pas mais se connaissent. Distance et proximité. Que du bonheur ! comme on dit ailleurs.

Noëlle Combet a dit…

"Dans notre jardin de Malicorne, nous avons, près d'un étang, un banc nommé "le banc du temps qui passe". Je m'y assieds souvent pour me sentir appartenir au cosmos, avec les libellules et les carpes, les bergeronnettes posées sur les nénuphars et le grand saule pleureur"
Hubrt Reeves. "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve"