dimanche 5 octobre 2014

D'un bout à l'autre


Un voyageur cheminait, appuyé sur un bâton autour duquel se tenaient enroulés deux serpents orientés en sens inverse l’un de l’autre : la tête du premier pointant vers le haut, celle du second vers le bas.
A leur frémissement, au scintillement soudain de leurs écailles, notre homme sut que le bout du bâton venait de rencontrer un objet insolite.
Se penchant, il reconnut, compact, massif, l’esprit de sérieux  Le retournant du pied, il rencontra tout en facettes, la facétie.
Le hasard du chemin lui donnait à voir ce qu’il avait, jusque là pressenti : à l’autre bout du philosophe, il y avait un Jacques et inversement. De même, à l’envers du roi, il vit  un fou  et à l’envers du fou, un roi. Et, entre les deux, pour le meilleur et /ou le pire, tous leurs spectres en multiples fondus enchaînés.
Du reste, depuis toujours, au nez et à la barbe des prédic(a)teurs et (ph)raseurs de tout poil, ne s’était-il pas soutenu de ce qu’à l’autre bout du mot, il y avait, en dernière instance, l’énigmatique vérité d’un jeu de colin-maillard ?
Assuré des effets incommensurables de ces considérations,  il s’allongea sous un tilleul, veillé par les deux serpents, pour contempler les nuages à travers la frondaison. L’arbre l’enivra de son odeur florale et sucrée, les abeilles sauvages le bercèrent de leur bourdonnement : il s’assoupit  et se mit à rêver…On ne sait pas de quoi.
                                              
N.C.

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2 commentaires:

Hécate a dit…

Chère Noëlle ,longtemps que ne suis venue sur votre blog...Je viens de lire votre texte et suis étonnée d'y voir une correspondance avec un rêve de cette nuit : des murailles en ruines au bord de la mer, un château , et pour accèder à un autre château plus ancien , un passage de la muraille à demi éboulée, une petite fille apparue m'indiquait qu'il me fallait passer par ces galets plats où l'eau affleurait, hors...il y a eut tout à coup les anneaux d'un gros serpent émergeant à la fois de l'eau et des pierres.....
Amicalement à vous.

Noëlle Combet a dit…

Quelle bonne surprise que votre visite sur ce blog que je ne fréquente plus : un rapport qui se distend avec l'écriture, l'impression que je ne peux plus désormais que me répéter, moins de vivacité aussi. Quoiqu'il en soit, j'ai beaucoup apprécié ce rêve et ses échos avec mon texte: d'un château à l'autre...des passages en fondus enchaînés...les images du rêveur et surtout, le serpent. Merci Hécate pour cette "connivence".