dimanche 1 mars 2015

Trajets




Un chemin forestier en fin d’après-midi : des hêtres, des ormes, des yeuses et, soudain, sous un noisetier, un débris d’assiette en grès et un lambeau de tissu à fleurs, des brins de paille autour ; la nature a fait  tableau de formes, de couleurs, de réminiscences.
Vous souvenez-vous de ce déjeuner champêtre ? Nous avions déposé les mets sur une nappe aux dessins rustiques ; nous mordions à pleines dents le pain croustillant ; mais une bourrasque nous avait mis en fuite et, dans notre hâte à nous replier, nous avions cassé une assiette, laissé s’envoler aux vents un torchon ; les miettes s’éparpillaient dans l’air ; votre chapeau, piqueniqué, avait suivi, s’était accroché à un noisetier dont il avait fallu recourber la branche pour le rattraper.
Maintenant, le sentier s’allonge plus avant. Une odeur de jacinthes s’élève et l’œil les découvre dans leur bleu nuit si profond quand elles poussent en sous-bois. Les pas ont dérangé des oiseaux ; ils dessinent de multiples et invisibles sillages sur le fond sans fond du ciel.
Plus loin, à l’approche des premières maisons, un tas de fumier brille au soleil.
Plus tard, il illuminera la nuit.
nc

10 commentaires:

VincentSteven a dit…

Ah, que voilà 'Le déjeuner sur l'herbe' revisité !

Bonne journée, Noëlle. V.

Noëlle Combet a dit…

Revisité, déconstruit, décomposé!
Bonne soirée à vous, Vincent. N.

Luc a dit…

Je vous trouve bien nostalgique, dès que le temps le permettra, allez donc dans cet endroit pour un pique-nique sans vent, sans nuage cette fois.

Noëlle Combet a dit…

Oh Luc, celui qui, ici, se souvient, est un homme!! Mais votre rébellion contre la nostalgie est loin de me déplaire...encore que j'aime les réminiscences baignées de douce mélancolie...

Luc a dit…

Noëlle, voyez-vous comme la lecture d'un poème peut emporter ailleurs!
A relire votre poème, je n'y voyais pas le souvenir d'un homme, mais seulement son chapeau ! et non celui de la compagne. Quant à votre note nuancée de la nostalgie et de la mélancolie...oui.

Noëlle Combet a dit…

Donc, voilà que désormais, dans l'écriture, les chapeaux peuvent être "genrés".

Luc a dit…

La théorie du genre n'est-elle pas à la mode?

Noëlle Combet a dit…

Elle existe depuis longtemps...Mais maintenant, elle se banalise.

r.t a dit…

Votre déjeuner sur l'herbe est un beau charivari !
Il me fait penser à Maupassant, à Manet, à Musset... (tiens ! que d'M ! Que j'M !)

Noëlle Combet a dit…

Merci pour ce rapprochement avec trois artistes que j'M aussi. Oui! un charivari...lointain.