dimanche 29 mars 2015

Truls Mork



A l’écoute de  l’interprétation du premier concerto de Haydn par le violoncelliste Truls Mork avec l’orchestre d’Amsterdam, je lui ai ouvert en grand l’espace de mon rêve intérieur, ce « loin proche» où il se trouve désormais en compagnie d’autres présences, appartenant au passé ou à l’actualité, voisines ou absentes.

Son rapport au violoncelle m’a extasiée. Je m’emplissais de cette musique et du lien de l’homme  avec l’instrument, un lien de possession réciproque. Je ressentais la jouissance du violoncelle dans les deux sens. J’étais prise par ce regard si visionnaire, si intérieur, qu’il en paraissait aveugle.

Pour finir, il a, comme Pablo Casals au terme de ses concerts, offert au public l’air catalan « Le chant des oiseaux ». Dans son jeu poignant, on ne pouvait les imaginer que blessés ou morts, ces oiseaux ; et, me rappelant que Pablo Casals voulait faire de cette mélodie le symbole d’un lien entre les peuples, ressentant la profonde tristesse que Tuls Mork imprimait à cette musique, j’ai pensé avec douleur à ces êtres et à ces choses de culture, donc de civilisation et d’humanité, actuellement ravagés dans le monde par une violence déchaînée. J'ai pensé aussi aux dévastations infligées à la nature. Maurice Blanchot écrivait : « Le désastre signifie être séparé de l’étoile (le déclin qui marque l’égarement lorsque s' est interrompu le rapport avec le hasard d’en haut). »

Le chant des oiseaux était devenu pour moi dans l’interprétation de Truls Mork « le désastre des oiseaux » et je ne puis m’empêcher de penser qu’il a voulu faire passer cela et qu’il y est parvenu avec cette sensibilité exceptionnelle qui caractérise son lien à la musique.

 nc

4 commentaires:

VincentSteven a dit…

Belle humanité, Noëlle ! Par la musique !

Noëlle Combet a dit…

Hélas, pas toujours!

Luc (Picard) a dit…

Du vol léger et statique du colibri, à celui, effréné et endiablé du bourdon, la musique est un merveilleux langage universel.

Noëlle Combet a dit…

Cette musicale chorégraphie on ne peut plus paradoxale, du colibri au bourdon, m'enchante littéralement. Merci Luc!